Mes amis, le défi fondamental consiste à entrer soi-même en révolution et à permettre qu'un être humain naisse en soi. La voie à suivre pour cela est celle de la méditation. La méditation est une attention incluant tout.
Dans la méditation, le silence de l'esprit total aiguise votre être entier ; chaque cellule de l'être devient active. C'est pourquoi la totalité entrant en action et œuvrant avec le mouvement de la vie est un événement prodigieux.
Quand l'esprit total devient silencieux, ce silence imprègne l'être entier. Savez-vous ce qu'est l'imprégnation du silence dans l'être ? L'imprégnation du silence dans la totalité de votre être est pure conscience. Nous n'avons pas de motifs, nous n'avons pas de buts, rien à acquérir et rien à sauver ; ainsi le mécanisme de défense ne fonctionne pas. La totalité de votre être devient consciente de tout ce qui se passe en vous et en dehors de vous, exactement depuis les orteils jusqu'à la tête. Vous devenez ainsi mouvement de conscience pure en chair et en os. Oh ! la beauté de cela.
Un être humain est encore à naître. Et voici le défi : "Suis-je désireux de laisser le nouvel être humain naître en moi ? Suis-je désireux de passer par une révolution si radicale que je naîtrai à nouveau ?"
Nous sommes tellement centrés sur nous-mêmes que nos perceptions sont aussi centrées sur nous. Et une personne centrée sur elle-même ne peut jamais regarder quelque chose dans la vie, ne peut pas être en relation avec les autres êtres humains. Elle est si occupée par son propre moi, par son ego, par ce qu'elle aime, ce qu'elle déteste, ses pensées, ses émotions ! Elle aime le monde seulement si le monde lui permet de se projeter sur lui. Nous vivons, pour la plupart, de cette façon. Nous créons des écrans de résistance, et l'ajustement des résistances mutuelles est appelé relation. C'est cela la matière des relations humaines. J'adapte quelques-unes de mes idées préconçues et de mes préférences aux vôtres, vous adaptez les vôtres aux miennes et nous appelons cela une famille. Nous appelons cela amitié.
C'est pourquoi je dis que les êtres humains sont encore à naître. Ce sont seulement des fragments qui ont émergé de l'animal humain qui habite ce globe. Les fragments sont quelquefois charmants, mais l'être humain harmonieux, total, est encore à naître.
Le commencement d'une vie nouvelle, d'une vie fraîche, n'a rien d'utopique. C'est possible. Elle se produit. Le silence de l'esprit, qui est humilité, vous donne une nouvelle dimension de vie. Vous serez d'accord avec moi pour dire que nous existons et ne vivons pas. Les moments de paix et d'harmonie sont rares. Les moments non contaminés par l'émotion et par la pensée son rares. Arriver à être en relation l'un avec l'autre dans l'humilité, dans l'état de non-engagement, de non-identification, est la voie méditative de la vie. Elle s'épanouit en amour et en affection.
Comment naît cette nouvelle voie ? On peut se mettre à la rechercher si on le veut. Si on est vraiment désireux de se libérer de l'état d'ennui, de l'état où les actions sont répétitives et mécaniques, alors c'est possible. S'il y a une sensation d'urgence à cet égard, alors c'est possible. Le sentiment de l'urgence, créant un état de non-identification, peut conduire quelqu'un à ce mouvement de silence.
Méditer, c'est vous déshypnotiser, méditer c'est retirer les verres que surimpose le mental. Méditer, c'est désapprendre ce que vous avez appris... Et alors, la réponse à la situation que vous vivez vient d'un plan de conscience totalement différent... Oh ! la beauté de vivre dans un état de non-identification et de non-engagement ! La beauté de cela ! La liberté de cela... Vivre en méditation ou suivre la voie méditative, c'est se mouvoir en liberté. La méditation est une manière de vivre, une totale manière de vivre. C'est la voie de l'attention tendre et de l'affection

 


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VILAMA THAKAR


(Éd. Accarias - 1991)

 

 

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