Tu reviens à ce mot,
Tu ne l’arrimes d’aucun sens,
Tu n’espères rien de lui si ce n’est l’abandon.
Être ici sans pourquoi te suffit amplement, 
Tu chasses des ornières les eaux de tes combats 
Et tu franchis la ligne sans rime ni raison,
Osant le vent durable, les feuillages reverdis.

En allant simplement au rythme de ton pas,
Tu ne compliques rien, 
Tu simplifies le temps ;
Il y a tant d’obstacles quand l’homme se croit libre,
Il y a ces violences que tu ne comprends pas. 
Tu ne remontes pas aux sources sans partage
Et tu n’épèles plus l’alphabet de ta vie,
Tu n’as pas de motifs pour espacer les brumes, 
Il suffit d’être là sans comprendre et sans but.

Tu t’avances doucement à l’amble de ton âme,
Il n’est rien au dehors qui ne soit au-dedans,
Les haies que tu croyais nécessaires à franchir
Ne sont qu’un livre ouvert vers la présence nue.

Te laisseras-tu enfin prendre dans les courants,
Atteindras-tu un jour les matins espérés ?
Il n’y a que l’attente pour apaiser ce vide,
Le papillon des jours, 
La patience d’aimer.
Chaque fois que tu fuis ce grand désert sonore
Choisissant à l’aveugle l’agitation, le bruit,
Tu t’écartes un peu plus de la joie des lisières,
Tu t’éloignes un peu plus de l’ardeur du torrent.

Ne t’en vas pas plus loin que ce qui est à dire,
Reste en-deçà des mers dans l’orbe de la voie,
Ne renonce jamais à déployer tes ailes
Quand le chant lui se courbe en épousant ta voix. 
Aux plantes du soleil tu redonnes mémoire,
Tu leur délivres ici le vœu de pauvreté ;
Qu’attends-tu pour ouvrir toi-même tes pétales,
Qu’attends-tu pour trouver ta folle éternité ?

 

 

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JEAN LAVOUE

19 avril 2018

Ecluse du Rudet – Pont-Neuf

 

 

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Photographie B. Neuman