"Maintenant, l'aube est à moi seule, et seule je la savoure rose, emperlée, comme un fruit intact qu'ont dédaigné les hommes. C'est pour elle que je quitte mon sommeil, et mon rêve qui parfois t'appartient... Il n'y a rien - rien que la plage lisse qui grésille comme sous une flamme invisible, rien que les équilles de nacre qui percent le sable, sautent, repiquent du nez, ressortent, et cousent la grève de mille lacets étincelants et rompus... Il n'est que midi. Tout l'après-midi est devant moi comme une terrasse inclinée, rayonnante en haut et qui plonge, là-bas, dans le soir indistinct, couleur d'étang. C'est l'heure, te l'a-t-on dit ? où je m'enferme. Réclusion jalouse, n'est-ce pas ? Méditation voluptueuse et triste d'une amante solitaire ?... Qu'en sais-tu ? Quels noms donner aux fantômes que je choie, quels conseillers me pressent, et pourrais-tu jurer que mon rêve a les traits de ton visage ?... Doute de moi ! Doute de moi, toi qui as pu surprendre mes pleurs, et mon rire..."

 

 

 

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COLETTE

1928

 

 

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MARIE ISABELLE CALLIER

Oeuvre Marie Isabelle Callier