De là, je retombai dans l’enfance, car une créature féminine s’y reprend à plusieurs fois pour éclore. Je fus laideronne avec délices, la chevelure cordée et des mèches plates sur les joues. A toutes parures, je préférai mes vieilles chaussures lacées, mes anciens tabliers d’école et leurs poches pleines de noisettes, de ficelles et de chocolat. Les sentiers bordés de ronces, les massettes de roseaux, les lacets de souliers en pâte de réglisse, les chats, brefs tout ce que j’aime encore aujourd’hui me redevint cher. Il n’est pas de mots pour chanter, de souvenirs précis pour illustrer de telles périodes, que de loin je ne puis comparer qu’à des abîmes de sommeil heureux. Une odeur de fenaison me les rappelle parfois, peut-être parce que soumise aux fatigues de la croissance je m’endormais sans rêves, pendant une heure, dans les foins neufs. 

 

 

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COLETTE

 

 

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Oeuvre Auguste Renoir