lundi 20 avril 2009
YVES HEURTE
Je suis malade de poissons plats dans la saumure
Que mon vieux ramenait des îles du Levant.
Sa voile, en vain fouilla la gorge des courants.
Il revint, fortune défaite.
Je suis malade de ce vieux qui mourut pour du vent.
Bien le bonjour quand même
Aux océans danseurs
Dans la maison de passe des détroits.
Je suis malade de calvaires
Taillés à coup de foi, à coup de dents.
Mon autre vieux lui donna plus de sang
Que Christ à son suaire.
Bien le bonjour quand même
Aux femmes emmurées
Entre église et chaumière.
Je suis malade de naissance.
On me jeta hors de ma mère
Comme d'une fenêtre
Et je hurlai d'ensoleillance
Au milieu de voisins buvant leur café noir.
Bien le bonjour quand même
O ma terre
Petite pomme tiède encor
Sur les branches du froid.
J'ai grand mal de poèmes
De lampes éreintées par la nuit
Sur des syllabes à goût de sel.
Bien le bonjour quand même
A tout pêcheur, à tout tailleur de pierre.
S'il faut tout amour perdre
Que tout amour ne nous perde pas.
Tourne mon cœur comme la terre
Nuit et lumière, nuit et lumière.
.
YVES HEURTE
.
samedi 28 mars 2009
YVES HEURTE
Fragilité, tu m'as fait naître
amoureux de ces quais où se nouent les sillages.
Je suis toujours parti,
sûr de ne rien trouver qu'on ne sache d'avance
mais porteur de matins débordant d'inconnu,
de rideaux de théâtre attendant de s'ouvrir,
comme on déshabille une femme,
sur quelque pièce étrange où l'on s'est reconnu.
Voyager toujours, voyager! Mener sa tête ailleurs
sur les pistes du feu, les brumes d'archipels
tous porteurs d'impossibles accessibles.
Puis se retrouver là, sur le quai du retour,
nu de part ses voyages,
au milieu de ces gens qui jamais ne sauront
ni les bonheurs profanes
ni les doutes du soir dans la frayeur des temps
.
YVES HEURTE
.
PLUS DE MOTS, PLUS DE VERBE
On a trop dit d'insignifiances
trop infligé de faux poètes
trop loué ce qui luit, caressé le paraître
noué d'éloges trop de gorges
trop chanté tous ceux qui enseignent
trop enseigné ceux qui déchantent.
Mais, bon Dieu, que remontent
les rumeurs enfouies et les jurons
du vent sur l'incendie,
l'orage en fuite ou ce silence
de la vague océane avant l'écrasement!
.
YVES HEURTE
.
mercredi 4 mars 2009
MARCHE SUR LES RÊVES
Si vous marchez sur mes rêves, amis, soyez moins lourds ! Hélas, très peu de vous ont la légèreté voulue. Seuls quittent leurs semelles de plomb ceux qui traversent leur vie en enfants, en poètes, ces ingénieurs d'amour. Ils posent leurs pattes nues sur mon tapis bleu comme un moineau, un hérisson, un petit animal inconnu. Ce tapis qui depuis toujours est censé ne servir à rien.
.
YVES HEURTE
.
mardi 3 mars 2009
LA NOCE SOLITAIRE
Et si c'était ainsi, l'éternité,
un chant fait de silence ?
Si c'était d'un amour
l'infinie patience ?
Une envie douloureuse d'être
la nuit, la neige, et la cantate ?
Yves Heurté
.










