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EMMILA GITANA
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4 novembre 2020

COMBATS 1,2,3,4

1.

.

Dites

Vous m’aiderez, n'est-ce pas, vous

Me tiendrez la main

(De loin, de loin, n'ayez pas peur)

Vous ne me laisserez pas

Seule, Dites,

(Juste par la pensée on lui fait dire ce que l'on veut)

Dites-le

Que
Je sente vos souffles vos regards au-delà de la cruauté blanche des

Scialytiques comètes, au-delà des douleurs carrelées, des stades qu'on

Énumère pour d'improbables olympismes,

Que

J’écoute, apaisée de vos promesses chuchotées que vous

Prendrez soin de mon ami désemparé

quand il aura perdu son port d'attache

(Il ne risque pas de vous dénoncer si vous mentez)

Dites

Dites-le

Que je vous croie

Que je croie à votre bienveillance que je croie à votre bonté

Et, peut-être,

Que vous puissiez y croire aussi

(Et si cela n'est pas, tant pis)

 

.

.

2.

.

.
Le seul moment où je sens encore une ombre de quiétude,

c'est celui où, en fin d'après-midi, lorsque la nuit monte de la terre,

je ferme les volets de la maison.

L'impression est fugace,

comme celle que l'on éprouve à la caresse d'une bouffée de vent chaud en été lorsque le matin est encore frais.

Pendant que je passe de pièce en pièce, le Chat m'accompagne.

Toujours.

Silencieux.

Présent.

C'est un rituel qu'il a établi, comme s'il se devait,

à mes côtés, de veiller sur la sécurité de notre soirée à venir.

Plus tard, il dormira, et viendra pour moi sans qu’il n’en sache rien l'inquiétude du soir,

cette sensation d'avoir oublié quelque chose qui à n'importe quel instant

peut remonter à ma conscience et éclater, jusqu'à la panique.

Puis suivra l'angoisse, cette main froide qui serre le ventre,

son bombardement de questions sans réponse, pourquoi ceci pourquoi cela.

J’aurai oublié l'ombre de quiétude, n'espérant plus que le sommeil pour fuir toute sensation,

fuir ce monologue intérieur incessant et cruel.

Pourquoi ceci, pourquoi cela.

Parmi ces questions ne figure pas le pourquoi suis-je malade,

pourquoi le cancer, une nouvelle fois, à trente-cinq ans de distance.

Sans doute parce que la réponse est d'ordre génétique,

même les bâtards ont droit à l'héritage dans ce cas précis.

Putain de famille.

Non.

Je me demande pourquoi ma vie a été aussi décevante – tout ça pour ça-

pourquoi la presque totalité des gens qui l'ont traversée m’ont menti ou trahie.

Puisque cela est récurrent, en toute logique je suis responsable de ces échecs.

Alors le Pourquoi se transforme en un Pourquoi suis-je et ai-je été aussi inapte.

Et comme je n'ai pas la réponse, impossible de savoir quoi modifier, changer, améliorer.

En conséquence, ma vie -ce qu'il en reste- ne pourra que continuer à être décevante et triste,

uniquement occupée à jongler pour boucler les fins de mois,

ce qui constitue en vérité ma seule activité depuis plusieurs mois déjà.

D'aucuns diront que j'écrivais.

Oui.

Puis la tristesse est arrivée, avec l'incompréhension : j'ai vu des gens, qui se disaient mes amis,

me tourner le dos sans un mot d'explication.

J’ai vu la parution du livre annoncé pour juin être repoussée à l'année suivante, puis annulée.

Bien sûr, j'ai tenté de relativiser (quel verbe moche),

d'ironiser sur l'amitié qui existe encore moins que l'amour,

sur le rude métier de l'édition mais en vain.

Il n'y avait plus d'écriture, plus que ces questions, pourquoi ceci, pourquoi cela,

ces questions triviales qui parlent de fidélité et d'affection, incongrues dans ce monde.

Le seul moment où je ressente encore une ombre de quiétude,

c'est quand je referme les portes.

Au propre et au figuré.

Choisirai-je de me battre contre ce qui m'attend, ou de me laisser aller, enfin ?

Qu'est ce qui est le plus sage ?

Pendant mon enfance, qui fut une belle collection d'horreurs,

je pensais, pour me donner de l'espoir

Quand je serai plus vieille, tout ira mieux, je serai libre.

Je suis vieille aujourd'hui et j'ai compris : Tout cela n'en valait pas le coup,

ni les coups, acceptés uniquement pour cet espoir.

Voici à quoi pense le guerrier,

las,

à l'approche du combat, qui marche sur un fil, les yeux bandés,

goûtant la nuit qui monte de la terre et le jour qui s'est tu.

 

 .

.

3.

.

.
La vague vient de loin, la vague vient du large,

plate vague, vague horizon, effaçant le rivage à grandes orbes.

Pas de violence, pas de fracas,

juste cette vague aux tristesses de valse.

Je repense au chat Sirius, disparu maintenant,

dont j'ai tenu la patte blonde lorsqu'il a dû partir :

on disait de sa robe qu'elle était couleur de sable mouillé.

Chat abandonné, qui venait se blottir chaque soir,

craintif, frissonnant, offrant ses os saillants à la caresse.

Où es-tu maintenant, ma belle flèche, mon vizir de soie, khamsin virevoltant.

Où ?
Je croise dans mes rêves des personnages étranges,

toujours pressés, en proie à des besognes mystérieuses et dérisoires,

et qui ressemblent aux humains de la réalité,

inconsistants ludions, courant ici et là, toujours plus vite, où vont-ils ?

Où ?
Les jours enchaînés passent, les nuits prisons passent,

le temps passe, laborieuse illusion.

Il paraît que les humains de la réalité ont fait la fête ces jours derniers, d'autres non.

D'autres recevaient des bombes et des promesses,

et le grand apitoiement général.

Il y eut des ciels rouges, des fronts rouges de honte,

des rouges rage, des rouges sang, des rouges cris.

Où va le rouge vie, lorsqu'il se dissipe à cause de la nuit venue.

Où ?

S'approcha l'heure du combat, mais le guerrier n'était plus là.

Il rêvait, assis sur une pierre, absent.

Il rêvait des combats perdus,

du choix de renoncer à l'agitation guerrière et aux espoirs de victoire.

Il rêvait entouré de la vague plate, attendant qu'elle le porte,

puis l'emmène, flottant, abandonné aux flux et aux reflux.

Sans doute trouvera-t-il où va l'amour lorsqu'il disparaît.

Mais vous n'en saurez rien.

 

.

.

4.

.

.
Sur le champ,

parmi les souches retournées, carcasses de machines,

rouilles furtives, parmi les lichens et les débris,

les bribes de plastiques colorés,

est un îlot calme,

laissant les jours se faire et se défaire,

les jours bas et les nuits passer,

où le temps se désœuvre,

crachant parmi la chair des raccords de ferraille, des jus obscurs,

suintements et bouillons, vies en transfert.

Autoportrait.

Fin du premier assaut, nous ne savons pas encore si l'ennemi fut vaincu,

si le couteau a mené sa mission,

s’il faudra ou non finir le travail à l'arme chimique,

chacun a regagné son poste de combat,

nous aurons à traverser cinq années de trêve avant que ne soit proclamée la fin des guerres.

Quelquefois, j'essaie d'imaginer le point de vue de l'adversaire,

comment il accepte ce premier échec, s'il fourbit ses armes ou renonce,

repliant ses métastases, pansant ses plaies, se faisant une raison.

Pauvre petit.

Pendant ce temps, une peste couronnée fait tout votre ordinaire,

un seul chinois éternue et le monde entier est enrhumé,

vous n'avez pas changé et vous n'avez rien appris depuis que je me suis enfuie dans le silence,

on vous l'a bien appris, lavez-vous les mains dix fois par jour,

laissez couler vers les égouts vers les dégoûts ces mots qui vous ont dérangés dans votre sommeil,

les Idlib, les Yemen, le tutti quanti des répugnances,

quel est le point de vue des enfants livrés au chirurgien collectionneur de viols,

quel est le point de vue des mortes, des abusées,

lavez vos mains vous dis-je.

Frottez, que diable ! Frottez,

jusqu'au sang.

.

.

.

 

ALEXO XENIDIS

( Ismène Le Berre )

 

 

 

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