J’ai une solitude
si pleine de gens
si pleine de nostalgies
et de visages de toi
d’adieux passés
et de baisers bienvenus
à la première occasion
et en dernier recours

j’ai une solitude
si pleine de gens
que je peux l’organiser
comme si c’était un défilé
par couleurs
tailles
et promesses
par époques
par toucher
par saveur

sans hésiter
je m’enlace à tes absences
qui viennent et m’assistent
avec mon visage de toi

je suis plein d’ombres
de nuits et de désirs
de nombreux rires
et de quelques
regrets

mes hôtes accourent
arrivent comme des rêves
avec leurs rancœurs
l’absence de pureté
je mets un balai
derrière la porte
parce que je veux rester seul
avec mon visage de toi

mais le visage de toi
regarde de l’autre côté
avec les yeux amoureux
qui ne m’aiment plus

comme des vivres
qui cherchent la faim
regardent et regardent
et éteignent mon jour

les murs s’en vont
la nuit reste
la nostalgie s’en va
il ne reste rien

mon visage de toi
ferme les yeux

et c’est une solitude
si désolée.

 

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Extrait du film d’Eliseo Subiela, Mario Benedetti, Juan Gelman,

El lado oscuro del corazón (1992)

Traduction Olivier Favier

 

 

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