Quand le ciel est raide, dénué de la générosité qu’il offre au crépuscule pour couvrir le jour quand il décline, quand son bleu se lénifie à devenir le mauve parme que produit la blessure ; quand l’aube peine à étaler sa blancheur véloce à refuser aux sourires l’extase de creuser les fossettes ; quand la nuit s’écrase sur les massifs des nostalgies sans douceur, sans courtoisie ; quand les étoiles sont fuyantes, quand elles s’éteignent subitement après leur apparition augurant de nouvelles surprises dures à porter ; quand les cœurs prennent pensée d’une larme où l’âme s’y frotte par reflets parmi les brouillards qui s’enchevêtrent ; quand pour se protéger des étreintes des amours glacées, le rêve se réfugie dans les mots qui gardent l’illusion dans sa nudité froide. Quand une aquarelle à la fois vide et complète, encaisse les frets poignants que libère un tatouage assaisonné d’épreuves et de souffrances ; quand la joie peine à s’émouvoir et s’efforce d’apaiser la crainte en s’ouvrant au mouvement des patiences qui s’éclaboussent dans la mémoire ; quand la nature fuit la compassion pour d’autres impératifs... Ne restera que la poésie qui étend ses amours sur lesquelles nous nous agrippons volontiers comme des plantes qui s’accrochent au rocher pour ne pas tomber dans le précipice.
Les mots ne sont pas que des mots, sinon, ils feront l’amusement nocif d'une syntaxe manufacturée dans une texture prostituée. La poésie n'est pas une amante de substitution. Elle est l’arme des peuples brocantés par l’oubli et des idylles que l'on veut étouffer. N’est-ce pas en elle que réside la force de l’espoir ?

Pourtant, un jour viendra, parfum de jasmin
Des soleils en éclats, tournesols à l’âme nue
Inondant les passions discrètes sans frusquin
Jour des vautours bannis à jamais vers l’inconnu

Un jour viendra et s’adoucira la férocité du temps
À taire les froids durcis qui forgent les disettes
Et la faim haute et rude qui arque les silhouettes
Acclimatées tant bien que mal au silence de béton

Un jour pourtant, plus de jeunesse qui s’effrite
Plus d’envie étouffée et nulle joie n’est proscrite
Et le bonheur croissant carillonnera les urgences
Des amants qui ont longtemps amusé le silence.

Sans fanfare ni tambour ni ligue ni procession
La pensée fait toujours une armée de résistants
Un jour sûrement, ce jour surviendra austère
La révolution s’ancrera de ses grosses aussières.

 

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

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Gaëlle de Trescadec - Photographe de Penn Ar Bed2

Gaëlle de Trescadec, photographe de Penn Ar Bed