« L’odeur de l’automne, depuis quelques jours, se glissait, le matin, jusqu’à la mer. De l’aube à l’heure où la terre, échauffée, permet que le souffle frais de la mer repousse l’arôme, moins dense, des sillons ouverts, du blé battu, des engrais fumants, ces matins d’août sentaient l’automne. Mais le milieu des journées échappait aux rets de la brume d’automne, et la saison semblait rebrousser chemin vers juillet. Au haut du ciel, le soleil buvait la rosée, putréfiait le champignon nouveau-né, criblait de guêpes la vigne trop vieille et ses raisins chétifs... Il y eut ainsi une série de jours immobiles, sans vent, sans nuages, sauf des "queues-de-chat" laiteux, lents, qui paraissaient vers midi et s’évanouissaient : des jours si divinement pareils l’un à l’autre que Vinca et Philippe, apaisés, pouvaient croire l’année arrêtée à son plus doux moment, mollement entravée par un mois d’août qui ne finirait pas. »

 

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 COLETTE

 

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LE BLE EN HERBE2