Il est très tard chez vous
peut-être trop
des experts pêle-mêle
des technocrates et des docteurs fous
nous embobinent à la chaîne
dans cette usine aseptisée
qu'est devenue notre société
Nous n'avons rien vu venir
pourtant depuis des années
nous éprouvions les démangeaisons
du pire à venir chargé de venins
A vos chaînes citoyens!
Les morts-vivants creusent des tombes
pour les vivants traumatisés par la torpeur
les gratte papiers s'en donnent à coeur joie
tandis que bavent les limaces
dont on peut suivre la trace
pour peu que l'on y prête attention
un rapace sombre crie dans le ciel bleu de Buenos Aires
et les frênes d'Amérique jaunissent
le long des rues silencieuses
c'est l'automne ici chez vous le printemps
J'ai arraché toutes mes fenêtres
je ne sais plus l'heure ni le jour
Une montagne a surgi devant moi
avec ses forêts ses neiges éternelles
Des voix sans visage suintent des murs
Mon identité s'égare entre les prismes du hasard
Des fous furieux nous gardent en otage
derrière les barbelés de la haine
pendant que la mort se déguise en écuyère
je rêve de prairies à perte de vue
de rivières dans la lumière éclatante
des yeux noirs de ma bien-aimée
Je n'ai ni chaud ni froid j'observe
du fond de ma mémoire l'orbe du désespoir
Je n'ai ni faim ni soif je crève
à petits feux dans les cercles de ma conscience
Un sommeil monstrueux occulte l'univers
et les serpents de l'infini se glissent dans mes veines
Je voudrais tant vous faire mes adieux
mais mes lèvres refusent de s'ouvrir
Il est encore trop tôt
pour renoncer au désir de vivre.
J'en appelle à tous ceux pour qui la poésie
est une porte grande ouverte.

 

 

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ANDE CHENET

le 19/04/2020

 

 

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Oeuvre Michel Devaux