"Qu’il est chaud à mon cœur, encore, ce souvenir d’une fête glacée, sans autres cadeaux que quelques bonbons, des mandarines en chemises d’argent, un livre... La veille au soir, un gâteau traditionnel, servi vers dix heures, saucé d’une brûlante sauce de rhum et d’abricot, une tasse de thé chinois, pâle et embaumé, avaient autorisé la veillée. Feu claquant et dansant, volumes épars, soupirs des chiens endormis, rares paroles – où donc mon cœur et celui des miens puisaient-ils leur joie ? Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclats, ce bonheur à flamme sourde, à nos enfants d’aujourd’hui ? Qui donc les a faits avides et blasés comme ils sont ? La vie nouvelle, l’âpre époque, et nous-mêmes !..."

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"Il vous paraîtra étrange que mes Noëls d'enfant aient été privés du sapin coupé, de ses fruits de sucre, de ses petites flammes. Mais ne m'en plaignez pas trop, notre nuit du vingt-quatre était quand même une nuit de célébration, à notre silencieuse manière. Il était bien rare que Sido n'eût pas trouvé dans la jardin, vivaces, épanouies sous la neige, les fleurs d'ellébore que nous appelons rose de Noël. En bouquet au centre de la table, leurs boutons clos, ovales, violentés par la chaleur du beau feu, s'ouvraient avec une saccade mécanique qui étonnait les chats et que je guettais comme eux. Nous n'avions ni boudin noir, ni boudin blanc, ni dinde aux marrons, mais les marrons seulement, bouillis et rôtis, et le chef-d'oeuvre de Sido, un pudding blanc, clouté des trois espèces de raisins - Smyrne, Malaga, Corinthe - truffé de melon confit, de cédrat en lamelles, d'oranges en petits dés.
Quoi, rien de plus ? Non rien. Aucun de nous ne souhaitait davantage, ne se plaignait d'avoir trop peu."

 

 

! DIAMON~11

 

 

COLETTE

 (1928)

 

 

! DIAMON~11

 

  

colette