La planète est une fillette outragée
Avec des jours sans poupées et des yeux sans pupilles
Son balluchon attend sur quelque quai de gare
À côté de millions de douleurs sans écho
Un train qui mettra au tombeau son cœur sans gants
Un bourgeon effeuillé sur ma poitrine, c’est le monde
Trou de pierre, brèche de vide
Tous les calices convergent vers mon sang
Je suis une fontaine en position d’offrande
Mais la blessure traverse la bouche du poème
L’abandon défie le ciel
Et secoue l’âme de la terre.
Ou alors, Dieu serait-il mort ?
Abandonnés, tous
Abandonnée
Pourquoi mes yeux regardent-ils les êtres en dedans ?
Et pourquoi l’en-dedans des êtres regarde-t-il mes yeux ?
Nul ne répond sauf l’Absolu.
Cristal et acier je suis, mais tous voient l’épée
Et nul n’imagine mes cristaux en éclats
Je résisterai en armure de poésie
Je résisterai accrochée au murmure des astres
Je résisterai juchée au sommet d’un brin d’herbe
Attachée à cette lune de neige navigante des brumes
Qui me regarde depuis la ramure de l’arbre qui la berce.
Je puis encore ouvrir les mains pour mes Autres
Je ne mourrai pas sans voir que dans le baluchon le Christ chante
Je ne mourrai pas sans que la boussole présage une épiphanie.

 

 

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El planeta es una niña ultrajada
Con días sin muñecas y ojos sin pupilas
Su valijita espera en un andén cualquiera
Junto a millones de dolores sin eco
Un tren que portará a la tumba su corazón sin guantes

Un brote deshojado en mi pecho es el mundo
Agujero de piedra, brecha de vacío
Todos los cálices convergen en mi sangre
Soy una fuente en actitud de entrega
Pero la herida atraviesa la boca del poema
El desamparo reta al cielo
Y sacude el alma de la tierra
¿O acaso Dios ha muerto?
Desamparados todos
Desamparada

¿Por qué mis ojos miran los adentros
¿Y por qué a mis ojos los miran los adentros?
Nadie responde sino el Absoluto.
Cristal y acero soy pero todos ven la espada
Y nadie imagina mi astilla de cristales

Resistiré blindada en poesía
Resistiré asida al murmullo de los astros
Resistiré encaramada en la cima de una hierba
Prendida a esta luna de nieve navegante de brumas
Que me mira desde el follaje del árbol que la mece

Todavía puedo abrir las manos a mis otros
No moriré sin ver que Cristo tañe en la valijita
No moriré sin que la brújula presagie una epifanía.

 

 

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CRISTINA CASTELLO

 

 

 

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odilon redon 42,

Oeuvre Odilon Redon