Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,

Avec tant de départs comment faire un retour?

Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose

Et tant d'obscurité simule mal le jour.

 

Ecoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,

Sans crainte libérez l'aile de votre coeur

Et que dans l'ombre enfin notre mémoire joue,

Nous redonnant le monde aux actives couleurs.

 

Le chêne redevient l'arbre et les ombres, plaine,

Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis?

Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne

Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis!

 

Mémoire, soeur obscure et que je vois de face

Autant que le permet une image qui passe...

 

 

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 JULES SUPERVIELLE

 

 

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