Laisser aussi, grande ouverte, la porte
Pour la Voix du soir, celle des dos courbés, de la poussière
Poisseuse sur la peau, qui se racle la gorge,
Et cherche longuement ses idées dans les lointains
S’accoude au bar, découvre les solitudes assises
Parle de la vie humble, la vie à petits bruits
De pas traînés à terre, et la journée pesante
Sur les reins les épaules, les cris bleus des métros
Le soupir des portières pneumatiques où se dégonfle
Un poumon mécanique avant l’arrachement du quai
L’odeur d’encre, les masques de papier journal,
Le piétinement des foules lentes vers les abris
Puis tandis que s’allument les fenêtres jaunes
Et que la Ville croit être un champ d’étoiles
Se taire
La Voix du soir s’éraille à te chercher
Engloutie dans le ventre d’un monstre bétonné
Dont tu têtes les sucs pour t’enivrer

 

...

 

Où sont-elles les voix qui me hantent
Les appels de brume lourde des bateaux bercés contre les quais
Résillés de filets jaunes qui agaçaient le bleu des portes et l’âme du pope
Où est le pélican qui arpente le port de son pas de notaire repu
Les parfums de bois et de poussières fauves de la terre brûlée de gris
Lorsque le soleil l’abandonne, cruel amant, horloge rouge,
Pour plonger vers le ventre mouvant de la mer offerte.
Où est mon pays
Où est mon pays
Les voix s’éloignent
Happées par les engrenages de la mémoire
Broyées par les dents qui
Fabriquent de la solitude
Parce que c’est le seul grain qu’elles ont à moudre
Celui là et pas un autre
Avec lequel on pétrit un pain plat
Sans levain sans vent sans visage sans vie
Une galette pour les pauvres
Qu’ils jettent aux oiseaux avant de partir.

 

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ALEXO XENIDIS

( ISMENE LE BERRE )

 

 

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Jack Barnosky

Photographie Jack Barnosky