Quelquefois, le soir,la terre se met à tourner, comme un manège. Alors les jeunes filles s'envolent, avec leurs robes bleues et leurs grands chapeaux roses, leur rage, leur désir de vivre et de conquérir le monde.

Elles étendent leurs ailes et s'envolent, s'envolent, ivres de rires et de fleurs, fleurant la joie et la puissance. L'univers les caresse. Elles sont musique et sortilèges. Elles se balancent, se balancent, se balancent, jusqu'au ciel.

Puis elles tombent, la tête sur le bitume, à six heures du soir, près d'Alès.

...

Tu avais le regard de ceux qui vont mourir. Nous ne le savions pas.

Tu avais l'âpreté des oiseaux de passage, la volupté des herbes. Tu habitais les chemins du soleil, vulnérable et forte, extrême, en chacun de tes rêves.

L'amour t'était venu si tôt, avec ses feux de joie et ses miroirs brisés. Tu avais l'intensité des sources, et, rieuse, l'obscurité des soleils cassés.

Dans les jardins en friche tu courais, lumineuse et sauvage, refusant la poussière, et le tiède, et l'envahissement, les mains ouvertes et le coeur flibustier. A jamais jaillissante.

Comme tu avais raison de ne rien accepter !

 

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COLETTE GIBELIN

 

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JEUNE FILLE