« En vérité, le bonheur qui prend élan sur la misère, je n'en veux pas. Une richesse qui prive un autre, je n'en veux pas. Si mon vêtement dénude autrui, j'irai nu. Il y a sur la terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive... Pour moi, j'ai pris en aversion toute possession exclusive; c'est de don qu'est fait mon bonheur, et la mort ne me retirer des mains pas grand chose. Ce dont elle me privera le plus c'est des biens épars, naturels, et communs à tous; d'eux surtout je me suis soûlé. »
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ANDRE GIDE 
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GITANE2,