Réconciliée avec les oiseaux je pars
Vers la Mer
Avertir ceux qui arrivent qu’il vaut mieux fuir,
( je pêcherai leurs corps flottant dans cette eau noire),
Fuir à toutes jambes ce pays usurpateur d’Histoire
Empêtré dans ses Rois ses roitelets et ses réputations d’escroc
Car
Je suis dans la gare de l’Incongru
Celle qui n’est rien celle qui ne vaut rien
L’un parce que l’autre, l’autre parce que l’un,
Et que grâce à cela je peux parler, libre,
Réconciliée avec les oiseaux et la rue je pars
Vers la Mer Blanche
Retrouver les ordures et les cadavres que l’on jette par-dessus bord
Pour que les bateaux de plaisance soient propres
Nickel et qu’on y mange les mets précieux sur le pont
Riant des mendiants qui passent sur le quai gris
Et je pressens l’eau sombre et froide l’obscurité les houles
La vague armée de cailloux qui assomme
Les bras qui se débattent malgré soi et l’eau qui prend
La place de l’air et des mots dans la gorge
La place des libertés et le goût de la guerre âpre
Les oiseaux maintenant m’escortent je me confie à leurs ailes précieuses
Me laissant couler vers les fonds ou m’échouant sur un trottoir
Pour regarder passer les chaussures des riches sans lever les yeux
Ils risqueraient d’y voir passer des orages les nuages de sang
Et ma grande tristesse qui les regarde, enfants perdus,
Qu’ai-je rêvé d’amour, de mains pour me rassurer, de tendresse, de baisers,
On sait bien que passé l’âge de la jeunesse de papier glacé personne ne veut plus
De personnel trop qualifié et les amantes sélectionnent maintenant sur fichier
Leurs amantes en donnant les mensurations exactes du désir
Je dois être bien trop grande pour loger dans leurs cases perforées
Allons,
Ce siècle méthodique m’ennuie avec ses wagons de suppliciés poussés
Sur les voies de garage et que personne n’entend crier A boire ! A vivre !
La pitié est devenue un défaut, la compassion une faiblesse,
La mort familière, cette vieille amie de la famille, s’est assise à tous les banquets,
Mais
Réconciliée avec les oiseaux
Je vole
Vers la Mer
Y apporter la paix des braves
Et des oiseaux aux ailes de prisme pris dans la lumière
Qui se reconnaîtront
Sont mes anges gardiens des ciels retrouvés
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ALEXO XENIDIS
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feringule, Rodolphe Antonetti,

Photographie Rodolphe Antonetti