D'aussi loin qu'on puisse voir, à travers des signes
nous étions là, dans le brouillard du temps,
saga si lointaine où nous sommes chasseurs et gibiers,
sans autre mémoire que l'empreinte de mains sur des parois,
était-ce pour marquer le passage,
pour ne pas mourir ?

Les silhouettes de bêtes familières à la vue,
sur toute la terre, sont nos traces
avec quelques ossements et des fragments de glaise durcie.

Les dieux sont apparus, pour ordonner le chaos,
faire travailler l'espèce humaine,
établir le corset des lois, des interdits et du châtiment,
conjurer la mort

L'écriture  naissait au bord des grands fleuves nourriciers,
avec le labour, le repiquage du riz
aux rives du Nil, de l'Euphrate,
au bord de l'Indus,
du fleuve Jaune et du fleuve Rouge, aux digues chaque année refaites.

La cité fondait l'Etat
dans un monde inégal, où règnent les puissants
Les despotes se prétendent divins
et se prolongent dans une mort célébrée par des pierres et des hymnes.

 

Tout est régi par la force et la crainte,
le perdant devient esclave.
Malheur aux vaincus !
Ainsi se font et défont les empires.

Je me souviens des oies sauvages des nécropoles de Thèbes,
prenant leur vol, au dessus du bleu des lotus.
De Gilgamesh, à la recherche de son ami disparu,
voulant savoir le secret de l'au-delà.
Tout ce que tu as eu de cher,
que tu as caressé et qui plaisait à ton coeur,
est aujourd'hui couvert de poussière,
tout cela dans la poussière est plongé
Le fil du destin mène de la nuit à la nuit,
et les jours fugitifs sont à toi.

 

 

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GERARD CHALIAND

 

 

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MEMOIRE