Hommage à mon père... pour ses marguerites et ses coquelicots, qu'on admirait sans jamais les cueillir

 

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L’innocence, je l’ai toujours vue accrochée à ton regard comme un voile d’eau qui danse les lumières du monde, enveloppe et sublime chaque chose du monde 

Les chevelures folles des enfants
La nacre des coquillages aux teintes indécidables
Sculptés
Aux croisées des vents et des marées 
Un chapelet de beignets enfilés dans une feuille de palmier
Les marchands ambulants
Les figues fraîches et le maïs grillé sur les bords des routes un matin de voyage
Les forêts d’églantiers
Un môme amoureux enfoui dans ton visage irradié d’une même innocente volupté
L’air du soir
Pétri
De miel et de jasmin, de douces confidences
Un refrain de Bécaud d’une rose qui danse
Les champs de marguerites et
Vois 
Disais-tu en caressant tout bas les corolles des fleurs dont les filles égrenaient les pétales en secret pour quelque amour inventé 
Dérisoire
Vois
La plus belle œuvre de Dieu 
Et je riais
Troublé
De ton émerveillement
Une corne de gazelle que je mangeais pour toi
Un appel, au loin, comme un souffle divin déroulé
Arabesque
Sous tes doigts
La prière du matin
Une graine de sésame
Une étoile accrochée à un croissant de lune
Nass El Ghiwann
Et cette chanson, rebelle, que je dansais pour toi
Que je chante, encore, quand tes parfums me manquent
Rage
Echevelée
Crevant de ses pieds nus le ventre gros des dunes
Infidèles
Offertes aux quatre vents
Les pique-bœufs
Les feux du crépuscule
Un fruit de Barbarie
Une fleur de crocus, de sable ou de henné
Une épine, à mon doigt et tes doigts sur mes doigts qui palpent mes blessures
Un scarabée
Une hirondelle
Les ruelles gorgées de menthe et de soleil
Le pli
D’un regard le soupir d’une femme
Chaque chose du monde bruissait entre tes lèvres ineffable douceur 
D’une parole
Révélée 
Ligne frêle d’un

Sourire

Ou larme rédemptrice et le monde 
Acquitté 
Se lavait de mes soupçons

Un champ de coquelicots, un parfum de printemps sur une aile du vent, un long silence, et la voix d’ Oum Kalthoum embrasée dans les âmes ; me traverse, lancinant, le chant grave d’un oiseau de nostalgie. Une femme agite un voile blanc accroché à son doigt. Il a épanché toutes les larmes du monde. Un soupir… qui vient de loin…

 

 

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BOUTHAINA  AZAMI

 

 

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