Que vous manque-t-il, vous qui avez tout ? Hommes, femmes, enfants, chiens, voiliers sur la mer, un cheval pour galoper dans les forêts, le samedi, parce que, disiez-vous, « rien n'est plus orgastique que le cheval ». Qu'est-ce que ce léger malaise qui vous suit partout ? L'absence dans le bonheur et la tendresse même. Les arbres ou l'herbe des champs vous parlent-ils, leur parlez-vous, quand vous êtes seuls ? Êtes-vous jamais seuls ?
Un pas est fait quand un homme a compris qu'il est la résultante de pressions sociales, familiales, idéologiques et religieuses. Non qu'il soit conduit à s'évader pour aller ailleurs, mais dans la découverte d'un écart il peut percevoir une nouvelle alliance et se sentir plus proche des mille riens des jours. Une aile qui passe, la respiration des pins, un pêcheur qui longe la mer depuis les siècles des siècles, l'ouvrier du petit matin qui siffle sur son vélo sans tenir le guidon. Ces instants de communion où tu perds ton identité et tu la trouves dans cette perte même. Capable de solitude, n'ayant plus besoin de voir du nouveau, proche d'un enfant, d'une bête, en prise directe sur ce qui est, sans désir de savoir ni de posséder. Avec une densité de présence. Capable de prière.

 

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JEAN SULIVAN

 

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JEAN SULIVAN