J'ai arpenté une fois encore les couloirs infinis
De cet immense vaisseau adossé au grand large.
J'ai soupesé un à un tous les sacs de douleur,
La plainte silencieuse des marins en partance.
J'ai porté sur chacun un regard de confiance,
Et nous avons dit oui,
Et nous nous sommes compris.
Je connaissais le moindre bruit,
Et les signes têtus et les gestes d’amour
Et l'odeur des varechs, la courbe de la rade,
Le sillage ébahi des navires en partance.

J'ai laissé nos voies de mer aux mouettes et aux vagues,
Abandonné au ciel le fil de nos errances.
J'ai salué le vent, le soleil, les nuages,
Et hissé haut les voiles pour couronner nos songes,
Puis béni l'horizon pour tout ce qu'il cachait,
Les remous, les courants, le secret des hauts-fonds,
Les récifs sans cordages,
Mais aussi pour les passes,
Les brèches espérées
Et pour la joie furtive.

Je garderai en moi la ferveur de ces quais
Comme espace donné où la clarté se fait,
Clairière de haut amour, comme un beau talisman.

J'ai hâte de retrouver mes racines et mes souches,
Mon temple de verdure,
Mes lichens et mes sèves,
Le souffle vertical où tout est célébré, 
Où chaque chant nous lie,
Où la Vie n'attend pas.

Mais je n'oublierai pas
D'emporter avec moi
Ces vastes trouées de paix
Et ces carrés d'azur où l'essentiel se dit
Derrière chaque hublot,
Chaque matin promis.

.

.

.

.

 

JEAN LAVOUE

Hôpital du Scorff, Lorient le 7 juin 2017
www.enfancedesarbres.com

.

 

.

 

BASTIA 1957,