En hommage à L. S. Senghor
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Lui, attentif à l’étendard ocellé d’une aile, à la fontaine d’un palmier.
Elle, l’Égyptienne, la Sulamite, lune rouge sur l’île noire.
La mer monte, flaire déjà sa couche solennelle, lèche ses orteils d’herbe,
la recouvre tout entière, ruisselant comme un vin violet.
Houle, bientôt l’emporteront de plus profondes vagues, de plus sombres, somptueuses.
Demeurera son désir précieux, ton miroir.
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Nue, noire, si tu te couches sous l’aile rouge du crépuscule
-  si tu rêves au trésor inquiet des insectes, à la danse lente des grands mangliers -
fruits lourds et colombes bleues, si tes seins se gonflent de suc ténébreux :
c’est au profit du vent et de l’oiseau du vent lorsqu’il plane, s’étend, se rassemble en tourbillons verts.
Puis il ira frôler une lyre de gazelle, ta servante, ta guetteuse. 
Et viendra la nuit de moire, de lèvres humides, de délices masquées, ô reine, ô souveraine !
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Masques de coquillages, débris d’étoiles, sages pollens, palmes
- nous célébrerons l’anniversaire de l’Arbre au sang fidèle, cousant de fils verts et rouges l’été des collines -
O Abondante, ô Noire, ô patiente Bienfaitrice,
il veille la paresse de ton ventre oint d’huile splendide,
tes seins fleuris de colliers lourds comme les nôtres :
avides de couleurs profondes, de parfums.
L’arbre de la fête fertile, invincible saison, l’arbre de l'été.
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JEAN CLARENCE LAMBERT
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Patricia Juhoor-Demandre

Oeuvre Patricia Juhoor Demandre