...

Poètes, vous êtes, nous sommes honteux - ou trop fiers

- de nos corps blanchis, civilisés, trop bien élevés. Sans

quoi vous bondiriez, nous bondirions dans la ronde,

hurlant notre stupeur de vivre, ici, sur ce boulevard, nous

recommencerions le signe de la folie tournante, la vieille

Danse, le premier et le plus pur poème.

Toujours tourne la ronde sauvage en couronne dans la

mémoire de nos têtes; toujours tourne le plus poignant

des souvenirs de l'immémorable enfance, tourne le chant

dans notre tête, et notre piétinement sur la piste des

ancêtres, le chant de notre retour circulaire au centre

unique et immobile de la ronde, le chant du savoir

absurde que nous savons, le chant de notre amour,

le chant, la danse de notre mort -

toujours dans la mémoire de nos têtes...

 

 

.

 

 

RENE DAUMAL

 

 

.

 

 

FLOCKENHAUS HEINRICH3

Oeuvre Heinrich Flockenhaus