Je regarde la mer, comme un appel, un cri hors du temps, hallucinant, embrasant la totalité de l’horizon
Elle est agitée ce soir, écumeuse, bleu noir, gris mauve, jusqu’à cascade d’émeraude, déchirée par la passion qui s'écrase désespérée sur le sable noyé d'écume. Impossible de le pénétrer, même la ville devient incertaine, à peine visible, quelques lueurs de voiliers attachés au port. Une île, je crois, en plein cœur des Cyclades, où même les dieux semblent avoir été oubliés.
Je songe à cette autre éternité, à l’écriture sur les vagues, pouvant transporter le poids de la pensée sur leur corps aquatique. Ce sont dans ces espaces d’ absence que l'encre peut s'engouffrer. On peut écrire sur tout, sur la vie, le désert et ses tempêtes, sur le corps mort du monde et surtout sur le corps mort de l’ amour, blanc et désespéré, dans l’urgence du temps, là où les mots sont interdits . Alors je suis revenue, cette nuit bleue rougeâtre dorée, encerclée, emmurée dans mon silence tel un fantôme errant, une déesse sans nom, qui cherche une porte de secours à sa folie.
J’ attends là, l’indéchiffrable, l’indécomposable… Les mouvements de la mer ? Les forces du vent ? L’illusion de l'amour ? L'angoisse, le spleen baudelairien ? Les brises de mai se font de plus en plus fortes, frappant la mer qui est pâle, blanche, chaotique sous les forces des vents contraires, criant à la folie dans le désir inassouvi de notre déraison .
Et je marche dans un bleu électrique, déjà perdue dans moolight de Beethoven jusqu’à l’ annonce de l’Aube, effarée, haletante, le long du sable agonisant sur la nudité de la plage, blessée…
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ALICE MACHADO
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Olja Radmanovic,

Photographie Olja Radmanovic