On tourne autour d’une image, celle de l’ange auquel on ne croit pas, lui donnant volontiers les noms légendaires d’ICARE le présomptueux , ou de PROMETHEE  le voleur de feu. Il n’existe pas d’ange au féminin, mais on dit souvent que l’ange n’a pas de sexe, l’ange comme l’eunuque ou le transsexuel, aurait la voix des deux, alternativement, successivement plutôt. Par choix personnel ? Il est facile de délirer sur la notion d’ange, puisqu’il s’agit d’une fiction inventée par la religion et qui désigne l’instance à qui l’on donne la mission d’intercéder entre le mystère de la création et le sort des créatures terrestres. L’ange est aussi un supplicié à qui on a noué les bras en arrière, suspendus sur un poteau d’extermination, dont le corps s’est affaissé sous la fatigue et la douleur … Pas besoin d’image …  On n’en finit jamais avec l’illusion d’un pouvoir captif du Désir humain pour changer le cours des événements et des choses à son profit, pour sa survie physique et morale. En s’inventant un ange gardien, chacun peut encore prétendre prendre le risque de sa vie même, il peut plus ou moins consciemment s’éloigner de la prudence et chercher à sauter de haut ou voler plus loin, conquérir des moyens d’indépendance illimitée... C’est pour cela qu’on a inventé les balançoires, les avions, les hélicoptères, les fusées spatiales et les satellites afin de surveiller ou s’éloigner de la planète encombrée et polluée. Les anges seraient donc les ancêtres des enfants insouciants, des cosmonautes mais en plus érudits, c’est-à-dire, immatériels. Quant au statut des internautes, personne n’a pu jusqu’ici synthétiser les preuves qu’ils participent au même office. La qualité des prestations est difficile à valider. Il n’y a rien d’angélique à première vue dans les échanges sur le web. Ce qui tend à prouver qu’on est encore bien rivés à la vieille planète. On ne sait même plus qui a posé le premier poème sur le web ! Maintenant que la météo s’y affiche et qu’on voit arriver les dépressions et les catastrophes naturelles ou pas, les bulletins de santé du moral collectif sont diffusés sans discontinuité et celui des individus tend à être englouti dans les flots déversés. C’est comme si chacun(e) devait se débarrasser de son ange-gardien en même temps que les autres, pour faire le boulot lui-même. Il n’existe pas d’école de navigation dans la spiritualité sans accessoires, et l’usage des plumes est aujourd’hui trop répandu et biodégradable pour ne pas être contesté. La poésie est une piste d’atterrissage, rarement un tremplin universel pour l’humanité déboussolée. La peinture réinvente le ciel autant que son contraire dans les chutes abyssales de lumière et les ombres surmontées… C’est déjà un progrès pour la verticalisation, l’élévation,  la dignité et la modestie.

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 Philippe RAHMY

 

 

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JAMES PORTO3,

Photographie James Porto

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