Elle se surprit à rêvasser à la fenêtre. Le paysage d’un jour d’octobre la portait à la mélancolie. Elle venait d’éplucher des pommes. Ses mains avaient encore un goût sucré, elle les lécha comme un enfant. L’odeur de ces pommes était évocatrice.

Dans le jardin de ses grands-parents, un très vieux pommier refleurissait chaque année. Il offrait une maigre récolte de fruits acides, immangeables, mais jamais il ne fut question de l’abattre. L’arbre avait survécu à deux guerres, à des dizaines d’orages, à des meutes de gosses chapardeurs et maladroits. Il avait souffert d’hivers polaires, d’étés foudroyants, de pluies sans fin. Il portait en son écorce en ses fibres vieillissement et usure. Il s’était peu à peu déchargé de ses branches. Minées par les insectes xylophages, brisées par des gestes inconscients, arrachées par la violence du vent, elles s’étaient détachées, lentement, comme à regret. Moignon de tronc raviné, il proposait cicatrices et chancres à la caresse de la fillette.

 

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AGNES SCHNELL

 

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POMMIER AGNES2

Phothographie Agnès Schnell