Je me souviens des bouquets de jonquilles serrées en une grosse tête jaune
des tabounas dans des paniers d’osier sur le trottoir et des œufs durs pour les accompagner
de la baie largement ouverte et la seule violence était celle de la lumière derrière la brume
de l’avenue de fleurs sous le tournoiement bruyant des martinets
du pavillon sur pilotis au bord de la plage
des graines du marchand qui criait à la sortie du lycée, « Je suis là, j’ai besoin de sous »
des arrivages inattendus de bananes
du pétrole bleu dans le poêle au milieu de la maison
du chameau qui faisait tourner la noria
de l’épicier-droguiste qui n’avait qu’un mot « ça manque »

 

Et maintenant rien ne manque et surtout pas le sang.

 

 

...

 

Autrefois et aujourd’hui les tapis lavés dans l’eau salée l’odeur des beignets et celle de l’ambre dans la boutique obscure les portes cloutées et les bougainvillées fleur blanche au cœur de la fleur mauve sur le blanc des façades le bruit de l’eau dans le narguilé le thé dans les verres dorés l’abeille qui bourdonne sur le gâteau gluant
Aujourd’hui comme autrefois et malgré la folie des hommes le bleu immobile
mouvant*

 

*Extrait légèrement modifié de "Dans le silence des mots"

 


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JOËLLE GARDES

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TUNISIE