Parce que je suis chaque jour
Aux mandats d’arrêts
Et ma maison exposée
Aux descentes de police
Aux perquisitions
Aux « opérations de nettoyage »
Parce que je suis dans l’impossibilité
D’acheter du papier
Je graverai tout ce qui m’arrive
Je graverai tous mes secrets
Sur un olivier
Dans la cour de ma maison
Je graverai mon histoire
Et les volets de mon drame
Et mes soupirs
Sur mon jardin
Et les tombes de mes morts
Et je graverai
Toutes les amertumes
Qu’effacerai le dixième des douceurs futures
Je graverai le numéro
De chaque arpent spolié de notre terre
L’emplacement de mon village, ses limites
Les maisons dynamitées
Mes arbres déracinés
Chaque petite fleur écrasée
Les noms de ceux qui ont pris plaisir
A détraquer mes nerfs et mes souffles
Le nom des prisons
La marque de toutes les menottes
Fermées sur mes poignets
Les bottes de mes gardiens
Chaque juron
Versé sur ma tête
Et je graverai
Kafr Qassem
Je n’oublierai pas
Et je graverai
Deir Yassine
Ton souvenir me dévore
Et je graverai
Nous avons atteint le sommet de la tragédie
Nous l’avons atteint
Je graverai tout ce que me dévoile le soleil
Me murmure la lune
Ce que me narre la tourterelle
Sur le puits
Dont les amoureux se sont exilés
Pour que je m’en souvienne
Je resterai debout à graver
Tous les volets de mon drame
Et toutes les étapes de ma défaite
De l’infiniment petit
A l’infiniment grand
Sur un tronc d’olivier
Dans la cour
De ma maison

 

 

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TAWFIQ ZAYYAD

 

 

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OLIVIER