Si tu me donnes un mot,

j’en ferai une forêt.

Tous les arbres contiennent la mémoire du livre

que j’écrirai pour toi.

 

Si tu me donnes un mot,

je franchirai le vitrail.

Toutes les gargouilles contiennent la foi du poème

que j’écrirai pour l’incarnation de ton corps.

 

Si tu me donnes un mot,

je soufflerai sur le dromadaire de l’imaginaire.

Et tu n’auras plus soif.

Tous les sables du désert contiennent l’étoile diaprée du silence

que j’écrirai pour toi.

 

Si tu me donnes un mot,

je pourrai rentrer dans l’atelier de ton âme.

Et les toiles accrochées sur la compassion des murs

pourront rejoindre la vie extravagante du peintre

que je serai pour toi.

 

Car avant les mots,

la forêt vivait son roman d’arbres.

Car avant les mots,

le vitrail était un puits lumineux.

Car avant les mots,

le dromadaire parlait toutes les langues de l’imaginaire.

Car avant l’atelier du peintre,

toutes les peintures vivaient dans les lichens,

l’argile et les frondaisons.

Mais le poème que j’écrirai pour toi

est une des naissances de l’univers.

 

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© PATRICK CHEMIN

 

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© Photo René Chemin