Quand l’anatomie claire et divine de Narcisse
se penche sur le miroir obscur du lac,

quand son torse blanc plié en avant
se fige, glacé,
dans la courbe argentée et hypnotique de son désir,
quand le temps passe
sur l’horloge des fleurs du sable de sa propre chair,

Narcisse s’anéantit dans le vertige cosmique
au plus profond duquel chante
la sirène froide et dionysiaque de sa propre image.
Le corps de Narcisse se vide et se perd
dans l’abîme de son reflet,
comme le sablier que l’on ne retournera pas.

Narcisse, tu perds ton corps,
emporté et confondu par le reflet millénaire de ta disparition,
ton corps frappé de mort
descend vers le précipice des topazes aux épaves jaunes de l’amour,
ton corps blanc, englouti,
suit la pente du torrent férocement minéral
des pierreries noires aux parfums âcres,
ton corps…
jusqu’aux embouchures mates de la nuit
au bord desquelles
étincelle déjà
toute l’argenterie rouge
des aubes aux veines brisées dans « les débarcadères du sang ».

Narcisse,
comprends-tu ?
La symétrie, hypnose divine de la géométrie de l’esprit, comble déjà ta tête de ce sommeil inguérissable, végétal, atavique et lent
qui dessèche la cervelle
dans la substance parcheminée
du noyau de ta proche métamorphose.

 

La semence de ta tête vient de tomber dans l’eau.
L’homme retourne au végétal
et les dieux
par le sommeil lourd de la fatigue
par l’hypnose transparente de leurs passions.

 

....

 

.

 

 

SALVADOR DALI

 

 

.

 

 

agamemnon

Ce que tu as gagné en muscles est tout ce que tu n'as plus dans le coeur....