Je viens de l'apprendre...

Apprendre le départ d'une grande voix de la poésie n'est jamais facile;

C'est tout un pan de culture ( à venir ) qui ne sera pas...

Demeurent, au delà de la mort, les mots, les écrits, les livres, les pensées, les sentiments qui depuis 16 ans que je publiais Jean-Marc La

Frenière sur ce blog (45 textes ), nourrissaient nos esprits...

Je me permets, et j'espère qu'elle me pardonnera, d'emprunter ce texte à Ile Eniger - je pense à elle  -, son amie proche ...

Que les étoiles vous accueillent, cher Jean-Marc Lafrenière,vous qui aimiez tant la liberté...

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Tu viens de fermer la porte et je suis sans voix.

Alors, toi aussi tu pars ? Blottis au nid de papier, même les mots se taisent.

Ils n'ont plus cours.

Doucement, des images voltigent, ton loup couché à mes pieds, les glissades du vent sur le pré en arrière, la berçante sur la vieille galerie de bois, les longues routes longues, les feux de camp aux soirs, nos longues discussions, nos silences, nos connivences, ton accent improbable et tes carnets à la petite écriture si grande.

Sur les blogs, les réseaux, tous parlent de toi.

Moi, muette, j'écoute tes pas dans la lumière.

Ce soir je ne sais plus écrire.

Ile Eniger

http://insula.over-blog.net/2023/01/a-mon-ami-jean-marc.html?fbclid=IwAR3lwaPPv_qyfP3YqU8o30ihJzzAEcxg9Q94cf3E6iUQJNml7CbvVEd7Jhk

 

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la freniere jean-marc - Éditions Chemins de Plume

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Nous étions si bien tous les deux à caresser un loup, à regarder la pluie en larmes sur la vitre, tant de petits soleils. La vieille chaise a verdie où nous étions assis. Des fleurs y poussent en souvenir de toi. Je voulais mordre à la même pomme, planter le même noyau, toucher la même écorce. Je voulais marcher avec toi, longer les rives, arpenter les sous-bois, faire craquer les doigts de l'air. Je voulais dormir avec toi, ajouter tes collines à mon paysage, ton feuillage à mes branches, tes lèvres à ma bouche. Je pense toujours à toi. Je t'écris. C'est bête, mais je vis. Je vis pour toi là-bas où la mémoire perd son sang. J'apprends à lire de loin les mots que tu écris. Je ne suis pas là où j'habite. Je suis là-bas où tu vis. J'écris avec une main sans corps pour retrouver ta chair.

Ta photo sur le mur retourne à son négatif jusqu'au moment où elle fut prise. Tu me regardes ici, et pourtant, je suis là-bas, derrière ton dos. Je t'accompagne quand tu quittes ton corps. Je me fond dans le paysage comme la flèche dans son but et le désir d'être là. Avec les années, les étés qu'on a vécus ensemble restent jeunes. Ils tintent dans mes phrases comme des campanules. Ce qui était ne sera plus, et pourtant je le vois. Une nuée d'oiseaux se pose sur une île. Dans la maison de l'air, un pays infini baigne le blanc des yeux.

Écartelé entre les continents, je rêve d'un point commun sur la planète et au-delà, d'un grand lit calme dans la maison de l'air, d'une verdure commune dans les herbes du corps. La tendresse est une force à deux. L'herbe sent bon lorsque je pense à toi. Ton eau fraîche coule en moi comme un ruisseau de vie.

Il m'arrive de rêver de la même façon que je vis. Nous avions 9 ans. Je te traînais dans une voiture d'enfant, une voiturette de rêve. Tu étais toujours amie avec un autre, mais moi je regardais à travers tous les trous, les fissures, les grillages de l'air. Ta petite robe à pois écartait le malheur et ta poupée de son me faisait les yeux doux. Le soleil nageait sur tes taches de rousseur. Nous nous sommes perdus dans les grandes lignes de la ville, mais nous sommes retrouvés parmi les souvenirs. Dans le tissu du monde, un fil nous relie l'un à l'autre. La chambre close de tes bras s'est ouverte pour moi. Le lit où nous couchons nos vies est une longue rivière. L'amour est un passage à gué, un survol d'oiseau avant de nidifier, un nid pour la chaleur des œufs et la rumeur des eaux.

Il m'arrive de rêver comme les fleurs éclosent. Tu as laissé tes pas sur le tapis rouge de mes veines, des éclats de soleil dans l'ombre qui me suis. La vie ne baisse pas les bras, mais unit ceux qui s'aiment. L'espace bouge comme un doigt dans la bague du temps. Il me suffit d'un mot pour que roule encore la petite voiture, pour que le vent décoiffe tes cheveux en broussaille. Chaque matin, je regarde le ciel. Les oiseaux m'apportent des nouvelles de toi. Ces facteurs à plumes distribuent les sourires tout autant que les larmes. Je t'écris des poèmes dans les marges des pages. Hier est aujourd'hui et demain sera toi. La route du paysage est une clef vers toi.

Je voulais te présenter mon corps, mes caresses mes mains. Je voulais te présenter mes yeux, mes regards, mes jambes. Je voulais te présenter mes bras, ma poitrine, mes pas. Je voulais te présenter ma vie avant qu'elle vieillisse. Je voulais te présenter mon cœur, mais je n'ai que des mots. Mes doigts restent accrochés au bois nu d'un crayon.

Je me souviens de ton écharpe volant au vent, de toi assise sur la galerie dans la vieille berçante, tes yeux au bord du lac rattrapant l'horizon, ta main flattant mon loup entre la crainte et la tendresse. En route vers ton corps, mes mains se font légères pour toucher ta douceur. Mes doigts s'envolent en caresses. Je voudrais tant que tu sois là, alors je t'écris.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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"POIVRE ET SEL"
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La naissance et la mort se tiennent par la main. J'entends les chats sur la clôture. Ils se racontent des histoires de cul. Les souris dansent dans les murs. Un crapaud me regarde au bas de l'escalier. Je transporte avec moi des forêts minuscules. Je mets de la dentelle au milieu des ordures. À l'école du temps, je n'ai jamais appris la montre. Je compte sur mes doigts mais je sais l'infini. Je ronge les mots pour nourrir le silence comme une chenille déjeune sur le dos d'une feuille. Je lance mes mots comme des cailloux dans le vaste bruit du monde. Les phrases quelquefois forment des cercles de lumière.
Le ciel hésite sur les toits entre le poivre et sel des nuages. Le vent tiédit la grande soupe d'un lac. Il arrive que l'hiver tout devienne invisible. On attend l'accalmie pour déchiffrer la route. Les hanches fragiles de l'eau nous échappent toujours. L'étiquette est pour ceux qui se vendent. L'éthique est pour les hommes debout. Devant les yeux de la faim, le pain offre son cœur. Pour récolter, il faut d'abord s'aimer. Les arbres se marient dans le chant des oiseaux. Un panier vide de fleurs en garde le parfum. Tout le ciel se mire dans la rosée d'un œil.
Durant les nuits d'hiver je tricote des bas de laine pour le rêve, des raisons d'espérer, des foulards de joie, des mitaines pour les bonhommes de neige. Je suis un musicien au cœur du labyrinthe, un aveugle qui voit. La voix des saltimbanques fera sauter la banque. Sous le sommeil des mots l'encre veille en rêvant. Le soleil fait la sieste sur le hamac des fougères. C'est la forêt qui chante quand dorment les oiseaux. Les pieds ont la couleur de la terre, les yeux celle du ciel. Tous les enfants s'habillent de la couleur des fleurs.
Je lis entre les lignes comme les oiseaux entre les arbres, l'insecte sous la pierre, le vent entre les murs. J'écoute le ver ronger la pomme, le ciel tomber en pluie, la mer manger la terre avec sa bouche d'eau. Chacun se déverse dans l'autre comme la lumière dans l'obscur, la source des couleurs dans l'épaisseur du verre, un bruit d'étoiles dans la source. Je transporte avec moi les larmes des enfants, les poupées éborgnées et les gants des manchots, la montagne, la rose, les nuages, les joncs dans un coup de pinceau, tous les rêves du monde dans un sac à paroles. Toutes les formes attendent la décision du peintre, l'image du poète. L'eau du regard inonde l'horizon. Tous les bruits de la mer forment un coquillage de musique. Un seul brin de paille ralentit le torrent. Un seul cri d'oiseau rapetisse l'espace, une vague l'agrandit.
Le vent qui adoucit la pierre endurcit les oiseaux. Les abeilles abandonnent les fleurs à la poussière de l'automne et cuvent leur pollen dans l'ivresse des ruches. L'herbe grandit partout où elle trouve la terre. Elle applaudit le ciel de ses milliers de mains et lèche de sa langue les ailes du papillon. J'écoute chanter le monde d'un oiseau à l'autre reliant chaque nid d'un fil de musique.
Chaque branche, chaque feuille sont la portée du vent. La grille des paupières laisse passer la lumière mais aussi le sable du désert. L'eau des regards monte ou s'accroche aux parois. Les oiseaux passent sans m'apprendre à voler.
Captant le fil du vent dans les pensées errantes, les insectes frissonnent jusqu'au bout des antennes. Je suis la bouche d'un volcan s'ouvrant au chuchotement des labiales, l'épaule des montagnes sous la sueur du torrent, la partie pour le tout, l'image dans un œil déployant ses couleurs, le vagabond aux yeux de chat qui quête l'absolu, le pollen des étoiles à fleur de peau. Un chevreuil en courant transporte l'espérance à l'abri des fusils.
J'ai dit non aux stratèges, au strass et aux néons. Je me voudrais lumière dans l'ombre de chacun. J'écris comme on lève son bras avant de disparaître, comme on roule une pierre pour dégager le puits, comme on fait un collier en enfilant des larmes sur le fil du temps. Je sais que tout est là. La nuit, on attend le soleil sans le voir. L'eau n'est fraîche que pour ceux qui ont soif. Ceux qui méritent le pain ont faim. Je vois un arbre dans un fruit. J'écris pour rendre à la musique ses oreilles coupées, pour gonfler de caresses les paumes du désir. D'une fleur à l'autre, la pluie mélange les odeurs.
J'entrevois l'invisible dans le feu des lucioles. Des milliers d'yeux valsent dans la nuit et fiancent l'ombre à la lumière. La rosée du matin sur le dos des fougères est comme l'haleine des papillons, la sueur des fées. La faim s'abreuve à l'eau des fruits comme une abeille sans odeur transporte vers la ruche la saveur des champs. Il arrive que le vol d'un oiseau dessine la courbe d'un feuillage, que le chant des cigales réveille le volcan, qu'une larme d'enfant console sa poupée. Il arrive qu'on s'aime malgré la haine autour.
La fourmi sous l'écorce tète la sève des racines. L'oiseau picore la lumière des feuilles. Il y a des voix dans le silence, des rides de lumière dans le miroir des ombres, des roses dans le brouillard qui cherchent le jardin, des paniers vides pleins d'espérance. La porcelaine issue de la terre et du feu est comme le poème mariant le ciel avec la mer. Du cri à la parole, le feu et le silex furent les premières voyelles. Les feuilles s'illuminent du noir des racines. Le silence partage le pain rompu des mots."
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Vivent l'inachevé,
la maison vide,
la graine non germée,
l'incertitude,
le doute.
L'espoir s'y répand
entre les trous du vide
pour préparer la vie
ou réparer la mort.
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Franck Badet Photographe