" Ils ne sont plus là pour me protéger de mourir, pour porter sur leurs épaules le fardeau du temps.

Ils ne sont plus là pour me protéger de moi-même.  

 Il ne s’agit d’abord que d’accepter cela : ne plus jamais être aimé par quelqu’un comme on l’avait été par une mère. Cette sorte d’amour qui fut le premier, le plus nécessaire, n’existe plus ; on ne peut plus l’attendre ; il ne pourra jamais revenir. 

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J’aurai laissé derrière moi des couronnes de coquelicots aux pétales fragiles posées sur des têtes d’enfants, des marguerites et des bleuets au cœur de l’été, des herbes coupées, tant de papillons et de petits papiers pliés en quatre, des seaux en fer-blanc pleins de mûres quand déjà survient l’automne, de cageots de pommes, de champignons, de rires, d’insouciances et de commencements, de brouillards et d’odeurs fortes de feuilles mortes qui font un tapis où traîner les pieds

Je vais chercher mon cœur dans le cœur de la nuit : ne faut-il pas en passer par là pour que le jour conserve une chance de se relever de son ombre ?
Je traverserai autant de rivières d’encre qu’il sera nécessaire. Et je m’en irai loin dans la neige, avec mon cartable de cuir, ma plume d’or et mes anciens cahiers d’école.

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  Lorsque gèlent les horloges, quand cesse de battre le cœur du temps, on voudrait ne plus compter sa propre vie en années ou en jours, mais en poèmes, en chapitres de prose, en fables, en aveux, en souvenirs, et sortir à grands frais sur le papier une panoplie de rires, de gestes tendres et de baisers…

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La présence nous est donnée, et c’est une joie qui pourrait suffire : celle d’être là, seul ou avec d’autres, en ce monde, une fois, une fois seulement, tenu en vie par notre souffle! Mais il y faut encore tous les mots de la langue pour en dire la teneur. Changer en voix, en chant peut-être, le souffle de notre vie. Dire, dire encore cela, avec plus de force et de justesse. 

 

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 JEAN-MICHEL MAULPOIX

 

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John La Farge (1890),,2

Oeuvre John La Farge