Sur le mur de la maison détruite demeure le
papier peint,
comme demeure le poème, une fois le cœur
démoli.
Vert, violet, de gros dessins jolis, ce papier fossile
a la fraîcheur des sentiments neufs,
comme le poème dévoile son cœur d’enfant, à
l’épreuve du temps.

Sur le mur de la demeure en ruines, le papier
peint s’expose,
à la façon du nourrisson, orphelin d’intention,
Œdipe, Moïse, Dionysos ou Persée, Gilgamesh…

tous ceux-ci qui, humblement, parmi les roseaux,
au creux des flots ou bien à flanc de coteau,
sur la roche escarpée se pénètrent déjà, tout
petits, de l’âpreté du destin.

L’abandon est source de sagesse.

L’enfant mis à nu sur la paroi du cœur démoli
possède l’intuition d’une science qui nous
dépasse –

notre au-delà, la pluie qui bat,
l’amarrage de l’instant clapotant
sur la revêche éternité sans joie,
l’immobile écran de nos tourments

sans nous, le vide de notre désarroi.

Mais nous nous tenons pour tous parmi les
roseaux,
au creux des flots ou bien à flanc de coteau,
enfant nu comme l’instant aux ruines de la durée,
ressaisi, exposé, ce papier peint, le poème,
naguère, une chambre d’enfant,

l’abandon est source d’attention.

Exposés, nus, nous voici parfaitement aux aguets
parfaitement disposés à résister au destin,


en son âpreté.

 

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ANNE MOUNIC

 

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ABANDON