EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

samedi 1 août 2009

ILE....

Le paysage s'est arrêté. Une rumeur revient, toujours la même, la soif
des fontaines sur un pays sans eau. Si je bouge, je tombe. Nul rebord. Le
loup amoureux, le chaperon, le beurre et la grand-mère sont au fond du
panier, recouverts de quotidien. Je marche à l'avant du déchir. Le jour glisse
et quand j'essuie mes yeux c'est du bleu que j'arrache. Une couleuvre
change de pierrier, un oiseau se fracasse contre la vitre. Elle copiait le ciel.
Le sang ne bat plus à la tempe des doigts, la buée d'un bain chaud
n'efface pas l'escalier qui longe le néant. Des coquelicots meurent à peine
regardés.
L'amour n'était qu'une enfance qui jouait à la marchande. Derrière moi,
la mort d'une femme.
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ILE ENIGER

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La_20maison_20de_20Grand_mere

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samedi 11 juillet 2009

D'UNE ILE L'AUTRE

Une marge d'enfance et de larmes séchées transitent sur la page leurs théâtres muets. Petites chaises vides au milieu de la cour, aucun rire ne marche. La bougie s'est éteinte. On s'est moqué du rêve. De la magie enfuie reste un étonnement et cette marque brune sur la place du coeur. Un soleil s'est cassé dans le fond du jardin et les yeux des pensées le veillent tristement. Aux gorges des gouttières, des hoquets de sanglots acheminent le ciel. L'air siffle en vieil accordéon, et dans chaque silence des abeilles
s'agitent. Tout pèse tout à coup, le soir tombé sans cri, le plomb aux dents des ombres, le poing serré du froid sur le ventre des terres. Voyageur qui ne sait s'il doit suivre le vent, le funambule ajuste sa chaussure blessée.
Où le fil s'effiloche quelqu'un prépare une aile. L'arbre tourne la tête, il garde en floraison des étoiles lointaines.

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ILE  ENIGER

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bleu

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mercredi 3 juin 2009

POIVRE BLEU...Extrait

La terre fait jonquille. Le jour se lève chaque jour sans aide. Des herbes repoussent les décombres. La flamme s’éveille dans les bougies. La constance des abeilles invente les fleurs. La confiance des oiseaux picore les fruits. Les mots égrènent des phrases. Écrire lève sa couverture. Dessous foisonne. Bat. Tant de véhémence. Je parle de joies. Ces choses minuscules. Au parcours de papier, l’écriture descend, monte sa ligne. Un poivre au bout. Bleu.

Parfois les mots réparent, comme les flammes des bougies sur le tranchant du noir.

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ILE  ENIGER

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nature_printemps_244435



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mercredi 20 mai 2009

UN CAHIER ORDINAIRE...Extrait

Tes mots sont ma maison, j'y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C'est exactement le paysage que j'aime, il a le visage de ta voix. La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s'écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses. L'arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l'interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d'hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l'existence ? La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien.

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ILE  ENIGER

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Herbier_3_d

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dimanche 19 avril 2009

UN CAHIER ORDINAIRE...Extrait

C'est un vieux temps. En noir et blanc. Des rouges gorges sur les graines. Un, d'espoir en souliers sous un arbre en bougies. De givre sur les herbes, de mousse dans la crèche, de santons un à un. La voix pure dans l'église à minuit, c'est ma mère qui chante. Mains dans les poches, la cigarette qui troue la nuit, c'est mon père. À pieds, la route nous ramène, chaussettes, bonnets, moufles de laine. Le ciel traîne son jus d'hiver, de carcasse de pierre éclatée par le gel, de froid qui prend tout des écorces aux étoiles. Partout les lumières de nuit. Un grand mica brillant. Des bris de verre aux bords des toits. C'est un vieux temps de fêtes. D'odeurs de cuisine goûteuse. D'émerveillements. C'est blanc, rouge, doré, le charbon dans le poêle. Et la joie. Il ne manque personne. Je n'ai pas vu passer les jours.

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ILE  ENIGER

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milagro

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mardi 10 février 2009

DU FEU DANS LES HERBES...Extrait

Une odeur de printemps attise les bourgeons. Des arbres serruriers ouvrent l’enchantement. Pommiers de fêtes, veines de feuilles, projets d’aubépine. Un frémissement parcourt l'angélus qui bouscule le silence. L'horloge s’épuise à dicter sa logique. Aux rideaux des façades les volets ne battent plus pour appeler à l’aide. Un plaisir visite les ramures. Rien n’arrête la course du vivant. Et le vieux monde, par un soleil de plus, pardonne encore à ses bourreaux.
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ILE  ENIGER

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ODEUR_DE_PRINTEMPS

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lundi 27 octobre 2008

LE BLEU DES RONCES....Extrait

À quoi pense l’enfant quand il est à l’école ? Au hérisson, à la grenouille des jardins, aux sentiers de collines sous ses jambes de chèvre, aux baisers de sa mère, aux pains au chocolat. Et la voix de son père quelque fois en écho. Il pense que demain il sera capitaine, et fabrique en cachette des voiles en papier. Il ouvre des fenêtres aux pages des cahiers où passent des couleurs, la figue sucre mauve des chapardes d’été, l’orange des argiles pour les statues d’une heure, l’ivoire poli doux des cailloux de rivière, et ce bleu de ces yeux qui font battre son cœur comme il ne savait pas. Ils pensent que les arbres qui ne courent jamais et vivent si longtemps sont de drôles de personne. Que la voix du silence c’est le chant des oiseaux, la pupille du chat. Et les yeux fatigués du jour se sentent heureux de ne pas s’être ouverts pour rien.

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ILE  ENIGER

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DOISNEAU

Photographie de Doisneau

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samedi 25 octobre 2008

ELLE REPONDIT

Grand-Ma, pourquoi tu dis que l'argent n'est rien ?
Elle répondit,
Demande-toi ce qui est juste, demande-toi où est la vie.
Sans les végétaux qui t'équilibrent, tu ne peux vivre
Sans le minéral qui te porte, tu ne peux vivre
Sans l'eau qui te renouvelle, tu ne peux vivre
Sans l'air qui te régénère, tu ne peux vivre
Sans la graine qui te nourrit, tu ne peux vivre
Sans le germe dans une ovule, tu ne peux vivre
Sans l'animal tu ne saurais le plus haut partage
Sans le soleil tu t'éteindrais,
Sans le sommeil, tu t'épuiserais
Sans l'espoir tu stagnerais
Sans la beauté tu déprimerais
Sans le souffle, tu mourrais
Sans l'amour tu renoncerais
Sans l'argent ??? rien. Ce papier de pouvoir brûle sans réchauffer. Tu l'enlèves, tout reste. Et dans ce tout est ta demeure.
Grand-Ma, qu'est ce qui est important ?
Tes mains, petit, qui ne doivent ni lier, ni asservir.
Ton esprit d'homme libre d'être un homme libre.
Ton cœur qui bat comme le tambour du chaman.
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ILE ENIGER

" Terres de vendanges "

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ardoise_doisneau5608

Photographie de Doisneau

jeudi 9 octobre 2008

AINSI

Grand-ma, Dieu existe-t-il ?
L'enfant jouait dans un carré d'herbe. Elle laissa le linge mouillé dans le panier, à côté des épingles, ramassa le boomerang, et le lança. La force de son poignet était étonnante. Le ciel était si net contre la terre que la ligne d'horizon ressemblait à la pliure d'une carte postale.On entendit un sifflement, puis une vibration, l'aile revenait, puissante et précise, au point même de son départ. Grand-ma la remit  dans l'herbe et posa sa main, la même qui avait lancé le boomerang, sur la tête de l'enfant. La caresse devait être douce car celui-ci se blottit contre le tablier à carreaux gris et bleu.
Ainsi chacun de tes actes, dit-elle
Chacune de tes pensées
Chacun de tes pas
Rien n'échappe à cet état qui échappe à toutes les lois et les dépasse. Tu es le départ et le retour. Après, que Dieu existe ou non, est sans importance.

Ile Eniger, Une ortie blanche

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manege2

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PEU

Ils ne chantent pas, libres et légers, de la source à la mer. Ne laissent pas leurs angles s'arrondir. Ne font pas de chlorophylle. N'ont aucun geste d'aile au bout de leurs moignons. Ils choisissent le gris, expulsent l'arc-en-ciel, alignent des règles et des murs, nivellent le regard. Ils refusent leur terre à la graine qui passe. Ne fertilisent que leurs désirs. Ne font ni fleur ni miel gratuitement. Ne donnent rien à respirer. Mais pensent. Avec cela ils vendent des armes et leurs frères. Achètent leurs conduites avec des papiers sales. Conditionnent la vie et leurs enfants. Détruisent l'univers et la confiance. Ne remercient jamais. Ils gaspillent, tuent, possèdent, s'exténuent. Entre payer et vendre ils font d'un coup de dé, le vide de la vie. De la marque au label, de l'amour dévasté à l'esprit qu'on leur vole, il leur restera peu. Un rêve pour scier les barreaux, la parole et la joie pour cisailler les fers, deux silex en chemin pour refaire le feu. Il leur restera peu, mais je l'écris en majuscules.

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ILE  ENIGER

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ble

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