" ... La huppe, tout émue et pleine d'espérance, arriva et se plaça au milieu de l'assemblée des oiseaux : Chers oiseaux, dit-elle, pendant des années, j'ai traversé la mer et la terre, occupée à voyager. J'ai franchi des vallées et des montagnes ; j'ai parcouru un espace immense du temps du déluge. J'ai accompagné Salomon dans ses voyages ; j'ai souvent arpenté toute la surface du globe. Je connais bien mon roi, mais je ne puis aller le trouver toute seule. Si vous voulez m'y accompagner, je vous donnerai accès à la cour du roi. Délivrez-vous de toute présomption timide et aussi de tout trouble incrédule. Celui qui a joué sa propre vie est délivré de lui-même. Nous avons un roi légitime, il réside derrière le mont Câf. Son nom est Simorgh ; il est le roi des oiseaux. Il est près de nous, et nous en sommes éloignés. Le lieu qu'il habite est inaccessible, et il ne saurait être célébré par aucune langue. Il a devant lui plus de cent mille voiles de lumière et d'obscurité. Le chemin est inconnu, et personne n'a assez de constance pour le trouver, quoique des milliers de créatures le désirent. On trouve tour à tour dans ce chemin l'eau et la terre ferme, et l'on ne saurait se faire une idée de sa longueur. Il faut un homme à cœur de lion pour parcourir cette route extraordinaire ; car le chemin est long et la mer profonde. Aussi marche-t-on stupéfait, tantôt riant, tantôt pleurant. Quant à moi, je serais heureuse de trouver la trace de ce chemin car ce serait pour moi une honte que de vivre sans y parvenir. A quoi servirait l'âme, si elle n'avait un objet à aimer ? ... "

 

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FARID AL-DIN ATTAR

 traduction du persan par Garcin de Tassy 

 

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