Une autre année se prépare à naître en musique sur la grande parodie de celle qui va s’achever bientôt dans le chant habituel des vœux gracieux distribués charitablement. Des vœux qu'on adresse à l'autre et dans lesquels l'on cherche nous-mêmes une place généreuse avec le rôle béni du séducteur soupirant de l'oligarchie des succès avidement espérés. Qu'importe ! Ma pensée va vers toi, solitaire. Tu ne sais si la nouvelle année va enfin te procurer le sésame des portes fermées ou alors te réserver de nouveaux naufrages. Oh, je sais, camarade, tu as des craintes parce que justement tu as des espérances. Tu vas vouloir sortir de bonne allure et plein de dévotions pour le réveillon de la Saint-Sylvestre, est-ce pour t'éloigner de la rive du passé que tu veux à jamais révolue ? Est-ce parce que tu penses que cette nuit sera particulière et qu'elle va t'enflammer d'une fièvre particulière qui anéantira le fâcheux souvenir de tes défaites ? Mais, camarade, chacun de tes souvenirs est une pâleur qui prend les couleurs dont tu disposes et qui sont tiennes à présent. Des couleurs que tu n'as pas à emprunter chez les autres. Ou alors, tu vas vouloir sortir pour te revêtir d'une joie fluide. Peut-être, la trouveras-tu dans l'arc du cupidon ? Peut-être que tu rentreras chez toi avec du vent dans les voiles, accompagné de zéphyrs trompeurs tourbillonnant dans tout ton être ?
Ce qui est magique dans cette nuit est un mythe, camarade, c'est une nuit comme toutes les autres ! À moins que l'on appelle magie la force qu'elle a de nous rendre sourds aux souffrances des SDF que le froid abrège de son point final pour laisser à l'image télévisée le soin hypocrite d’annoncer que la mort avait effectué son shopping auprès du détaillant nommé trottoir. Les crochets des nuits glacées s’abattent sur des hères qui se nourrissent en notre ère d’ers de survie car fourbus dans l'aire de la faim aux airs de pitié sacrée à des fins de publicité. Ces anonymes que n’accroche pas la curiosité, si ce n’est qu’un jour par an. Cette curiosité burlesque qui avive la blessure des imbéciles volontiers assujettis qui n’ont mal que lorsqu’un prince est pris d’une quinte de toux. Oh, tu me diras, ce n'est pas parce qu’un prince crie la malédiction quand un moustique atterrit sur son bras que les ponts du diable s’écroulent sous les pieds des sans-abris. Je te dirai qu’il y a pire que la solitude.

Pour les privilégiés par l’ADN, camarade, la saint Sylvestre sera en effet suivie d’effets magiques tout en luxure dans les parfums pimpants des jolies filles aux surnoms coquets, d’autres, comme toi, agiteront leur verge veuve sous le froc. Au final, tu retrouveras la réalité de toutes les brutalités des regards qui ont percé tes nuages quand tu les avais à portée de mains. La réalité va t’obliger à affronter de nouveaux orages de la vérité qui éclatera sous tes yeux face au vent ennuyeux de cette nuit que tu crois si particulière. Tu vas, alors, te rabattre sur la télé et ses troupeaux malades d'orgasmes, elle te prendra de ses films décadents dans le filet des pulsions mondaines où les elfes du X joueront la complaisance à te couper la chique tant tu t’entendras faire pataquès sur pataquès à chaque baiser minablement filmé en réponse à ta solitude.

Seul, tu feras partie fine en goguettes silencieuses, tu vas t’empiffrer de bières avant de t’affaisser sur ton lit. Tu affectionneras à vau-l’eau les effluves du vin et l'appétence luxueusement polissonne de la nuit qui dégoulinera de rêves comme une mièvre pluie sur le plaid froissé de ta solitude.

Au petit matin de premier jour de janvier, tu laisseras égarer ta vue au loin dans un morceau de ciel que tu t'es réservé avec une étoile dans ta retraite agitée d'une foi indicible et secrète. Tu te reprendras à l'espoir, il a l'avantage de rompre les nœuds les plus serrés de la solitude. Alors, tranquille dans le colloque sentimental que tu animeras avec toi-même, simplement avec toi comme interlocuteur anonyme, tu demanderas encore une fois de l’autre côté du miroir, quelle est ta place dans le destin.

 

 

! DIAMON~11

 

 

DJAFFAR BENMESBAH

 

 

! DIAMON~11

 

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