Quand je dis un peu c’est toujours beaucoup
Il faut que tout voisine avec rien
Le peu de foi que j’ai
Je l’ai misé sur le chemin
Le long chemin de l’Est
Où naissent les métaphores du soleil
J’ai peu prié
Très peu jeûné
Mais longuement aimé
J’ai fait un peu de mal autour de moi
Mais j’ai planté un palmier
Qui ne me donnera jamais rien
J’ai même planté un cerisier
Qui me donne chaque année
Un peu de vaines promesses
Le peu de foi que j’ai
Je le réserve à ce pèlerinage
J’irai de Kairouan à Kairouan
J’irai de Fez à Fez
J’irai de Jérusalem à Jérusalem
Je dois un peu changer la géographie
Mettre Damas sur mon chemin
Le Caire, Istanbul et les bars d’Ispahan
Je n’oublie pas Louvain
Où j’aurais tant aimé enseigner
L’empreinte du désir qui ne sert à rien
L’art d’aimer en Andalousie
Et la fièvre des frontières franchies
J’aurais un peu aimé ma meilleure étudiante
Elle m’aurait tant appris.
Je dois un peu changer la géographie
Mettre les gorges de Galamus
Si près de Baalbek sur la route du Hijaz
Et s’il y a une belle femme sur mon chemin
Ne serait-ce pas impiété de ne pas m’attarder
Et s’il y a un parchemin sur ma route
Ne serait-ce pas impiété de ne pas m’attarder un peu
Pour lire la beauté et serrer la calligraphie
Je dois un peu changer la géographie
Mettre le Yémen et Port Soudan
Tombouctou et Samarkand
Naples et un peu Saint-Pétersbourg
Sur le chemin de Médine la lumineuse
.
.
.
.
.
.
JALEL EL GHARBI
.
.
.
.

mosaique-ceramique,