"En visite en Algérie lors de votre campagne de 2017 vous avez déclaré : "la colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, c'est un crime contre l'humanité, c'est une barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l'égard de celles et de ceux envers qui nous avons commis ces gestes." Les Corses, nationalistes ou pas, ne trouvent dans votre propos rien à redire, eux qui subissent la colonisation de votre pays depuis 1768 :

-1768-1769 Conquête militaire et destruction de l'État corse qui s'était donné la première Constitution à forme démocratique de l'histoire moderne,

-1769-1818 Opérations de "pacification", villages incendiés, récoltes dévastées, populations pourchassées, pendaisons, déportations etc.,

-1774 Massacre du Niolu,

-1793 Insurrection libératrice,

-1807 Massacre dans le Fiumorbu,

-1814 Insurrection de Bastia et de toute la Corse, excepté Ajacciu occupé par des troupes françaises,

-1816-1818 Insurrection de la plaine orientale,

-1818-1912 Loi douanière taxant les produits insulaires vers la France "comme venant de l'étranger" et autorisant l'entrée en franchise de tout droit de douane des produits français. Cette loi est à l'origine de la ruine de la Corse au point que le rapport Clemenceau (1908) devait déclarer que "ni la Bretagne ni les Hautes-Alpes, ni peut-être aucun pays d'Europe ne peuvent donner une idée de la misère et du dénuement de la Corse". Cette loi a jeté sur les routes de l'exil  300 000 de mes compatriotes pendant un siècle et entrainé la désertification de la Corse de l'intérieur,

-1914-1918 Cette guerre fut pour notre île une boucherie supérieure à celle qu'endura la France. Michel Rocard a reconnu devant l'Assemblée nationale (JORF-13 avril 1989) que "pendant la guerre on a mobilisé jusqu'aux pères de six enfants et plus, ce qu'on ne faisait pas sur le Continent. La Corse a perdu à ce moment-là deux fois plus d'hommes que les plus touchés des territoires métropolitains",
-1957-1975 La spoliation des terres de la plaine orientale pour que votre pays y installe les structures agraires expulsées d'Afrique du nord lors des indépendances de ces nations, ce qui conduira à l'affrontement d'Aleria où vos troupes blindées donneront l'assaut à une cave occupée pacifiquement (j'y étais),

-1975-1981 Installation de polices parallèles (barbouzes) par votre administration (cf  1982-Assemblée nationale Rapport de la commission d'enquête N° 955),

-1980 Assassinat dans le dos de Pierre Marangoni et de Michèle Lenck par le policier Olivier Larcher lequel n'a jamais effectué un seul jour de prison, a été amnistié avant même de passer en jugement poursuivant jusqu'à ce jour une carrière dans la police,

-1987 Assassinat dans le dos du militant nationaliste Jean-Baptiste Acquaviva par le colon Roussel qui n'a jamais été inquiété judiciairement,

-1998-1999 Affaire dite des paillotes, tentative d'enclencher une guerre civile entre Corses orchestrée par le préfet Bernard Bonnet et le colonel de gendarmerie Mazères couverte si ce n'est plus par votre invité de 2018 M. Chevènement, ministre de l'Intérieur de l'époque. Condamnation des suscités Bonnet et Mazères à des peines de principe du style : suspension de port de Légion d'honneur pendant six mois etc.,

"Voici un très bref, trop bref résumé de la colonisation de votre pays en Corse. Vous m'excuserez de passer sous silence la colonisation culturelle ou sociale. Un livre entier n'y suffirait pas...Tout cela, bien entendu, comme dans toutes les colonies sur fond de turpitudes de vos administrateurs.

"Nous comprenons très sincèrement votre ressentiment d'avoir perdu l'un de vos préfets, tragiquement assassiné chez nous ainsi que la douleur de la famille. Mais nous autres Corses c'est par centaines, par milliers que nous comptons nos martyrs, fruit de votre colonisation de 250 ans. Dans ces conditions votre exigence de repentance collective pour M. Érignac n'est pas recevable avant que vous-même au nom de votre pays n'ayez fait le premier pas.

"Nous détenons sur ce plan une triste antériorité. Ce n'est pas la Corse qui a envahi, massacré, spolié, condamné, qui occupe et colonise la France mais l'inverse.  Ce premier pas vous l'avez accompli pour l'Algérie, ma demande n'a donc rien d'extraordinaire. Bien au contraire. Seule une démarche similaire de celle que vous avez courageusement estimé devoir faire vis à vis des Algériens peut réduire le vide abyssal d'incompréhensions entre nos deux pays et effacer la sinistre impression qu'ont laissé vos discours et attitudes offensants et méprisants de l'an dernier et de ce mois d'avril. Je me fais l'avocat de tout mon peuple, celui qui démocratiquement et sans contestation (56%) a porté aux commandes de notre collectivité une majorité et un exécutif se réclamant d'une lutte qu'il mène depuis 250 ans.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République française, dans l'attente de cet acte d'apaisement politiquement et humainement indispensable, les marques de ma très haute considération."

 

...

 

pacification de la corse3