Entre la nuit et l’aube le choc des pierres 
comme mots mats 
lancés par la vague 
puis restés sans réponse 

(lettres passées sur papier jauni 
au fond d’un tiroir qui sent la cire) 

Épris de ce goût du vent où roulent les nuages 
À l’infini de fenêtres fermées 
À tâtons 
Nous cherchons sur la couture d’un drap 
Le fil d’une histoire qui s’épuise 
Et le nom de ces choses très simples 
qui s’échappent glissent 

(bleue et grise l’eau de la mer 
et sur la peau l’odeur du large) 

En vain les doigts 
Dans la coulée lisse d’une rainure du bois 
Traversent 
La fraîcheur livide du marbre 

(bleue et grise la lavande 
brins égrenés dans un fond d’armoire) 

Entre la nuit et l’aube 
Enfoui comme autrefois 
Enfui comme autres fois 
L’écho perdu d’un battement d’horloge 
devant était sans fin 
demain était toujours 

Métal froid contre la peau 
Et sur le verre 
Brève empreinte d’un souffle 
Déposé en mémoire 

La main se referme 

Vouée peut-être à n’étreindre que le vide 

(chemise de lin pliée 
fût-elle portée même une fois ?) 




Entre la nuit et l’aube 
Passages muets 
Jointures opaques 
Où sceller les jours 
Étroits comme des pierres 

(sur la grève sans fin 
les empreintes grises d’un oiseau égaré) 



Et cet espoir d’une trace 
Qui serait ombelle 
Au faîte de midi 

 

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CECILE OUHMANI

 

 

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THAM21,

Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/