J’ai besoin de frissons, de regards embués et de parfums de pins. Passez votre chemin si vous n’avez jamais attendu les nuances de l’aube assis sur des galets difformes. Si le battement des ailes des odonates vous laisse indifférents, si vous n’aimez pas le goût du cognac sur la langue après un enterrement, si vous confondez la fin et les moyens, si vous n’avez jamais douté, regardez ailleurs. J’ai besoin de signes, de cannelle et de vin. Ne perdez pas votre temps si ne vous êtes jamais égaré dans ses méandres, si vous ne reconnaissez pas un dieu d’antan dans le regard du passant, si vous méprisez celui qui ne craint pas de sortir du cadre, si vous ignorez le chant du chardonneret quand le vent du soir transporte des parfums de thym. Accueillez l’inconnu comme l’expression du présage, écoutez la petite voix qui murmure en vous lorsque le silence vous oppresse, pardonnez, aimez les mains pleines d’épines et d’eau glacée de la vendeuse des roses fraiches. Si vous chérissez secrètement la meute assoiffée parce qu’elle comble votre solitude alors passez votre chemin, je n’ai rien à vous offrir. Juste quelques dragées de baptême qui craquent sous la dent, des mots pêchés dans les eaux baptismales de livres aux pages jaunies, peut-être aussi une boite de crayons de papier pour colorier vos images. Si vous n’avez jamais enlacé un arbre comme si c’était le dernier jour de votre vie, si vous ne vous arrêtez pas devant un nid d’hirondelles, si la grêle vous insupporte, si vous ne caressez pas le cuir râpé d’un fauteuil oublié comme on découvre la peau sacrée du nouveau-né, je ne peux rien faire pour vous. Passez votre chemin si vous préférez le conditionnel au subjonctif, si le filtre vous sied autant que vos certitudes, si le malheur de l’autre conforte votre couardise. J’ai besoin d’embruns, de visages ridés et d’encens. J’ai besoin de pouvoir vous serrer la main pour vous signifier mon respect, d’embrasser, de consoler, de jeter aux braises, masques, trophées et médailles de pacotille. J’ai besoin d’ombres, de lumière et de fissures, de danse et de désinvolture. J’ai besoin d’aimer pour chaque nouveau jour, sinon à quoi bon ? 

En attendant le passage…

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! DIAMON~11

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NIKOLAOS ALIAGAS

 #instanikos 

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! DIAMON~11

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