Tout ce qui parvient à toucher le ciel
Se transforme en cette simultanéité qui courbe les âmes
Les autres ne font que porter la pourriture des vagues,
L’angoisse des objets.
Oui, ceux-là mêmes que nous commençons à connaître
Quand l'ombre se multiplie en ardeurs
Quand vivre c’est comme démêler les eaux
Ou voir comment la ride enceinte
Bouge dans le pré chaque année.
Le couteau n’entre pas, mais ôte toute l’eau qu’il y a dans les jours
Jusqu’à ce que dans ce fond ne reste que la vieillesse
Rien que cette conciliation qu’acquiert la langue
En se posant sur le brouillard.
Nous serons délogés des cercles
Les mânes de sel rassembleront toute la colère de nos yeux
Nous irons entendant des litanies comme celles du faune qui firent
Éclater en sang les oreilles des animaux dans le zoo
On se cache derrière une cendre pour voir passer les jours
Voir passer des colombes qui ressemblent au jour des morts dans les îles
Bois dans les bourgades, où les araignées brouillent la résurrection
Reviens tel le père des stries vers chaque embouchure
Reviens après avoir tout vu
Reviens avec un masque qui n’est ni l’air ni le feu
Reviens gavé par tant de litanies, sur le point de dynamiter le faune
Revêts les arbres d’un tourment vierge
Apaise les baleines avec des chardons et des rétines décollées
Reviens tel l’enfant loup qui entrait
Avec un plateau plein d’un liquide bleu
Dans la pièce qui n’avait pas de sol, rien que les murs et le plafond
Et revenir c’est toujours comme si nous avions été coupés de ce mimétisme
Maintenant il faudra que les arbres cherchent un autre nom pour la mort
Et les envols ne pourront rien clarifier
Tout creux de malheur doit être habité liquidement
Et liquidement nous habitons ce qui va venir
Comme si on nous concédait pour l’ultime fois d’entendre la bête sèche et opaque :
Que le jour nous étions libres
Que la nuit un ressort sinistre nous unissait.
Un miroir lévite dans les cimetières :
De sorte que les tombes du bas se déplacent vers le haut
De sorte que les tombes du haut se reflètent vers le bas
Et les gens font et défont des valises.

 

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RODRIGO VERDUGO PIZARRO
Traduction de Denise Peyroche


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Rabee Kiwan _

Oeuvre Rabee Kiwan

Peintre Syrien

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Todo lo que llega a tocar cielo
Se convierte en esa simultaneidad que curva las almas
Los otros sólo llevan la podredumbre de las olas,
La angustia de los objetos.
Sí, esos mismos que empezamos a conocer
Cuando la sombra está repetida de ardores
Cuando vivir es como desenredar las aguas
O ver cómo la arruga embarazada
Se mueve en el potrero cada año.
El cuchillo no entra, pero saca toda el agua que hay dentro de los días
Hasta que en ese fondo no hay nada más que la vejez
Nada más que esa conciliación que adquiere la lengua
Al posarse sobre la niebla.
Nos desalojarán de los círculos
Las ánimas de sal reunirán toda la cólera de nuestros ojos
Andaremos oyendo letanías como las del fauno que hicieron
Reventar en sangre los oídos de los animales en el zoológico
Se esconde uno detrás de una ceniza para ver pasar los días
Ver pasar palomas que se parecen al día de los muertos en las islas
Bebe en los villorrios, donde las arañas desordenan la resurrección
Vuelve como el padre de las rizaduras a cada desembocadura
Vuelve después de haberlo visto todo
Vuelve con una máscara que no es ni el aire, ni el fuego
Vuelve harto ya de tantas letanías, a punto de dinamitar al fauno
Viste a los árboles de un tormento virgen
Apacigua a las ballenas con cardos y retinas desprendidas
Vuelve como el niño lobo que entraba
Con una bandeja llena de un líquido azul
A la pieza que no tenía suelo, sólo las paredes y el techo
Y volver es siempre como si nos cortaran de ese mimetismo
Ahora los árboles tendrán que buscarle otro nombre a la muerte
Y los vuelos no podrán esclarecer nada
Todo hueco azaroso se debe habitar líquidamente
Y líquidamente habitamos lo que va a venir
Como si nos concedieran por última vez a la bestia seca y opaca oírle:
Que de día éramos libres
Que de noche un resorte siniestro nos unía.
Un espejo levita en los cementerios:
De modo que las tumbas de abajo se trasladan hacia arriba
De modo que las tumbas de arriba se traslucen hacia abajo
Y la gente arma y desarma maletas.

 

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RODRIGO VERDUGO PIZARRO

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