emile

 

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Ce matin
une rivière est née du souvenir de nos pas.
Elle sourd de dessous nos rires éclatants,
Soulevant comme fétus de paille
les Nids épars des oiseaux,
Comme ces barques tendres
qui mangent les herbes folles
Aux bords des étangs.

Le torrent tresse l’écheveau du temps
qui brode
La robe liquide de mes noces.

D’entre les rameaux enchevêtrés des arbres fantomatiques,
L’eau verte s’alite,
rêveuse, en mon cœur silencieux,
Serpente
A petits clapotis cristallins
d’entre les cailloux moussus
que les vents chatouillent
A la tombée du jour.

J’étends les bras par-delà les forêts;
Je renverse ma nuque de sel brisé
et je chante au soleil sa berceuse de nuit.

Dans les miroirs de mes iris
L’enlumineur fait fleurir des bouquets d’arc-en ciel,
barbouille d’étoiles et de scintillements
Le bout des ailes de nos rêves perdus.

Alors les nuages
Gorgés de lourds sanglots
Unissent leurs cotonnades en un ciel de lit
Où tous deux
Les yeux clos
L’air paisible
Nous irons reposer d’éternité.

 

 

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MARION LUBREAC

 

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