" On ne sort jamais indemne d'un séjour au désert. On a vécu dans l'invivable et côtoyé la négation de soi. On a connu le plus extrême, le miroir de sable qui brûle les reflets, les éclairs, les ombres, le rien du dehors, les mirages du dedans. On a levé le voile qui retenait le cœur, qui déguisait le néant. La moindre parole parle d'impossible rosée. La poussière se pare d'un halo d'épopée. Il y a des rapts, des cavaliers, des blessures, des baisers qui dansent dans la lumière et sombrent au ras du sol. Un seul pas suffit à brouiller la trace des empires, et une jarre brisée, toute l'histoire des hommes.
Le temps des fiefs est passé, et passé celui des conquêtes. Salut Alexandre, bonsoir Kaniska, adieu Gengis, vous êtes de la poudre de songe, vous êtes un peu de fard sur des dagues rouillées. On ne vous envie pas vos mercenaires, vos concubines, vos victoires, vos banquets. Juste le goût du vent sur vos lèvres et ce geste de la main pour repousser l'horizon. Juste ce roulement des sabots contre la peau du monde. Juste ce mélange d'infini et de vide qui était comme l'ivresse de l'air du temps."

 

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ANDRE VELTER

 

 

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