La galanterie est une forme élevée de l’hypocrisie. L'authenticité est meilleure.

Ainsi donc, j’humilie la femme kabyle en la dénudant ! Tu me demandes de la pudeur dans mes écrits et un peu de hchouma dans mes peintures ? Pour que le corps d’une femme exulte, celle-ci devrait se nommer Brigitte, Lucie, Stéphanie ou Béatrice ? Avant, les traditions débiles et la religion des hommes vous invitaient à croire que Dieu, quand Il avait créé la femme avait omis de lui enlever la faculté de penser et de lui fermer l’usage de la parole. Aujourd’hui, c’est pire, son corps a des revers déplaisants, quand il est découvert, se produisent automatiquement des tremblements de terre en guise de représailles divines !
Prétentiard à deux sous de jugeote, ce n'est pas parce que la nuit j'hulule des désirs en proses comme un hibou à sa chouette compagne que vont pleuvoir des pierres sur ton honneur de kabyle ; ce n'est pas parce je peins de la mémoire sur les bustes des femmes en fouta que ta dignité va s’éteindre comme un brasier mouillé de tes frustrations avec la rage de t’armer de marteau pour foncer comme un cheval fou contre les seins de bronze. Les critiques sur les seins des femmes ne sont que soupçons des râleurs qui aiment entendre siffler, huer et conjurer la beauté afin de la vouer aux orties.
Tu es l’élément d’une camarilla aux influences occultes et néfastes qui tire le lendemain des femmes à pile ou face et moi, je suis du parti qui prévoit des écussons thermocollants comme symboles de la liberté des femmes et j’y veille au grain avec des projets de lutte en réserve. 
Si tu es artilleur des mœurs, je m’en moque comme je ris du brocanteur des duplicités. Oui, je ris du vendangeur des discrédits, du balayeur sans cœur des fraîcheurs, du confiseur de rancœurs sans goût pour la vigueur. Je ris et je pleure du remorqueur des frayeurs, moissonneur sans chaleur ni douceurs des langueurs. Je me moque du falsificateur du mot qui cherche dans la pudeur l’ombre d’une reconnaissance alors qu’il n'est qu’un explorateur des erreurs dans le déséquilibre de la morale comme un clown danseur sur un plaid de sueurs. Je prends de la pudeur le nécessaire dans le parler et dans le littéraire et je me moque du rôle de l’instrumentaire. Oui, je prends de la pudeur ce que je peux tenir pour me définir sans offusquer mon vis-à-vis outre mesure. Ceux qui prennent la pudeur comme armure sont souvent des êtres obscurs qui excellent dans l’anathème et l’injure. La pudeur n’a de procédure que la censure d’où elle tire son envergure. À bien des égards, la pudeur dans le lexique, comme un courant d’énergie dans la lenteur, est stérile. Il n’y a ni blancheur ni fleur dans la pudeur.

Permets-moi de me redire, je suis le baiser maudit qui saigne de tes croyances quand il caresse les lèvres des muses, l’incrédule qui s’immole de ses lumières mille fois proscrites car émergées de la bouche des non-vierges. Je suis le cardinal suffragant des liaisons sublimées, l'incitateur en free-lance des révoltes et des chuchotements fantasmés. De mes mots coulent mes vignes et mon jasmin ramollit la relique des ires empourprées dans la peau de l’ours mal léché. Et tant pis si les chapelles tombent en ruines et les prières païennes peuvent s’écrouler sous le rire osé et moqueur des nains de jardins. Je suis ainsi, pire que moi-même.

 

 

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DJAFFAR BENMESBAH

 

 

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Oeuvre Djaffar Benmesbah