À écouter les esprits chagrins, tout serait insignifiant, l’amour une erreur réciproque, la noblesse une imposture, la volupté un fastidieux moment de charcuterie, l’avenir du passé en pire. Selon eux, l’existence devrait débuter avec ressentiment et se terminer dans les regrets. Rien ne leur paraît plus incommodant que l’illuminé qui affirme aimer la vie, qui affirme la vie même. « Pour qui se prend-il celui-là ? » Tandis que le démoralisé délayant les inconvénients d’être né sera perçu comme un être émouvant de sensibilité et emportera leurs suffrages.
Mon sentiment de royauté intime est entièrement lié à celui d’être un clandestin dans l’époque. Je n’ai aucun reproche à formuler contre l’univers. Au contraire, mes félicitations vont à ses records de nuance. J’entends les Oui qui montent de ses couleurs. Je ne m’en prends qu’à ceux qui tiennent à faire de lui le cachot où ils sont passés maîtres. Qu’ils souffrent donc, ceux qui ne souffrent pas qu’on ne souffre pas.

J’écoute les anciens qui dérogent à la règle des passions tristes, au mot-d’ordre-des-choses que le contemporain distille dans les mentalités. Ils indiquent un chemin de traverse que la jeunesse croit condamné sans opposer de résistance. Pour ce qui est de l’apologie de la vie que je commence ici, ces « alliés substantiels » comme les appelle Char seront donc, par ordre d’apparition : Pound, Rimbaud, Melville, Protée, Novalis, Giordano Bruno, Prince, Nietzsche, Dante, Vivaldi, James Bowman, Miles Davis, Chico Buarque, Purcell, Rubens, Joubert, Walt Whitman, Baudelaire, Matisse, Ovide, Spinoza, Einstein, Bacon, Hölderlin, Henry Corbin, Lucrèce, Hésiode, Apesteguy, Milton, Shakespeare, Vinci, Géricault, Gauguin, Freud, Picasso, Borges, Confucius, Éros, Descartes.
Les génies ne rassasient pas, ils accroissent à la fois notre appétit et notre capacité à nous nourrir.

 

 

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MATTHIEU TERENCE

 

 

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Fatat Bahmad3,

Oeuvre Fatat Bahmad