vendredi 20 novembre 2009
KHIDR, LE BON GENIE
nakhla, tu le sais, est féminin en arabe), est la soeur d’Adam.Rijal al Ghayb, les hommes du Monde du
aswad nurani), enfin celle du prophète Khidr est à la fois un héros populaire et le maître spirituel de ceux qui sont appelés à une affiliation directe au monde Éternel adolescent, Khidr ne connaît ni la vieillesse ni la mort. A la fois humain, angélique, terrestre et céleste, il a trouvé la source de vie et a bu de son eau. Aussi est-il immortel. Il réside tantôt au sommet du mont Qaf sur un rocher opalin translucide et lumineux, et tantôt il se promène dans les cités d’émeraude Jabarsa, Jabalqa et Hurqalya, toutes baignées d’une merveilleuse lumière verte, dans une atmosphère mélodieuse. Et tantôt il réside sur une île verte au milieu de l’Océan. Parfois aussi on le voit au fond de la mer, en méditation profonde, assis sur une natte verte. Au moment où il se tenait auprès de la source de vie, il lui fut dit : « Tu es Khidr, et partout où tes pieds la toucheront, la terre deviendra verte ». Aussi partout où il s’arrête pour prier, la terre se met-elle à verdoyer.… (...) . MOUNIR HAFEZ . Pour lire la suite http://www.moncelon.com/MOUNIR%20HAFEZ%20_4_.pdf . Mounir Hafez
A - Tu sais, l’Islam est plein de merveilles. L’une d’entre ces merveilles c’est
précisément Khidr et la couleur verte dont je vais te parler aujourd'hui.
B - Donne-moi tous les détails, parle et n’oublie rien.
A - T’es-tu jamais demandé pourquoi le vert symbolisait le monde musulman
et pourquoi le vert était la couleur liturgique et spirituelle de l’Islam ?
B - Non, mais j’ai hâte de savoir.
A - Alors ouvre ton coeur autant que tes oreilles.
B - Mais dis-moi d’abord qui a choisi le vert pour représenter l’Islam. Est-ce
l’O.N.U. ?
A - Tu es trop savant. Non ce n’est pas l’O.N.U. Ce n’est personne en
particulier. C’est plutôt le vert qui a choisi l’Islam.
B - Comment cela ? Tu parles par énigmes.
A - Il y a plus d’une énigme dans ce que tu vas entendre. Sache que le vert n’est
pas seulement une couleur que tu peux voir avec tes yeux. C’est aussi, mon fils,
le reflet d’un état spirituel. C’est le signe d’un degré de connaissance.
Comprends-tu ?
B – Je ne comprends rien à ce que tu dis.
A - N’as-tu jamais entendu dire que certaines personnes saintes avaient une
odeur particulière, de leur vivant et même après leur mort. Elles sentent
l’encens ou la violette par exemple.
B - Oui, peut-être. Mais ma jeune soeur sent la violette et je peux t’assurer
qu’elle est loin d’être une sainte.
A - Fais taire ta légèreté si tu veux entendre les chuchotements du caché. Eh
bien oui, certaines personnes émanent une couleur comme un parfum mais qui
n’est pas perceptible par tous. Et le vert, comme toutes les autres couleurs,
témoigne d’une certaine activité spirituelle. Elle est le signe d’un état mystique
particulier. Ainsi aux sept grands prophètes correspondant sept couleurs. Et
chacune de ces couleurs correspond à un aspect différent de la communication
avec le divin. La couleur d’Adam est noire, virant parfois au gris-fumé. Celle de
Noé est bleue, celle d’Abraham rouge, celle de Moïse blanche, celle de David
jaune, celle de Jésus noire lumineux (
Mohammed est verte, car la couleur verte qui témoigne de la vitalité du coeur
est la plus appropriée au secret du Mystère des Mystères.
Musique
B - N’oublie pas que tu as promis de me parler de Khidr, l’homme vert.
A - Eh bien Khidr est l’un des personnages les plus célèbres de notre tradition.
(...)
A - Viens par ici, rapprochons-nous de ta bonne tante.
B - De quoi parles-tu ? Tu sais bien que ma tante est morte il y a deux ans.
A - Je parle de notre tante à tous. Tu ne sais donc pas que le palmier est la
tante de tous les musulmans ?
B - Tu veux dire que ce palmier serait ma tante ? Comment cela est-il possible ?
A - Es-tu croyant ?
B - Oui, certes, mais je veux aussi comprendre.
A - On peut être croyant et ignorant. Apprends à connaître les trésors de ta
tradition. Ne sais-tu pas que le Prophète a dit : « Honorez votre tante le
palmier, car elle a été créée du surplus de l’argile d’Adam ». Écoute, et que Dieu
t’illumine, car avec les faibles ressources de ton intelligence, tu ne pourras
guère pénétrer les secrets merveilleux qui te sont proposés dans ta foi.
B – J’ai été à l’école et je connais plus de choses que tu ne crois.
A - Je sais que tu es savant et que ta tante peut être fière de toi. Mais n’oublie
pas qu’en Arabe le mot « intelligence » signifie aussi « entrave ».
B - Que veux-tu dire ?
A - Je veux dire que l’intelligence est souvent une entrave à l’ouverture de
l’esprit. Il s’agit ici d’une science cachée et pourtant accessible à tout le monde
et que notre tradition musulmane transmet de génération en génération à ceux
qui forment la chaîne ininterrompue des fidèles serviteurs de Dieu. Il y a bien
des choses que tu ne sais pas et tu es entouré de merveilles que tu ne
soupçonnes pas. Ne discute donc pas à tout propos. Écoute avec les oreilles du
coeur. Regarde avec les yeux de l’âme. Ce que tu entendras ainsi et ce que tu
verras comblera à la fois ton intelligence et ton coeur.
B - Va, je t’écoute avec mes yeux, mes oreilles, mon coeur, mon âme.
Approchons-nous de notre tante et dis-moi ce que t’ont transmis nos Anciens.
A - Sache que lorsque Dieu eut créé Adam, il resta un surplus de levain de son
argile. De ce surplus, Dieu créa le palmier, si bien que cette plante, comme je
viens de te le dire, (
Elle est donc pour nous tous, fils d’Adam, une tante paternelle et la Tradition
l’assimile au croyant fidèle. Elle recèle des secrets extraordinaires comme n’en
recèle aucune plante. Or, après la création du palmier, il demeura caché encore
un surplus de l’argile dont la plante avait été constituée : ce surplus n’était pas
plus gros qu’un grain de sésame. Et c’est dans ce surplus que Dieu étendit une
terre immense que l’on appelle la Terre du Camphre Blanc. Comme il y disposa
le trône et ce qu’il renferme : le firmament, les cieux et les terres, les mondes
souterrains, tous les paradis et les enfers, c’est tout l’ensemble de notre univers
qui se trouve intégralement en cette Terre-là et pourtant tout cet ensemble
n’est par rapport à l’immensité de cette Terre-là que comme un anneau égaré
dans un désert de .notre terre d’ici-bas.
La voix
Quant à cette Terre céleste, elle recèle des merveilles et des étrangetés dont il
est impossible de déterminer le compte, et l’intelligence en reste éblouie. Le sol
en est une pure farine de froment très blanche. Le ciel en est une verte
émeraude. Ses habitants sont de race pure et de haute noblesse. Ils ne
reconnaissent d’autre roi que Khidr-le-vert, le vénéré chaykh à la nature divine,
le vigilant gardien du monde humain. Eternel voyageur, maître des sansmaîtres,
il fait partie des Invisibles (
Mystère). Et cet univers, lorsque le mystique le contemple, c’est soi-même,
c’est sa propre âme qu’il contemple.
En cette terre-là, il y a des jardins, des paradis, des animaux, des
minéraux, dont seul Dieu peut connaître le nombre. Or, tout cela qui se trouve
en cette Terre, absolument tout y est vivant. Doués de vie et de parole, les êtres
y correspondent à ce qu’ils sont ici-bas, avec cette différence qu’en cette Terre
des prodiges, les choses sont immuables et impérissables.
C’est en cette Terre-là enfin que se spiritualisent les corps et que
prennent corps les esprits. Aussi est-ce avec leur esprit, non point avec leur
corps matériel, que les mystiques y pénètrent. Ils abandonnent leur habitacle de
chair sur notre terre terrienne, et ils s’immatérialisent. Et les voici.
Musique
La voix
Sur cette Terre-là existent des formes et des figures d’une race merveilleuse,
d’un caractère extraordinaire. Elles veillent aux entrées des avenues qui
dominent le monde dans lequel nous sommes, terre et ciel, paradis et enfer.
Lorsque l’un de nous cherche la voie d’accès à cette Terre, celle des Initiés,
alors il rencontre ces Formes qui se dressent et veillent aux entrées des
avenues, Dieu les ayant particulièrement préposées à ce soin. L’une d’entre elle
accourt vers l’arrivant, elle le revêt d’une robe qui convient à son rang spirituel,
elle le prend par la main, elle se promène avec lui. Et il ne passe près d’aucune
pierre, d’aucun arbre, d’aucun village, de quoi que ce soit, sans leur parler s’il le
désire comme un homme s’entretient avec son compagnon.
B - Je n’ai jamais pensé qu’il pouvait y avoir un autre monde que le nôtre, ni
qu’il existait des êtres si différents et pourtant si pareils à nous. Mais qui donc
est le roi des Invisibles qui règne sur cette Terre de Camphre Blanc, cet homme
vert que tu as appelé Khidr ? Et pourquoi est-il vert et non pas brun comme
moi ?
mardi 28 juillet 2009
LUIS ARIAS MANZO CHEZ LES POETES AMAZIGHES [berbères] DU MAROC
Luis Arias Manzo chez les poètes amazighes [berbères] du Maroc Par Ali khadaoui*
MAROC-MARRUECOS [Français-español]: Accompagné de l’Ambassadeur des poètes amazighes auprès de Poètes du Monde, le Secrétaire Général de ce mouvement, Monsieur Luis Arias Manzo s’est rendu au Moyen et Haut Atlas où il a passé quelques jours avec des poètes et militants amazighes qui lui ont donné des précisions sur l’histoire et le présent de la civilisation amazighe en général, ceux de la région des Atlas en particulier.
Pour rappel, Imazighen [les berbères] constituent le peuple autochtone d`Afrique du Nord, du Sahel [Niger, Mali, Burkina Fasso] et des Iles Canaries. Ces derniers ont connu des invasions successives : phénicienne, romaine, vandale, européenne. Mais le colonialisme arabe sous couvert de l’Islam constitue aujourd’hui la plus grande menace à l’identité amazighge car il essaie depuis 14 siècles de venir à bout de cette civilisation millénaire. En Afrique du Nord,« Le grand Maghreb arabe »est là pour nous rappeler le but des théoriciens de l’arabo-islamisme : gommer le caractère amazighe de cette région pour le remplacer arbitrairement et dictatorialement par une entité arabe fantoche. Pour les mêmes raisons, Imazighen du Mali et du Niger ont déjà basculé dans la lutte armée.
Historiquement, le Maroc constitue le pays le plus amazighe du point de vue nombre d’amazighophoes[98% en 1956, 75% d’après des statistiques dignes de foi, suivi de l’Algérie avec plus du tiers de la population . Mais ces chiffres sont trompeurs : la quasi majorité de ceux qu’on appelle « arabes » en Afrique du Nord sont en fait des imazighen « arabisés » par la machine d’arabisation mise en route par les Etats arabistes de cette région depuis des décennies.
Le préambule de la constitution marocaine de 1996-toujours en vigueur- énonce que: « Le royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ».
Cette constitution ne reconnaît donc que le caractère arabe et islamique de l’Etat du Maroc, reniant par là la réalité historique, linguistique, anthropologique, sociale et politique des imazighen.
Et conformément à cette constitution, l’ensemble du système administratif, politique, éducatif, judiciaire et médiatique marocain est dominé, imprégné par la langue et l’idéologie arabo-islamique qui cherche par tous les moyens à éradiquer les éléments constitutifs de l’identité amazighe.
L’exclusion pure et simple des institutions de l’Etat de la langue, de la culture et des traditions amazighes [notamment juridiques, politiques et artistiques] condamne l’identité amazighe à une disparition lente mais certaine. La marginalisation économique et sociale des régions où ils sont encore largement majoritaires, les condamne à émigrer vers les villes où leur arabisation est certaine.
Malgré les recommandations de l’UNESCO préconisant l’insertion de la langue maternelle dans le système éducatif dès les premières années et l’utilisation de celle-ci dans la lutte contre l’analphabétisme [financée par l’UNESCO], l’Etat marocain a opté pour une politique d’arabisation tous azimut : l’enseignement est arabisé et la lutte contre l’analphabétisme se fait dans la seule langue arabe.
L’accès aux médias, écrits et audio visuels- totalement sous l’emprise de l’idéologie arabiste- est interdit à quiconque ne partage pas les thèses du pouvoir. A longueur de journées, la propagande arabo-islamiste bat son plein: on n’y parle que de l’histoire arabe, de la culture arabe, des savants arabes, des droits des arabes, du Maghreb arabe, de la ligue arabe ; même ce qui n’est pas arabe le devient tant le zèle dans ce domaine est largement récompensé.
L’administration et la justice n’ont pas échappé au processus : il est interdit aux citoyens amazighes d’utiliser leur langue maternelle- même quand ils ne connaissent qu’elle- avec les responsables administratifs, ou même devant les tribunaux où les interprètes n’existent pas, afin d’obliger imazighen à s’arabiser.
D’autre part, l’Etat civil continue à interdire aux imazighen de donner des noms ou des prénoms amazighes de leur choix à leurs enfants.
De plus, les associations amazighes, émanation de la société civile amazighe, et seuls défenseurs de ses droits linguistiques et culturels ne reçoivent aucune aide de l’Etat, voient leurs activités très limitées par des moyens arbitraires divers.
Malgré ce que le pouvoir appelle l'intégration de l’amazighité dans le tissu institutionnel depuis la création de l’IRCAM [Institut Royal de la Culture Amazighe] en 2001, force est de constater que le peuple Amazigh continue de subir la répression, les interdits, la discrimination et l’exclusion :
-les détenus amazighes au Maroc se comptent par dizaines!
-la multiplication des intimidations, harcellements et répressions comme celle du 14 Février 2009 où des militants pacifiques [dont l’ambassadeur de poètes du monde ali khadaoui] ont été tabassés violemment. C’était aussi le cas de « Mawazine » en ce mois de Mai 2009 où des jeunes amazighes ont été arrêtés et malmenés pour avoir brandi le drapeau amazigh ;
Le Mouvement Amazigh, profondément pacifiste, attaché à l’Etat de droit et à la citoyenneté, attendent toujours que le pouvoir réponde de manière satisfaisante à ses revendications : permettre aux imazighen de jouir de tous leurs droits historiques, politiques, économiques et sociaux notamment :
-le droit à leur langue [en tant que langue officielle et non nationale car l’absence de statut de langue officielle constitue un vide juridique qu’exploitent aisément les adversaires et ennemis de l’amazighité, très nombreux dans le système administratif marocain] et à leur culture amazighes, en tant qu’éléments constitutifs de leur identité ;
-le droit à leur histoire réelle et à leur patrimoine symbolique, matériel et immatériel ;
-le droit à leurs ressources naturelles comme le stipule la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones de 2007 .
-le droit à la laïcité, condition de la citoyenneté dans un Etat de droit ;
-le droit à l’autonomie interne des régions qui le désirent ;
Autant de droits que le Maroc officiel bafoue depuis 1956 à travers la pratique de l’exclusion, la discrimination ethnique, raciale et religieuse.
Dans son rapport de la 36ième session, tenue à Genève en 2006, le Comité des droits économiques, sociaux et culturelles des Nations Unies a demandé au Maroc de reconnaître officiellement la langue et l’identité amazighes. Mais comme pour le reste des droits de l’homme, l’Etat marocain bafoue ces droits tous les jours que Dieu fait. A travers une politique qui n’a d’égal que le génocide des Indiens d’Amérique ou l’Apartheid d’Afrique du Sud en son temps.
Ali Khadaoui, Ambassadeur des Amazighes auprès du Mouvement Poètes du Monde
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Luis Arias Manzo, Fundador y Secretario General del Movimiento Poetas del Mundo
con los poetas amazighes [berbères] de Marruecos. Por Ali khadaoui*
MAROC-MARRUECOS [Français-español]. Acompañado del Embajador de los poetas amazighes ante Poetas del Mundo, el Secretario General de este movimiento, Luis Arias Manzo visitó el mediano y alto Atlas donde pasó algunos días con poetas y militantes amazighes que le dieron precisiones sobre la historia y el presente de la civilización amazighe en general, y de la región del Atlas en particular.
Recuérdese que, Imazighen [los barbaros] constituyen el pueblo autóctono de África el Septentrional, de la Africa subsahariana [Níger, Malí, Burkina Faso] y las Islas Canarias. Estos últimos conocieron invasiones sucesivas: fenicia, romana, vándalo, europeo. Pero el colonialismo árabe al amparo del Islam constituye hoy la mayor amenaza a la identidad amazighge ya que intenta desde hace 14 siglos de acabar con esta civilización milenaria. En África el Septentrional, “el gran Magreb árabe” está allí para recordarnos el objetivo de los teóricos del islamismo arabo: borrar el carácter amazighe de esta región para sustituirlo arbitraria y dictatorialmente por una entidad árabe mamarracho. Por las mismas razones, Imazighen de Malí y Níger ya osciló en la lucha armada.
Históricamente, Marruecos constituye el país el más amazighe desde la opinión numeró de amazighofonos [un 98% en 1956, un 75% según dignas estadísticas de fe, seguido de Argelia con más del tercio de la población. Pero estas cifras son engañosas: la casi mayoría de aquéllos que se llaman “árabes” en África el Septentrional en realidad imazighen “son arabizados” por la máquina de arabización puesta en marcha por los Estados árabes de esta región desde décadas.
El preámbulo de la constitución marroquí de 1996 -siempre en vigor enuncia que: “ El reino de Marruecos, Estado musulmán soberano, cuya lengua oficial es el árabe, constituye una parte del Gran Magreb Árabe”.
Esta constitución reconoce pues sólo el carácter árabe e islámico del Estado de Marruecos, rechazando por allí la realidad antecedentes, lingüísticos, antropológicos, sociales y políticos de imazighen.
Y de acuerdo con esta constitución, el conjunto del sistema administrativo, político, educativo, judicial y de información marroquí se domina, impregnado por la lengua y la ideología islámica arabo que pretende por todos los medios erradicar los elementos constitutivos de la identidad amazighe.
La exclusión pura y simple de las instituciones del Estado de la lengua, la cultura y las tradiciones amazighes [en particular, jurídicos, políticos y artísticos] condena la identidad amazighe a una desaparición lenta pero determinada. La marginalización económica y social de las regiones dónde son aún de sobra mayoritarios, los condena a emigrar hacia las ciudades donde su arabización es cierta.
A pesar de las recomendaciones de la UNESCO que preconizaban la inserción de la lengua materna en el sistema educativo a partir de los primeros años y la utilización de ésta en la lucha contra el analfabetismo [financiada por la UNESCO], el Estado marroquí optó por una política de arabización todo acimut: se arabiza la enseñanza y la lucha contra el analfabetismo se hace en la única lengua árabe.
El acceso a los medios de comunicación, escritos y audio visuales completamente bajo la influencia de la ideología arabista- está prohibido a quien no comparta las tesis del poder. A través del tiempo, la propaganda islamista árabe da con todo: se habla de la historia árabe, la cultura árabe, los científicos árabes, de los derechos de los árabes, del Magreb árabe, de la liga árabe; incluso lo que no es árabe se convierte en árabe, y todo tiene su recompensa.
La administración y la justicia no escaparon al proceso: está prohibido a los ciudadanos amazighes utilizar su lengua materna, aunque sólo conozcan ese idioma, ante los responsables administrativos, o incluso ante los tribunales, donde los intérpretes no existen, se debe usar el árabe con el fin de obligar imazighen a arabizarse.
Por otra parte, el Estado civil sigue prohibiendo a los imazighen dar nombres amazighes de su elección a sus niños.
Además, las asociaciones amazighes, emanación de la sociedad civil amazighe, y solos partidarios de sus derechos lingüísticos y culturales no reciben ninguna ayuda del Estado, ven sus actividades muy limitadas por distintos medios arbitrarios.
A pesar de lo que el poder llama la integración del amazighité en el tejido institucional desde la creación del IRCAM [Instituto Real de la Cultura Amazighe] en 2001, hay que reconocer que el pueblo Amazigh sigue sufriendo la represión, las prohibiciones, la discriminación y la exclusión:
- los presos amazighes ¡en Marruecos se cuentan por decenas!
-la multiplicación de las intimidaciones, acosos y represiones como la del 14 de febrero de 2009 en que militantes pacíficos [entre los cuales el embajador de poetas del mundo ali khadaoui] tabassés violentamente. Era también el caso de “Mawazine” en este mes de mayo de 2009 dónde se detuvo y maltrata a algunos jóvenes amazighes por haber ondeado la bandera amazigh ;
El Movimiento Amazigh, profundamente pacifista, adjunto al Estado de Derecho y a la ciudadanía, esperan siempre que el poder responda satisfactoriamente a sus pretensiones: permitir a los imazighen gozar en particular de todos sus derechos históricos, políticos, económicos y sociales:
el derecho a su lengua [como lengua oficial y no nacional ya que la ausencia de estatuto de lengua oficial constituye un vacío jurídico que explotan fácilmente los adversarios y enemigos de la amazighidad, muy numeroso en el sistema administrativo marroquí] y a su cultura amazighes, como elementos constitutivos de su identidad;
el derecho a su historia real y a su patrimonio simbólico, material e inmaterial;
el derecho a sus recursos naturales como lo estipulan la Declaración de los Derechos del Pueblo Autóctonos de 2007.
el derecho a la laicidad, condición de la ciudadanía en un Estado de Derecho;
el derecho a la autonomía interna de las regiones que lo desean;
Tantos derechos que Marruecos oficial ridiculiza desde 1956 a través de la práctica de la exclusión, la discriminación étnica, racial y religiosa.
En su informe del 36ième sesión, celebrada en Ginebra en 2006, el Comité de los derechos económicos, sociales y culturales de las Naciones Unidas fue a Marruecos reconocer oficialmente la lengua y la identidad amazighes. Pero como para el resto de los derechos humanos, el Estado marroquí ridiculiza estos derechos todos los días que Dios hecho. A través de una política que sólo tiene comparación con el genocidio de los Indios de América o el Apartheid de Sudáfrica en su tiempo.
Ali khadaoui* [Ambassadeur - Tamazgha] POETAS del MUNDO
lundi 22 juin 2009
HOME, LA PLANETE BLEUE...
.
Regardons cette bande annonce
Un Film remarquable
des messages poignants
disons-nous bien, qu'amener
le béton les déchets la roue
vomir l'anarchie
et l'opulence dans la mer
tuer le temps dans les airs
c'est d'abord penser l'homme
petit et cupide
et omettre la nature immense
qu'on ne cesse de blesser mortellement
partout dans le monde
Jusque dans ses moindres recoins
des fosses marines
aux plus hauts sommets
Le sauvetage de la planète
passe par le respect
de l'environnement
à tous les niveaux de
l'organisation humaine
de l'individu aux modèles
mondialisés de société...
Chaque geste, chaque attention
compte maintenant
Nous en avons les moyens
c'est un vrai et noble défi !!!
" qui cueille une fleur,
dérange une étoile " !!!
.
LE FILM, cliquez et visionnez
HOME - un film de Yann Arthus-Bertrand
La terre
est mon bonheur.
...
Je remercie tous ceux à qui je dois de vivre
Et de pouvoir aller dans ce jour prometteur
De jours plus vrais encore, la joie pour tous
Qui recommence à chaque instant,
La fête sur nos jours et sur les nuits des hommes
Avec le bon travail qu'ils font à leur désir,
Avec ce travail-là qui, d'année en année,
Sait encore monter le degré de la fête.
Je remercie tous ceux qui luttent pour le monde
À l'exemple de ceux qui ont aimé le vie
Assez pour nous l'offrir pleine déjà de jours pareils
À celui où j'avance en caressant les buis.
.
EUGENE GUILLEVIC
mardi 11 mars 2008
DES HOMMES ET DES PAYSAGES
Le Liban est un paysage, un déploiement de paysages dans le labyrinthe de montagnes traversées d'est en ouest de vallées souvent étroites et profondes et s'ouvrant, au fur et à mesure qu'elles s'en approchent, tirées par leurs cours d'eau, sur l'espace et l'éclat de la mer. Et quelle mer! la Méditerranée, "agitée perpétuellement par la naissance éternelle de Vénus". Car le Liban, avec son puissant massif du Sannine, est le pays mythique d'Adonis, le dieu mort et ressuscité, ressuscité par l'amour d'Astarté dont les métamorphoses successives feront, le moment venu, l'Aphrodite grecque puis la Vénus latine. C'est peut-être cet orgueilleux face-à-face entre ce qui est de l'ordre du destin et ce qui est de l'ordre de la splendeur qui définit le mieux la spécificité du Liban.
Le Sannine, couvert à longueur d'année d'un turban presque immatériel de neige tant la grande lumière qui règne le plus souvent sur cette région du monde en vaporise le signe de fulgurance, le Sannine est le patriarche incontesté de ce Proche-Orient des patriarches. Ils sont depuis Abraham, l'Ami de Dieu (Ibrahim al-Khalil dit la tradition musulmane), ceux par qui l'Esprit témoigne sa souveraineté et travaille à la communiquer aux hommes de tous credo et de tous rites. Il y a des patriarches de toute nature dans l'histoire ecclésiale, même si le terme proprement dit est réservé prioritairement aux plus hauts dignitaires religieux des communautés chrétiennes d'Orient: le Patriarche maronite, par exemple, qui régit spirituellement la conscience des Maronites du Liban et de ceux qui vivent hors du Liban, a son siège à Bkerké, au cœur du "pays chrétien", dans une montagne qui fut longtemps, et jusqu'aux portes du XIX° siècle, appelée paradoxalement — en France et en Italie notamment — la "Montagne des Druzes", comme le "Djebel druze" d'aujourd'hui qui se situe au sud de la Syrie. Patriarche est un mot composé de patria ("clan", "famille") et de arkhês ("chef") et désigne une personne que ses fonctions investissent d'une grande et décisive autorité morale. Du coup, et en ce sens, on peut dire que les chefs spirituels de toutes les communautés qui forment le Liban sont, à leur façon, des "patriarches". "Patriarche" est le Cheikh Aql des Druzes, "patriarche" le Mufti (sunnite) de la République Libanaise, "patriarche" le Grand Imam chiite. Et, pour être complet, il faudrait, sur ce terrain subtil et délicat, citer bien d'autres appartenances — les Grecs-Orthodoxes, les Grecs-Catholiques ou Melkites, les Alaouites, d'autres encore — dont le tissage, trame et lice, fait l'étonnant bariolage de ce pays, son apparence de fragilité alliée à un sûr instinct du dialogue salvateur, sa curiosité et son goût finalement de l'autre en son altérité reconnue, et même souhaitée, son inscription dans un futur qui ne saurait être que de métissage universel.
Toutes ces particularités du Liban, depuis l'origine de son histoire, ne s'expliquent que par sa géographie. "L'Égypte est un don du Nil", selon Hérodote. Le Liban, lui, est un don de ses hauts rochers. Et, bien entendu, de sa mer aussi, — qui lui est compagne fidèle. Hauts rochers, gorges encaissées, vallées profondes, vous aurez eu sur les hommes d'ici une action tout à la fois négative et positive. C'est parce qu'ils n'aimaient pas la montagne toujours inquiétante et couverte de divinités hostiles logées dans de résistibles bétyles que les premiers hommes de ce pays préféreront en coloniser le rivage et se lancer, Vénus stellaire à l'appui (ils connaissaient bien leur carte du ciel et, au ciel, ce point fixe: l'Étoile du Matin), dans l'aventure prodigieuse de la mer. Les Phéniciens auront été ainsi les premiers grands navigateurs, de la race de ceux qui relient, à la force du poignet, les continents et les peuples, colonisateurs au demeurant pacifiques et ne souhaitant, d'une région l'autre de la Méditerranée, que troquer, acheter et vendre. L'intérieur des terres ne les intéresse pas: ce qu'ils veulent, c'est le liseré, la plage souple, le port tranquille où leurs trirèmes pourront reposer en paix en attendant de nouveaux et de vifs départs. Qui dit commerce dit concurrence et dit extension. Les Phéniciens inventeront les Cités-Etats (Tyr, Sidon, Béryte, Byblos, villes ennemies les unes des autres) et, un jour, certains d'entre eux fonderont Carthage, sur la côte d'une Berbérie inconnue et lointaine, qui parviendra à inquiéter puis à menacer la déjà toute-puissante Rome. Carthage, mais aussi les villes en mers — désignation phénicienne du port: Mers-el-Kébir, Marsa-Matrouh, La Marsa et peut-être Marseille —, Carthagène aussi, et Cadix, et Tanger, et autres lieux de notre méditerranéenne mémoire.
Les Phéniciens sortis de l'Histoire, les Grecs en viendront à leur tour à dominer le grand lac bleu, puis ce seront les Romains, puis les Byzantins, puis les Arabes. Tous seront fascinés par cette terre à l'Orient du monde sur qui le soleil prend appui chaque matin pour se lever dans sa tranquille gloire et gravir les échelons du vaste ciel, l'un des plus purs qui soient, capable, chaud ou frais, de traîner sa langueur ferme et fauve sur les oliveraies du rivage et les vignobles des premiers coteaux. Car, pour gagner sur la pente incultivable, il a bien fallu imaginer les espaliers dont l'invention sera pour l'agriculture aussi déterminante que l'invention de la roue pour le déplacement. Les "Libanais", depuis leur création de l'alphabet qui a permis, en ramenant les choses à leur signe abstrait, d'intensifier la communication — cette navigation de l'esprit — ont toujours été de grands imaginatifs et de très habiles communicants. Le créateur de l'alphabet, c'est Cadmôs, dont le nom signifie "Orient". Zeus, "patriarche" des dieux, (patriarcha deorum est le surnom latin de Jupiter) avait réussi à détourner de sa belle virginité la propre soeur de Cadmôs, Europe, fille du roi de Tyr, dont le nom signifie "Occident". Mythe stellaire et dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Notons pourtant que c'est une fille du Liban qui aura réussi à donner leur appellation à deux immenses régions du monde, mystérieusement quoique légitimement homonymes: Eurb, "Europe" et Maghreub, le "Maghreb", deux espaces convergents à l'extrême pointe du visible où le soleil, fils de l'Orient, s'abîmera — pour reprendre au réveil et, dès l'aube, la quête-poursuite (initiatique) de sa sœur disparue.
Il y a de l'eau au Liban, pays de neige aux portes du désert. Son nom viendrait-il de laban, le lait? Où il y a de l'eau, il y a parfois de la pluie, les nuages se formant à partir de la mer et butant de leur front bas contre les contreforts des monts. Et la pluie va donc tomber partout, arrosant l'étroite plaine côtière, ses villes aujourd'hui à terrasses blanches ou à tuiles rouges, les vergers à fruits plus ou moins exotiques et, plus haut dans la montagne, outre les pins, et là où ils se trouvent encore, les beaux, les admirables cèdres, qui ont trouvé refuge dans les plis du drapeau national, les vergers plus doux faits de pommiers, de poiriers, de pêchers, de pruniers, de cerisiers, et j'en oublie. Où il y a de la pluie, il y a aussi des fleurs et des abeilles. Ainsi se fondent les réputations: ce sera donc un pays "de lait et de miel" que le Liban.
Les émigrants partis du Liban dès la fin du XIX° siècle sont nombreux: ils se comptent par centaines de milliers et deviendront millions plus tard, en Afrique, dans les deux Amériques, au Brésil notamment, en Australie et ailleurs. Ils fuient quoi? La pauvreté, parfois la famine, la conscription imposée par l'Empire ottoman entouré d'appétits et de menaces et qui tente de lever à partir des régions qu'il domine des armées pour se défendre, mais aussi c'est eux-mêmes qu'ils fuient dans de fiévreux rêves, et qui les importunent, de chances à saisir et de places à prendre. Ils sont bien, ces impatients, les descendants des Phéniciens évanouis. Parfois — souvent même — ils réussiront. Certains d'entre eux spectaculairement: dans le commerce, dans la construction, dans l'enseignement, dans la restauration, dans les services — quelquefois même en politique, se haussant jusqu'à des sommets de l'État. "Le Liban est un petit pays qui ne produit rien sinon des Libanais", écrivait plaisamment, au XIX° siècle, un voyageur français du Levant resté anonyme. Eh bien, soit! les Libanais, qui n'ont rien, produiront beaucoup à partir de rien. Ce n'est pas rien que rien, si l'ambition est là, et la volonté, et le rêve.
Petit, tout petit pays que le Liban. La superficie de deux départements français — et cinq mille ans d'histoire connue. C'est l'un de ces rares endroits du monde à avoir une histoire bien plus grande que lui et l'ombre de son arbre-symbole couvre une étendue morale qui le dépasse et le déborde de partout. Pays-montagne, longtemps abrupt et sauvage, si, en revanche, la plaine côtière et la haute plaine de la Békaa de l'autre côté du mont vers l'Orient et l'intérieur des terres, ont toujours été agréées, habitées, avec des bourgs, des villages et des villes. Pays-montagne, pays-labyrinthe, ai-je dit. Avec des falaises redoutables, des déchirures violentes de la terre, des grottes et des altitudes inaccessibles ou qui l'ont été pendant des siècles, voire des millénaires: les hommes de la côte ou de la haute plaine ont évité le plus souvent de s'y aventurer. Du coup, au fil de l'Histoire, ce sont tous les minoritaires, tous les réfractaires, tous les persécutés de cette Asie mineure riche depuis toujours d'idées et de nuances d'idées, de potentats de tout poil, d'autocrates amis des dieux ou de Dieu et les représentant ici-bas, Asie féconde en absolus opposables et en exclusivismes intransigeants, ce sont tous ceux-là — que Byzance n'aime pas ou que Damas n'apprécie guère, ou bien c'est Bagdad ou Istanbul la capitale malveillante —, oui, ce sont tous ces têtus, ces "hérétiques", ces ennemis de la foi majoritaire et de la pensée unique qui vont prendre, de siècle en siècle, les mille chemins du Liban, au nez et à la barbe des autorités officielles, se glissant dans ses profonds gouffres, se hissant jusqu'à ses escarpements et ses nids d'aigle, pour y construire leurs villages plus ou moins fortifiés, pour y poursuivre leur mode de vie et pratiquer leurs mœurs, pour y attester leur credo et bâtir autour de leurs croyances leurs lieux de culte — parfois, comme cela s'est produit dans la vallée sainte de la Kadisha, lieux troglodytes où sont parvenus à se lover églises et monastères. Ainsi sont arrivés au Liban, tour à tour ou bien en vrac et simultanément, fuyant des pouvoirs d'essence contradictoire, les Maronites, les Grecs-Catholiques, les Druzes, les Chiites, d'autres aussi: dix-sept confessions en tout pour un peu plus de dix mille kilomètres carrés de sol, dix mille quatre cent cinquante deux exactement. A la tête de ces réfugiés bientôt maîtres de la terre, chacun dans son enclave et son sillon, le Patriarche, le Cheikh, le Mufti, le "moqaddem" qui, lui, agit militairement pour frayer la route en "éclaireur" (ce que le nom de sa fonction indique) et trouver la place la plus sûre et la mieux défendable, le paysage le plus juste pour tous ces déracinés-poètes, bientôt réenracinés dans un chez soi qu'ils modèleront à leur image, croix par-ci, croissant par-là. Car ce qu'on oublie quelquefois de dire ou même de savoir, c'est que les Sunnites aux-mêmes, je parle de ceux du Liban, auront été, à l'origine, des rebelles: les Arabes n'aimant ni la montagne ni la mer, le premier calife ommeyade, Mo'awiya, au VII° siècle, aura affaire à un soulèvement de deux de ses régiments. Pour les punir, il les contraindra à traverser la redoutable montagne et à s'installer sur la côte libanaise, face à la mer honnie, où vivaient depuis les temps premiers les descendants des Phéniciens, puis des Grecs, des Romains, des Byzantins. Ainsi se fit l'un des plus grands brassages d'ethnies sur qui reposent la légitimité humaniste du Liban et, pourquoi ne pas le dire? Sa projection symbolique dans l'avenir.
Ces communautés libanaises, toutes minoritaires au départ, serreront leurs rangs face à de grands environnements souvent hostiles et qui travailleront à les diviser. Il y aura des frictions, des dissensions et même des guerres entre ces groupes sociaux que tout invitait à s'entendre. Ils finiront pourtant par répondre à l'appel de leurs histoires parallèles et toutefois convergentes à la manière des parallèles de la géométrie post-einsteinienne. Ils inventeront, sur le plan de la communauté nationale unifiée, le vouloir-vivre ensemble en usant de toutes les précautions des vieilles sociétés humaines. "Le pays des longues prudences", c'est ainsi qu'il m'est arrivé de définir une fois le Liban. J'ai dit qu'il fallait qu'il s'y tienne, que c'était là sa formule d'exister, son art d'équilibrer sa part du sol et sa part du ciel. Ainsi, par nécessité, les Libanais s'inventeront une laïcité et une démocratie à leur mesure et selon leur style propre, laïcité et démocratie paradoxalement claniques et pourtant tout en raffinements et en nuances. Décidément, oui, le Liban est un petit pays qui ne produit pas seulement des paysages de lumière, mais qui produit aussi, parce qu'il en a besoin pour vivre et pour survivre, des Libanais.
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SALAH STETIE
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vendredi 8 février 2008
LE COMBAT AMAZIGHE ..par ALI KHADAOUI (2eme partie)
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b- Quelques étapes importantes de l’histoire du Mouvement
Amazighe au Maroc:
Le Mouvement Amazighe au Maroc est un mouvement pacifiste qui revendique les droits élémentaires et naturels des populations autochtones amazighes que le pouvoir en place tente d'assimiler sur leur propre territoire historique. Il incarne le combat d’une communauté majoritaire statistiquement mais minorisée par un pouvoir d’essence arabe, despotique et dictatorial qui a asphyxié l’amazighité pendant plus de cinquante ans. Dans son projet social, le Mouvement Amazighe propose une autre alternative autour des principes modernes et universels: la démocratie, la citoyenneté, les droits de l'homme.
Patiemment, mais imperturbablement, le Mouvement Amazighe a contribué à la remise en question d’un processus voulu irréversible depuis l’indépendance: la désamazighisation du Maroc comme prix à payer pour une unité mythique avec un Proche-Orient distant de milliers de kilomètres, mais qui a été incrusté dans les esprits et les cœurs par plus de cinquante ans d’une propagande qui n’avait d’autres objectifs que de cacher une vérité : que le Maroc (et toute Tamazgha) n’est pas un pays arabe, historiquement et anthropologiquement parlant.
Date Evènement…
20 Avril 1980 - Printemps Kabyle
1981 -Disparition non encore élucidée d’un militant chercheur en linguistique : Boujmâa Habbaz
1982 -Condamnation de feu Ali Sidqui Azayko à un an de prison ferme
1991 - Signature de la Charte
1994 -Arrestation des militants de l'association Tilelli
1995 - création du Congrès Mondial Amazighe,
2000… -Manifeste Amazighe
20 Avril 2001 - Le Printemps noir Kabyle
17 Octobre 2001 -Création de l’IRCAM
21-02-2005 -Démission de sept membres du Conseil d’Administration de L’IRCAM
2006 -Création du Parti Démocratique Amazighe
13-01-2007 - Création du groupe « Option Amazighe »
En 1981, l’un des fondateurs de l’AMREC (Association Marocaine de Recherche et d’Echange Culturels), un jeune militant amazighe, l’un des tout premiers Docteurs marocains en linguistique, disparaît sans laisser de traces. Jusqu’à aujourd’hui, la lumière n’a pas été faite sur son cas. Un jeune journaliste vient de sortir un livre sur sa disparition.(14)
En 1982, l’historien feu Ali Azayko, un des principaux fondateurs de la même association, écope d’un an de prison ferme pour avoir écrit que « la culture amazighe est aussi une culture nationale digne de respect, il réclamait « une approche démocratique de notre culture et une réécriture plus juste de l'histoire du Maroc ». Ali Azayko, poète et historien avait donc attenté par ces simples mots à la sécurité de l'Etat arabiste du Maroc. Il faut rappeler qu'en ce temps là, l'expression « culture nationale » était réservée à la seule culture arabe. Il avait exhibé au grand jour les aberrations majeures de l’historiographie maghrébine en général, marocaine en particulier, qui se complaisait à débuter l’histoire de l’Afrique du Nord par l’arrivée des premiers arabo-musulmans. Avec cette sentence démesurée, le Mouvement Amazighe entre en hibernation. Ses activités se font de manière secrète.
En 1991, six associations signent « la charte d’Agadir » où les revendications relatifs aux droits linguistiques et culturels amazighes sont timidement mais clairement exprimés. En 1992, naissait l'association « Université d’été d’Agadir » dont les travaux sont immédiatement interdits.
Le 1er Mai 1994, des militants de l’Association Tilelli (liberté en langue amazighe) défilent sous la bannière d’un syndicat reconnu avec des banderoles écrites en tifinagh et en français, demandant le respect des droits linguistiques et culturels des imazighen. Ils sont immédiatement arrêtés et déférés devant la justice. Ils refusent de plaider en arabe même si certains d’entre eux sont des enseignants de cette langue. Le verdict est lourd malgré une mobilisation générale du Mouvement Amazighe. Le 20 Août de la même année, ils sont graciés par le Roi Hassan II qui fait un discours où il annonce l’enseignement des « dialectes berbères » au moins à l’école primaire. Cette décision royale, la seule de toutes les décisions royales de l’époque, n’a jamais fait l’objet de la moindre exécution.
L’année 1995 est l’année où la question amazighe transcende les frontières héritées du colonialisme par la création du Congrès Mondial Amazigh. C’est l’internationalisation du combat pour l’amazighité.
- De 2000 à aujourd’hui :
En Avril 2000, un Manifeste qui demande pour la première fois « la reconnaissance de l’amazighité du Maroc », une justice sociale plus accrue et surtout une représentation plus équitable des imazighen au sein des rouages de l'Etat est signé par plus de trois cents personnalités dont d'anciens ministres. En 2001 ont eu lieu les événements dramatiques baptisés depuis : « le printemps noir Kabyle », événements qui ont donné une nouvelle dynamique au Mouvement Amazighe en général, marocain en particulier. Le 17 Octobre 2001, le nouveau Roi du Maroc, Mohamed VI prononce le discours d’Ajdir et annonce la création de l’IRCAM ( Institut Royal de la Culture Amazighe
Cependant, après trois ans de pratique ircamiste, il s’est avéré que l’amazighité était dans une impasse institutionnelle qui paralysait l’IRCAM lui même. D’un côté, l’amazighité est reconnue politiquement au plus haut sommet de l’Etat ; d’un autre, la Constitution
Après maintes séances de travail et de dialogues avec les ministres concernés par les dossiers objets des litiges, après maints écrits officiels demeurés sans réponse adressés au Roi, après avoir fait le constat de l’échec de ce qu’on croyait être le début de la solution de la question amazighe, 7 (sept) membres du Conseil d’Administration(dont l’auteur de ce texte) nommés par le Roi mettent leurs menaces à exécution et se retirent du Conseil d'Administration de l'IRCAM le 21-02-2005. Dans un communiqué rendu publique, ils expliquent leur geste en donnant preuve sur preuve de l’absence d’une réelle volonté politique du pouvoir à traduire dans les faits les discours politiques. Ils sont depuis retournés à la lutte sur le terrain au sein du Mouvement Amazighe. Depuis, avec d’autres cadres du Mouvement Amazighe, ils ont élaboré une plate-forme intitulée « Option Amazighe »(15).
c-La situation actuelle de l’amazighité au Maroc:
Quand les démissionnaires mirent leurs menaces à exécution, certaines mauvaises langues leur reprochèrent à l’époque une certaine précipitation. Mais depuis, chaque jour, la réalité démontre qu’ils avaient raison de partir afin de dévoiler au grand jour les contradictions d’un pouvoir dont les actes démentent le discours quand il s’agit de l’amazighité. L’usage public de l’alphabet tifinagh- pourtant promulgué par le Roi comme alphabet officiel devant servir à transcrire la langue amazighe- est toujours interdit par les autorités. L’enseignement tourne à la mascarade, les médias continuent la folklorisation tant dénoncée par le Mouvement Amazighe, la justice continue à juger en arabe des prévenus qui ne connaissent point la langue des tribunaux, les associations amazighes continuent à faire l'objet d'intimidations, et dernièrement une répression digne des années de plomb s’est abattue sur la tendance amazighe du Mouvement Etudiant. Voyons de plus près ces dossiers.
L’enseignement :
L’enseignement de tamazight (la langue berbère) au Maroc est présenté par le nouveau pouvoir comme l’une de ses décisions majeures en faveur de l’amazighité. Cependant, la réalité de cet enseignement dément de manière catégorique les allégations de ce même pouvoir quant à sa réelle volonté politique de promouvoir la langue amazighe en l’intégrant dans toutes les institutions de l’Etat.
A l'heure actuelle, l'enseignement de la langue amazighe se caractérise par les faits suivants:
- La langue amazighe n'a pas de statut légal inscrit dans la Constitution. Ce la Charte Nationale la Formation la Formation
-cette langue n’est enseignée que dans une dizaine d’établissements dans l’ensemble du pays ;
Cette absence de statut officiel fixé le pouvoir politique et inscrit dans la constitution rend aussi difficile la construction des curricula valables pour cette langue pourtant parlé quotidiennement par les trois quarts au moins de la population.
- une formation au rabais de quelques jours, dispensée par des personnes non qualifiées à des personnes qui, souvent, ne connaissent même pas la langue qu’elles sont appelées à enseigner.
-Etant donné que cette formation n’est pas obligatoire et donc laissée au bon vouloir des autorités régionales, seules cinq académies sur quatorze avaient organisé des stages de quelques jours pour les instituteurs (tous volontaires amazighes)et les inspecteurs impliqués.
- l’absence de manuels, et surtout de programmes où sont définis objectifs pédagogiques,contenus d’enseignement, méthodologie,critères d’évaluation, etc.
- l’absence de circulaires et de notes précisant les modalités d’application de ces programmes, comme cela se fait pour toutes les matières enseignées dans le public.
- l’absence d’une enveloppe horaire précise comme pour toutes les autres matières, ce qui met les exécutants dans l’embarras car ils ne savent toujours pas où mettre cette "langue".
-La troisième année a tout simplement été une année blanche.
-La quatrième année a connu le même destin que la troisième-, ce qui remet en question la généralisation de l’enseignement de la langue amazighe prévue pour 2008 par la convention qui lie le Ministère de l’Education nationale à l’IRCAM.
-plus grave, faute de moyens et d’enseignants, il n y a pas de continuité des niveaux dans les quelques établissements où la langue amazighe est enseignée : certains font la première année et s’arrêtent; d’autres arrivent en deuxième seulement.
Autrement dit, cette pagaille volontaire incombe aux responsables du Ministère de l’Education nationale qui ne se sont pas donné la peine de mettre en place une stratégie d’intégration de la langue amazighe dans le système éducatif marocain à partir des besoins réels que nécessite une opération d’envergure qui se fait pour la première fois dans ce pays. En fait, c’est au pouvoir politique qui fixe les finalités de l’éducation, ses objectifs généraux qu’incombe cette mascarade. C’est le pouvoir politique qui a opté pour cette solution qui enfonce un peu plus l’amazighité dans le mépris. Ni le cadre juridique, ni les moyens humains, pédagogiques et didactiques nécessaires n’ont été mis en place. Aucune opération d’information et de sensibilisation n’a été entreprise afin de créer les conditions psychologiques favorables à l’intégration d’une langue qui, depuis bien avant l’«indépendance», a subi l’anathème du pouvoir et est confrontée à l’hostilité de la coalition au gouvernement, coalition qui constitue un obstacle infranchissable non seulement devant toute tentative de réforme du système éducatif, mais du système politique tout court. Jusqu’à maintenant, les responsables éducatifs, au plus haut niveau, choisis pour leur fidélité à l'idéologie arabo-islamiste ne cachent pas leur position: pour eux, l’enseignement de la langue amazighe est non seulement une perte de temps, mais surtout un danger pour l’unité de la nation arabe du Golfe à l’Océan!
N’oublions pas que, déjà, en 1994 , Hassan II avait- et c'était la première fois dans l'histoire de la monarchie- annoncé l’enseignement des "dialectes berbères». Cette décision est la seule de Hassan II à n’avoir jamais été appliquée, et les tenants de l’"arabocratie" rappellent toujours ce précédent avec une fierté nostalgique.
Ainsi, ce qui est montré comme une preuve de bonne volonté du pouvoir actuel à l'égard de l'amazighité n'est qu' un trompe l'oeil qui ne trompe plus personne. Sans l’inscription de cette langue dans la Constitution
Les fais relatés démontrent aussi que l'Etat marocain dans ses nouvelles orientations manque de clarté et de fermeté dans sa volonté affichée de répondre aux attentes légitimes des amazighes. Aux bonnes intentions et déclarations politiques, il manque un arsenal juridique capable de réhabiliter réellement tamazight. Un arsenal qui doit protéger l'amazighité dans toutes ses dimensions, qui fixe les responsabilités de chacun et qui oblige chaque organe exécutif à s'acquitter de sa mission, sous peine de sanctions exemplaires.
Les médias
Rien n'a changé dans le fond. Comme dans les années d’avant 2000, la spécificité amazighe est toujours abordée du même point de vue ethnographique que le protectorat. L'image folkloriste de l'amazighité est toujours mise en avant: on continue à sélectionner les émissions où les analphabètes de tous bords sont obligés de répondre aux questions des journalistes arabistes ou de faire leurs prestations dans un arabe qu'ils ne maîtrisent pas afin de les faire tourner au ridicule. L'objectif est de convaincre les spectateurs et les auditeurs de l'infériorité de la culture amazighe et justifier ainsi l'inutilité de financer des productions amazighes « médiocres ».
Parallèlement à cette politique cynique, on multiplie par cinq les chaînes arabes déjà existantes afin de répondre «aux besoins de la société»! Comme dans les autres administrations, le critère de réussite au Ministère de la Communication
L’absence de moyens d’information suffisants, riches et libres en langue amazighe est une atteinte sérieuse aux droits linguistiques, culturels, mais aussi aux droits civils et politiques des citoyens amazighes qui continuent à être l’objet du mépris des responsables de ce pays où le droit d’expression et d’opinion fait l’objet d’une violation quotidienne.
La justice et l’administration :
L’administration et la justice continuent la stratégie d’arabisation : il est interdit aux citoyens amazighes de parler leur langue avec les responsables administratifs; interdit aux prévenus de se défendre dans leur langue maternelle, même quand ils ne connaissent qu’elle, et les interprètes n’existent toujours pas. A ce jour, le Ministère de la justice continue son refus d’appliquer une décision- encore une- royale prise en 2002 : la mise en place de traducteurs pour imazighen dans les tribunaux. Sous la colonisation française, les tribunaux disposaient d’interprètes formés.
Les prénoms amazighs :
Les noms amazighes continuent à faire l’objet d’interdiction (même en France imazighen ne sont pas à l’abri de cette discrimination : le cas de la fille du Journaliste amazighe Monsieur Lhoussain Azergui en est témoin).
La répression du Mouvement Amazighe:
Cette répression va de l’intimidation, en passant par la perturbation voire l’interdiction des activités de beaucoup d’associations.
Depuis des mois, une campagne répressive qui vise à décapiter le Mouvement étudiant amazighe (Mouvement Culturel Amzighe) a été lancée. Des dizaines d’étudiants ont été arrêtés, beaucoup ont été torturés et déférés devant les tribunaux qui ont déjà prononcé des peines très sévères à l’encontre des prévenus à Imteghren (Errachidia), Agadir et Méknès. Cette situation a entraîné des manifestations de protestation un peu partout au Maroc et dans le monde et la dernière en date a mobilisé des centaines de personnes à Rabat, la capitale le 24-11-2007.
Les faits relatés sont confirmés par les récentes déclarations des officiels de l'IRCAM même sur les ondes de la 2e chaîne de télévision marocaine et attestent que la nouvelle politique « berbère » du makhzen a échoué. Cet échec montre à quel point les forces traditionnellement hostiles à l'amazighité et dissimulées dans tous les rouages de l'Etat, et même à son plus haut sommet, sont capables de bloquer les décisions du Roi lui même.
L’IRCAM est donc plus impuissant que jamais devant de telles pratiques car en tant qu’organe purement consultatif, il n’a aucune prise sur les décisions majeures qui engagent l’avenir et le destin de l’amazighité.
Face à cette situation, le Mouvement Amazighe, expression de forces sociales attachées à leurs droits historiques et politiques est déterminé à mener de front le combat pour l'amazighité dans sa relation dialectique avec la démocratie.
Les leçons d’un scrutin et l'avenir de l’ amazighité au Maroc :
Les leçons du scrutin du 7 Septembre 2007:
Les résultats du scrutin législatif du 07 Septembre dernier constitue un désaveu pour le pouvoir qui a tout fait pour éviter un taux élevé d’abstention que tout le monde prévoyait. Mais les résultats constituent également un discrédit des partis politiques qui, toutes tendances confondues, totalisent un score qui ne dépasse pas 10% de la population. Autrement dit, plus de au moins 75% des électeurs se sont abstenus. Parmi eux, un taux élevé de citoyens amazighes qui ont répondu à l’appel du Mouvement Amazighe qui a été l’un des rares acteurs politiques à appeler au boycott des élections.
Le dernier scrutin ainsi que les derniers développements de la question amazighe ont aussi démontré que le Maroc officiel a raté une occasion en or en 2002 pour régler la question amazighe à travers la mise en place d’une constitution démocratique qui reconnaît l’amazighité comme substrat d’une identité nationale ouverte sur tous les apports culturels et linguistiques exogènes: africain, judéîque, arabe, français.
L’amazighité n’est pas uniquement un problème politique, linguistique et culturel ; c’est aussi un problème de valeurs, qui débouche sur une désorganisation dangereuse de la société entière. A commencer par la rupture au sein de la famille, cellule fondamentale de l’organisation sociale dans du pays. Quand les parents ne parlent que la langue amazighe et que les enfants ne parlent que la darija, le dialecte arabo-amazighe), la rupture est consommée entre les générations, et les valeurs traditionnelles cessent de se transmettre et d’être opérationnelles. Dans ce cas, même la crainte, principe sur lequel le pouvoir avait toujours appuyé sa stratégie de gestion des affaires publiques, cesse d’être opérationnelle.
Et l’actuel gouvernement de Abbas El Fassi n'augure rien de bon pour l'amazighité. En effet, le Premier Ministre actuel avait juste avant les élections déclaré publiquement qu'il militerait pour que la langue amazighe ne soit pas langue officielle comme le demandent toutes les composantes du Mouvement Amazighe. D'autre part, sa déclaration gouvernementale comporte des non dits qui risquent de mettre la paix civile déjà fragile en péril. Son gouvernement dit-il « accordera une attention particulière à la valorisation de la langue et de la civilisation arabes, en particulier dans l'administration et la vie publique. Il fera de même pour la langue amazighe en tant que l'une des composantes centrales de la personnalité marocaine et l'un des constituants de la civilisation, de la culture et de la personnalité marocaines. A cet égard, le Gouvernement s'inspirera des hautes orientations de Sa Majesté le Roi, essentiellement celles contenues dans le discours d'Ajdir... ».
Abbas El Fassi, fils spirituel de Allal El Fassi et du « Mouvement National » qui a exclu en fait l'amazighité de l'Etat marocain moderne après les accords d'Aix-les Bains avec la France
Mais, n'en déplaise à certains, Abbas El Fasi a au moins le mérite de la clarté. Dans ce sens, il est beaucoup plus respectable que certains amazighes de «service» des Mouvements Populaires, ce conglomérat de notables épaulés par les services de sécurité, infestés d’opportunistes et d’ arrivistes de tous bords, incapables d'assumer leur propre amazighité de manière digne.
L'avenir de l'amazighité au Maroc:
De manière générale, l’avenir de l’amazighité dépend des Imazighen eux-mêmes. Personne ne fera rien à leur place pour assurer une continuité à leur identité, et en premier à la langue amazighe. Mais soyons d’abord d’accord sur une évidence : dans des Etats qui fonctionnent sur l’exclusivité scripturale, aucune langue ne peut survivre aujourd’hui en dehors des systèmes éducatif, médiatique et administratif. Si l’enseignement de la langue amazighe continue comme il est conçu et pratiqué actuellement, si les médias continuent la folklorisation et la clochardisation de la culture amazighe, cette dernière, qui a déjà perdu énormément de son potentiel, connaîtra dans quelques décennies, le même destin qu’en Egypte, en Tunisie en Libye et aux Iles Canaries.
L'enjeu pour le Mouvement Amazighe est le suivant: Comment élaborer une stratégie qui impliquerait les populations amazighes ? En l'inscrivant dans leur culture et les valeurs qui leur servent de support, mais aussi en la reliant aux questions de développement et à toutes les valeurs vers lesquelles tend toute société moderne qui se respecte : la justice, l’égalité, la solidarité, la citoyenneté.
Autrement dit, comment faire retrouver aux populations toute la liberté qui permet aux hommes et aux femmes de ressentir leur dignité et de la vivre pleinement sans entrave? Comment leur faire retrouver la fierté qui permet aux hommes et aux femmes d’être créatifs et entrepreneurs?
Aussi bien en Algérie qu’au Maroc, deux pays frères qui s’opposent sur tout sauf quand il s’agit de l’amazighité, la pauvreté dans les régions amazighophones est planifiée depuis l’indépendance, le mépris dont les pouvoir et la culture dominante ont toujours fait preuve à l’égard des imazighen n’a d’égal que la haine refoulée qui a toujours accompagné le déni de reconnaissance de l’existence d’une identité autre que l’arabo-islamisme.
Quelle stratégie pour que l’amazighité puisse sauvegarder son identité ?
« L’homme, dit Freud, peut aller vers le meilleur. Il n y a pas de loi naturelle qui l’y oblige, mais il doit y veiller lui-même ». Face à des Etats arabo-islamistes qui pratiquent la même politique discriminatoire et exclusive à leur égard, les résultats obtenus par le Mouvement Amazighe aussi bien en Algérie qu’au Maroc montrent que les stratégies adoptées n’ont pas été à la hauteur des aspirations même de ce mouvement.
Aujourd’hui, la véritable question se focalise sur: quelle stratégie pour sortir de la lenteur de l’avancée amazighe vers la réalisation de ses ambitions ?
Avant la création de l’IRCAM, les conditions socio économiques et politiques se caractérisaient par une dictature arabo-salafiste (avec ses partis politiques, ses syndicats, ses organisations tentaculaires) qui ne laissait aucune marge de manœuvre au Mouvement Amazighe. Aujourd’hui, malgré un dégel opéré après la création de l’IRCAM sur le plan symbolique, dans les faits, l’amazighité continue à subir l’anathème des tenants de la pensée dominante comme si de rien n’était. La situation de l’amazighité est donc préoccupante.
On a reproché à la stratégie amazighe d’être élitiste. L’état actuel de la question oblige le Mouvement Amazighe à une révision de cette stratégie. L’objectif est d’arriver à ce que le combat amazighe soit aussi celui des masses amazighes, afin que la pression sur le pouvoir soit à même de l’amener à mieux composer avec l’amazighité.
Cela pose les questions de la référence de tout projet amazighe qui ne peut être qu’identitaire, tout en embrassant les valeurs universelles déjà à l’œuvre dans la culture amazighe : la démocratie, la citoyenneté, les droits de l’homme. Autrement dit un projet de société qui doit s’interroger sur un Maroc futur, capable d’offrir des réponses aux grandes attentes de tous ses citoyens et dans tous les domaines : linguistique, culturelle, mais aussi politique, économique et social.
« Option Amazighe » (17) répond amplement à ces questions car pour une fois, elle pose la question dans sa véritable dimension qui n’est autre que politique :
La souveraineté de l’amazighité sur son propre territoire, dans un cadre fédéral, démocratique et citoyen. Ce qui nécessite une véritable révolution culturelle et politique qui permettra enfin à ce peuple de vivre normalement et de jouir de tous ses droits historiques, politiques et économiques.
En effet, les conséquences psychologiques des drames refoulés par imazighen sont profondes. Elles peuvent être résumées par : l’absence de confiance ; le sentiment d’être méprisés ; le sentiment d’être colonisés, le sentiment de ne pas être considérés comme des citoyens à part entière(le drame d’Anfgou, pour ne citer que celui-là, a démontré quel cas les responsables décideurs dans ce pays font-ils des drames qui touchent imazighen : au même moment où les enfants d’Anfgou mourraient par dizaines et que personne ne s’en souciait, des aides médicales, financières et matérielles sont acheminées par bateau et avion vers des contrées lointaines mais « frères » ou amies ! Que les imazighen crèvent tous, cela n’émeut personne au pouvoir.
L’Etat marocain se discrédite de jour en jour comme en témoignent les termes de la déclaration en 2007 du Comité des Droits Economiques, Sociaux et Culturels où « le Comité réitère son inquiétude par rapport au fait que, malgré les efforts consentis pour réduire la pauvreté, 17% de la population du Maroc vit toujours en situation de pauvreté, et que 70% continue à habiter les zones rurales. Le comité réitère sa recommandation au Maroc d’intensifier ses efforts pour réduire le niveau de pauvreté, y compris dans les zones rurales, ainsi que d’améliorer ses stratégies de développement social, lesquelles doivent intégrer les droits économiques, sociaux et culturels.
Enfin « le Comité invite le Maroc à considérer la possibilité de consacrer dans la constitution la langue amazighe comme une des langues officielles. Il l’encourage à prendre des mesures nécessaires pour permettre aux parents de donner un nom amazigh à leurs enfants. En outre, il l’exhorte à prendre les mesures nécessaires pour garantir pleinement à la communauté amazighe son droit à exercer sa propre identité culturelle, en conformité avec le paragraphe 15 du Pacte, établissant le droit de participer à la vie culturelle ».
Une langue et une culture ne peuvent vivre indépendamment l'une de l'autre et indépendamment des structures sociales qui leur servent de bases sociologiques et anthropologiques. Aujourd’hui, une langue et une culture dont les bases sont exclues du système des valeurs dominantes est certainement condamnée.
Conclusion :
La question amazighe au Maroc nécessite des réponses courageuses, profondes et adéquates, traduites en décisions courageuses afin de mettre fin à une injustice historique qui n’a d’égal que le génocide des Indiens d’Amérique ou l’Apartheid d’Afrique du Sud. Autrement dit, tant que l’amazighité n’est pas assumée pleinement par l’Etat marocain, la question de la légitimité du pouvoir lui même restera posée, et toutes les dérives sont possibles.
La langue arabe et l’islam constituent des apports prestigieux, mais dont le Mouvement Amazighe refuse l’utilisation en tant qu’outils de domination, d’oppression et d’exclusion de l’amazighité sur son propre territoire historique. Il fait sien le principe fondamental de l’égalité des cultures, un préalable indispensable à la conscience démocratique. C’est une pensée qui n’accepte pas une hiérarchisation des cultures en supérieures et inférieures, imposée par la littérature coloniale, et qui normalement, n’a plus sa raison d’être dans un pays qui se dit indépendant et qui de surcroît se veut démocratique comme le Maroc.
Ainsi, contre le messianisme intégriste arabo-islamiste, qui a fini par vomir à la face du monde entier, ses perversions les plus abjectes, le Mouvement Amazighe se fait l’ardent défenseur d’un projet de société où l’identité amazighe occupe une place centrale, mais où la liberté, la citoyenneté, la laïcité, régissent les rapports sociaux dans un Etat véritablement démocratique et citoyen.
L’amazighité est porteuse d’un potentiel terriblement moderne qui ne demande qu’à être reconnu, promu afin de jouer pleinement son rôle dans un développement où l’humain devient le moteur de la créativité et de l’innovation.
Mais si la politique d’exclusion de l’Etat à l'égard de l'amazighité ne change pas de façon radicale, cette civilisation Méditerranéenne vieille comme le temps est condamnée à disparaître avec sa langue sous les yeux même de ses poètes, et, dit Jean Dutourd de l’Académie Française : « Rien n’est plus déchirant qu’une langue que tue brusquement l’histoire sous les yeux même de ses poètes ! » Ce qui n’arrivera pas tant qu’il existe un seul amazighe qui se respecte sur cette terre.
Le pouvoir marocain aura-t-il la sagesse de ne pas trop attendre afin d'arrêter le pourrissement actuel? Le Mouvement Amazighe aura-t-il la volonté de dépasser ses peurs et surtout ses conflits de tendances et de personnes et s'atteler sérieusement à la mise en place d'une nouvelle stratégie qui aboutisse le plus rapidement possible à la reprise en main du destin de l'amazighité par ses propres enfants ?
Le regard des imazighen maghrébins sur eux-mêmes a été faussé par une idéologie dévastatrice, à tel point qu’ils n’ont pas une idée précise de leur identité. Il est par conséquent urgent de poser les fondements d'un cadre de référence pour un nouveau projet de société. Ce projet doit partir de la réalité historique et anthropologique de notre pays et s’articuler autour des vérités suivantes:
- l'appartenance identitaire de l'Etat marocain qui ne peut être qu'amazighe eu égard aux réalités géographique, historique, linguistique et anthropologique.
- L'indépendance de l'Islam vis-à-vis de l'arabisme et de la politique afin que la laicité puisse jouer son rôle en faveur de la cohésion sociale;
- La citoyenneté comme garante de l’égalité de tous devant la loi indépendamment de leur religion, de leur langue, de leur couleur ou de leur sexe.
- Le tout garanti par une Constitution qui puisse être la gardienne d’un ordre démocratique véritable.
Bibliographie
(1) Camps Gabriel, Les Berbères, Mémoire et Identité, éd. Errance, 1980. p5.
(2) Odyssée IV, 85-90-cité par François Decret / Mhamed Fantar in « l’Afrique du Nord dans l’antiquité : des origines au Ve siècle », Payot, Paris, 1981 , p15.
(3) Hanoteau, Essai de grammaire Kabyle, éd. Challamel. Paris, 1859, pIX .
(4) Hachid, M, Les premiers berbères, entre Méditerranée, Tassili et Nil, Edisud-Ina-yas. 2001.
(5) Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique Septentrionale », traduction du Baron de Slane et Paul Casanova, librairie Orientaliste, Paris 1978, TomI, p :198
(6) Chafik, M, Les Berbères, leur contribution à l’élaboration des cultures méditerranéennes, Barcelone, 27-30 Juin 2005,p9.(Conférence)
(7) Chafik ,M, Le dialecte marocain : un domaine de contact entre l’amazigh et l’arabe. Publication de l’Académie du Royaume, 1999, Rabat.
(8) Tawiza no 120, Avril 2007
(9) Hachid, M, ibid.
(10) Duvignaud, J ; Chebika, Gallimard,1968.
(11)Fadma Ait Mansour Amrouche, « Histoire de ma vie », Paris, 1976, François Maspero,p :195.
(12) Bernie, G, Moha Ohammou, guerrier berbère, éd. Gautey, Casa, 1945.
(13) « Option Amazighe », El Maârif Al Jadida, Rabat, 2006.
(14) Bajji Said, « Boujemâa Hebbaz : un Kidnappé sans adresse », éditions Itgel, 2007, Rabat, Maroc.
(15) « Option Amazighe »-Ibid
2000, Rabat. (16) « La Charte Nationale la Formation
LE COMBAT AMAZIGHE ..par ALI KHADAOUI (1ere partie)
Où en est le combat Amazighe au Maroc?
Par Ali Khadaoui
Tout d’abord, je remercie les responsables de Tamazgha de nous permettre d’exposer et de débattre de la situation de l’amazighité au Maroc. Ce débat débordera inévitablement sur la question amazighe en Afrique du Nord (Tamazgha) en général. En effet, si les populations amazighes vivent des situations différentes, elles connaissent les mêmes problèmes et le combat pour sauvegarder leur identité et jouir de leurs droits historiques et politiques est devenu panamazighe. Réunir les représentants de ces populations pour se parler, se concerter, échanger les expériences afin d’avancer sur le chemin des solutions à leurs problèmes multiples, est une entreprise dont les responsables de l’association peuvent s’enorgueillir, car c’est déjà le début d’une concrétisation de la solidarité panamazighe, objectif ultime du Mouvement Amazighe. De ce dialogue, se dégageront certainement- du moins je l’espère- des perspectives d’avenir qui permettront d’entrevoir une approche raisonnée des problèmes, mais qui doivent impérativement conduire au recouvrement des droits inaliénables des imazighen où qu’ils soient.
Oui, Imazighen attendent beaucoup- peut-être même un peu trop- de leur diaspora afin qu’elle les aide à rétablir leurs droits historiques, politiques et économiques bafoués par les Etats arabistes d’Afrique du Nord ou ceux non moins dictatoriaux du Sahel. Mais avant de parler de la question amazighe proprement dite au Maroc, essayons d’abord de situer ce dernier pays dans le temps et l’espace amazighe en général, l’Afrique du Nord ou Tamazgha.
1-Tamazgha: bref aperçu historique et géographique:
Lorsque Chichong le Libyen bat Pharaon de l’époque, la nouvelle fait sensation et projette imazighen (les berbères) dans l’histoire. Il y a de cela 2957 ans. C’est cette date arbitraire qui est retenue par le Mouvement Amazighe moderne comme début du calendrier amazighe. Cependant, bien avant Chichong, en 1227 avant J.C, Meryez le lebou (libyen) est mentionné comme ayant menacé la terre des pharaons sous le règne de Mineptah(1). Bien avant Hérodote, Homère parle de « cette Libye où les agneaux ont des cornes dès leur naissance, où du prince au berger, tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage ; les bêtes, tous les jours, accourent à la traite, car trois fois dans l’année, les brebis mettent bas »(2). Etant donnée la situation géostratégique de cette partie du monde, ces populations, depuis des millénaires, ont subi divers envahisseurs, à tel point que leur dénomination ainsi que celle de leur patrie d’origine ont besoin de précisions terminologiques.
a- La dénomination géographique:
A travers les temps historiques, ce vaste espace qui comprend toute l’Afrique du Nord et le Sahara Septentrional, a connu diverses dénominations suivant les maîtres et la politique du moment du moment: «libye» avec les grecs, «Africa», «Mauritanie», et «Bérbérie» avec les romains, française avec
la France
et aujourd’hui arabe.
En effet, lorsque les arabes ont conquis cette partie du monde, ils l’ont dénommée «Al Maghrib», ce qui veut dire « le couchant » en langue arabe, évidemment par rapport au levant, le Proche Orient, leur patrie d'origine. Les géographes arabes parleront donc de «Al Maghrib al adna», (le couchant proche) pour désigner
la Tunisie
actuelle, «Al Maghrib al awsat» (le couchant moyen) pour désigner l’Algérie) et «al Maghrib al AQsa» ( le couchant extrême) pour désigner le Maroc.
L’appellation «Maroc», est beaucoup plus proche de la réalité étymologique que l’appellation arabe «al maghrib». Ce serait une déformation de la phonétique française du terme espagnol «muerrecus», lui-même déformation de la prononciation arabe de «Marrakech», elle-même déformation arabe de l’expression amazighe « amur n akkuch », ce qui veut dire en langue amazighe : « patrie de dieu ». « Akkuch était le nom qu’avaient donné à leur Dieu les Berghwata, une dynastie amazighe qui avait traduit le coran en langue amazighe, dans une tentative d’échapper à l’islamisation qui a duré plusieurs siècles. Malheureusement, ce sont les Almohades, une dynastie amazighe qui, endoctrinée par un amazighe qui a séjourné en Orient, ont mis fin à cette expérience qui aurait pu soustraire imazighen à l’emprise des arabes à l’instar des Turcs et des Iraniens.
Akkuch est un patronyme encore en usage il y a juste quelques décennies (l’oncle maternel de ma grand-mère s’appelait Akkuch, il était originaire du Sud Est et il est mort à la fin des années soixante !) Marrakech est aussi le nom de la ville qui aurait été construite par l’une des plus puissantes dynasties amazighes : les Almoravides, qui n’étaient pas aussi puritains que les Almohades. Du vocable « amour », patrie, auraient été aussi forgés les termes « maure » et « Mauritanie ». On le voit, cette archéologie linguistique en dit long sur l’histoire tourmentée de cette partie du monde.
Car déjà, les appellations passées en revue ne sont pas satisfaisantes: elles ne correspondent pas tout à fait à la réalité linguistique et toponymique de l’Afrique du Nord. Le terme « Afrique du Nord » lui même n’est pas adéquat non plus car il englobe une entité qui a une histoire distincte malgré un bout d’histoire commun: l’Egypte. Le terme « Libye » fait amalgame avec
la Libye
actuelle, alors que le terme Africa qui était limité à
La Tunisie
actuelle, a des connotation impérialistes quand on pense à « Afrique romaine », « française ». Reste le terme « Berbérie » qui désigne à peu près tout le territoire en question, -sans l’Egypte- habité par ceux qu’on a appelé les « berbères », mais qui porte en lui-même, aussi bien dans la bouche des grecs, des romains que des arabes, une charge péjorative relative au terme « barbare ».
Malgré ces imperfections, nous sommes aux antipodes de l’appellation exclusive et franchement raciste de «Maghreb arabe » que l’idéologie arabo-baâthiste essaie d’incruster dans les esprits depuis des décennies, par l’intermédiaire d’une campagne enragée, relayée par les médias officiels, mais aussi par les innombrables chaînes d’Arabie et du Golfe. Cette campagne qui heurte profondément les sentiments identitaires amazighes, contredit une toponymie qui, malgré les vicissitudes de l’histoire, est demeurée fidèle aux appellations autochtones amazighes, à tel point qu’on peut dire sans exagération aucune que la terre nord africaine ne parle que la langue amazighe ou tamazight ! En effet, la majorité de l’étymologie des noms de lieux, de région, de villes, de fleuves de montagnes comme (Libye, Tunis, les Aures, Tizi Ouzzou, Oran, Tlemcen, Oujda, Ifrane, Marrakech, Agadir, Nouakchot, Tombouktou, Moulwiya, Fazaz, Tétouan, Azila), etc, sont amazighes. Même les appellations qui paraissent aujourd’hui « arabes », sont en réalité des toponymes amazighes dont le sens a été« arabisé », et souvent juste à moitié, exemples : ain Asardun (le premier terme veut dire œil en arabe, alors que le deuxième terme est resté amazighe et veut dire « mulet ». Au départ donc, l’appellation était et est toujours dans la bouche des imazighen: « tit n asardun », littéralement : « l’oeil du mulet » en langue amazighe; un deuxième exemple : Oued (rivière en arabe) Zem(de izem, le lion en tamazight) ce qui donne : la rivière du Lion : seul le sens du premier terme a été arabisé.
Il existe même un autre phénomène linguistique qui montre à quel point les langues en présence constituent une archéologie linguistico-historique comme en témoigne l'expression désignant le nom d’une source à quelques kilomètres de la ville d'Azrou dans le Moyen Atlas au Maroc: « La source de Aîn Aghbal »; cela veut dire littéralement: « la source de la source source »! car :
« Aghbal » veut dire source en langue amazighe;
« Aîn » veut dire source en langue arabe qui avait cru que « aghbal » est le nom de cette source et a donc forgé l'appellation « ain aghbal »
La langue française a cru que « aîn aghbal » était le nom de la même source et donc a, à son tour, forgé l'appellation « La source de ain aghbal ».
Devant les imperfections terminologiques précitées, les chercheurs-militants du Mouvement Amazighe ont forgé le terme « Tamazgha » à partir du nom que les habitants de cette partie du monde se sont toujours donnés :« imazighen » pluriel d’ « amazigh », ce qui veut dire « l’homme libre ». Mais pour les historiographies exogènes, le terme amazighe lui aussi pose problème et a besoin de clarifications terminologiques.
b- La dénomination des habitants :
Comme pour la terre qui leur a toujours servi de patrie depuis des millénaires, les habitants de l’Afrique du Nord (Tamazgha), ont donc tour à tour été appelés, « Libyens » « africains », « maures », « numides » « berbères », et aujourd’hui « arabes ». Pourtant ces habitants autochtones se sont toujours désignés eux-mêmes par « imazighen », pluriel de « amazighe », avec des prononciations parfois légèrement différentes, comme par exemple « imouhagh » chez les Touareg. Cette vérité n’a pas échappé à Hanteau qui affirme : « partout où les populations berbères ont été à l’abri du contact et de l’influence arabe, elles ont conservé des noms appartenant à leur idiome. Elles s’appellent « Imazighen », pluriel de « Amazigh ».(3)
De l’ethnique « amazighe », l’appellation « Tamazgha », retenue par l’ensemble du Mouvement Amazighe, confère à cette dernière une certaine cohérence, une dignité, car elle exprime pour une fois, la réalité anthropologique et linguistique des populations qui l’ont toujours habitée: « imazighen », avec leur langue « tamazight ».
La langue amazighe possède un alphabet original « Tifinagh » dont certaines datations font remonter les premiers caractères à 3500 ans(4) et qui sont toujours en usage chez les Touaregs dont un mouvement vient justement de proclamer une république amazighe en terre malienne et nigérienne, avec l’officialisation de la langue amazighe et de son alphabet tifinagh. En 2003, l’IRCAM (Institut Royal de
la Culture
Amazighe
)avait déjà adopté tifinagh comme alphabet officiel de la langue amazighe au Maroc.
La position géographique de cette partie du monde, en même temps qu’elle a été la cause d’une histoire tourmentée qui peut être résumée en une résistance continuelle de ses habitants contre les envahisseurs successifs, a permis des contacts avec toutes les civilisations du pourtour de
la Méditerranée. Ce
qui a conféré à ses habitants les caractéristiques d’une personnalité qui a toujours refusé et combattu la domination, l’injustice, le racisme, mais, en même temps, une personnalité ouverte, imbue des vertus dont IBN Khaldoun dit(5):
« Nous croyons citer une série de faits qui prouvent que les Berbères ont toujours été un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux ; un vrai peuple comme tant d’autres dans le monde tels les arabes, les perses, les grecs et les romains. Les vertus qui ont honneur à l’homme et qui étaient devenues pour les berbères une seconde nature : leur empressement à s’acquérir des qualités louables, la noblesse d’âme qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils méritèrent les louanges de l’univers, bravoure et promptitude à défendre leurs hôtes et clients, fidèles aux promesses, aux engagements et aux traités, patience dans l’adversité, fermeté dans les grandes afflictions, douceur de caractère, indulgence pour les défauts d’autrui, éloignement pour la vengeance, bonté pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes dévots, empressement à soulager les infortunés, industrie, hospitalité, charité, magnanimité, haine de l’oppression,valeur déployée contre les empires de la terre, dévouement à la cause de Dieu et de sa religion; voilà pour les Berbères, une foule de titres à une haute illustration, titres hérités de leurs pères et dont l’exposition, mise par écrit, aurait pu servir d’exemple aux nations à venir.
Comme un scénario appris à la lettre, la résistance amazighe contre les envahisseurs est d’abord militaire, mais elle ne tarde pas à prendre d’autres formes : culturelle, spirituelle : Donna, Tertullien qui firent du christianisme une arme de résistance contre l’occupant romain, les kharidjites et les chiîtes contre l’Islam sunnite. Aujourd’hui, cette lutte a pris des formes armées (Touaregs), pacifiques , juridiques, sociales et politiques (Algérie Maroc, Libye, Tunisie, Iles Canaries). Défiant le temps et les lois qu’on a voulu leur imposer, imazighen se sont forgés une organisation sociale qui allie à la fois solidarité et liberté autour de la cellule appelée « Assoun », notion qui a été faussement traduite par « tribu », et qui est loin de rendre compte de la réalité correspondante.
Assoun, s’il ressemble à la tribu européenne ancienne ou Moyenne orientale, a ses caractéristiques propres : par exemple, le lignage n’est pas strictement sanguin ; les chefs, toujours élus au suffrage direct, se soumettent aux lois de la cité par la force d’une justice qui prime l’observance religieuse. En effet, le droit amazighe « azref », est un droit positif, humain, évolutif, où les sanctions judiciaires sont surtout économiques, morales, et où les châtiments corporels sont totalement bannis, y compris la peine de mort. Quant il y a meurtre, l’assassin est condamné à l’exil. Quant au statut de la femme, il est l’un des plus évolués au monde, car la société amazighe, matrilinéaire, a mis la femme au centre de son organisation sociale. Pour rappel, à la même époque où les arabes enterraient leurs filles vivantes par peur de la honte, imazighen se donnaient des reines pour chefs d’Etat. La dernière, Thiya, (la belle) appelée par les arabes Addahiya (la sorcière) pour la discréditer, est morte justement au combat contre les envahisseurs arabes. C’est dire que le statut de la femme avant l’islam était beaucoup plus en avance que celui qu’on lui assène aujourd’hui. Les lois de guerre interdisaient qu’on s’en prenne aux femmes, aux enfants et aux vieillards ! De plus, le droit est indépendant de la sphère religieuse, car pour imazighen, « la justice prime l’observance religieuse »(6)et la citoyenneté relève du droit du sol et non du droit du sang. La terre des imazighen est une terre où les étrangers acquéraient automatiquement la nationalité du groupe, et les juifs y ont été accueilli et n’y ont jamais connu l’antisémitisme avant la guerre de 67 et l’exploitation de cette guerre par les deux parties.
Certaines dynasties amazighes ont pu réaliser l’unité des imazighen de toute l’Afrique du Nord, comme Massinissa qui le premier, avait affirmé : « L’Afrique aux africains ». Mais cette unité a souvent volé en éclat sous le poids des colonialismes successifs, mais aussi par les fautes de certains dirigeants amazighes.
Aujourd'hui, les populations amazighes, estimées à plus de 60 millions d’habitants, se sont morcelées suivant les tracés de frontières héritées de la dernière colonisation. Elles sont aujourd’hui, avec des proportions inégales, de nationalité égyptienne, libyenne, tunisienne, algérienne, marocaine, mauritanienne, malienne, nigériane bourkinabée, tchadienne, Canarienne, sans oublier une forte diaspora en Europe, en Amérique et au Canada. Le critère d’identification étant la langue ce qui est considérablement réducteur-, les imazighen darijisés (qui ont perdu l’usage de la langue amazighe et parlent une langue intermédiaire entre tamazight et l’arabe) ne sont pas comptabilisés, malgré que la majorité d’entre eux, il y a juste quelques décennies, parlaient encore tamazight. D’ailleurs, certains intellectuels parmi ceux qui ont pris conscience de leurs réalités historiques et anthropologiques, commencent à réclamer leur amazighité comme aux Iles Canaries où la majorité écrasante de la population a perdu l'usage de la langue amazighe, mais a acquis une forte conscience identitaire amazighe. C'est d'ailleurs un parti amazighiste qui détient le pouvoir autonomiste interne dans ces îles.
En effet, la langue « darija », appelée à tort « l’arabe marocain »- est le produit de la rencontre entre la langue autochtone amazighe qui lui a fourni sa structure profonde, et la langue arabe à laquelle elle a emprunté une partie de son lexique(7). Mais comme le lexique dominant de la darija est arabe, comme l’arabe est langue du pouvoir et abusivement affirmée langue du coran (le livre saint de l'Islam), la « darija » est vite qualifiée de dialecte « arabe marocain », et c’est ainsi qu’on en est arrivé à l’expression « d’amazighes arabisés » pour désigner les populations amazighes qui ont juste perdu l’usage de la langue autochtone, mais qui gardent toutes les autres caractéristiques de la culture et donc de l’identité amazighe, identité de toute l’étendue du territoire national, y compris le Sahara marocain peuplé à majorité d’amazighes, mais qui a subi les visées du panarabisme des années soixante dix avec la création de la RASD la République Arabe
Pendant longtemps, les origines des imazighen ont été recherchées partout et tous les envahisseurs successifs les ont fait venir de leur métropole. Les arabes maintiennent encore aujourd’hui l’affiliation des imazighen au Proche Orient afin de justifier leur politique d’assimilation malgré le verdict de la génétique qui a tranché : les habitants de l’Afrique du Nord sont génétiquement distincts de ceux du Proche Orient, et le plus ancien berceau connaissable des imazighen est justemnt le centre du désert saharien, à une époque où il était bien arrosé et contenait même forêts, mers, lacs et rivières et une faune considérable comme en témoignent les découvertes archéologiques récentes(8).
Il existe une conscience d'une identité amazighe qui se fonde sur une référence à une histoire, à une culture et surtout à une langue communes, langue d'où sont issues toutes les variantes actuelles. Cette conscience est particulièrement marquée en Algérie, chez les Touareg, aux Iles Canaries et au Maroc. Mais elle existe aussi à un degré moindre à cause de la repression, en Tunisie, en Libye, et même en Egypte où des tribus amazighes existent encore du côté d'Assouan. Cette conscience fait l'objet d'une patrimonialisation autour de symboles comme l'alphabet tifinagh, le drapeau amazighe et d'autres référents historiques et artistiques. Cette réaffirmation identitaire prend la forme de mouvements amazighes dont certains sont armés comme au Sahel, ou pacifiques mais réprimés tout de même comme hier en Algérie et aujourd’hui au Maroc.
c-Les populations amazighes du Maroc :
Aujourd’hui encore, les populations du Maroc sont dans leur quasi majorité amazighes et constituent numériquement le groupe le plus important de toute la population amazighe en Tamazgha. Le portail du Maroc, site officiel du gouvernement marocain a reconnu en 2006 que le dernier recensement avait montré qu’imazighen constituaient soixante quinze pour cent (75%) de l’ensemble de la population marocaine. Mais quelques semaines après que le journal Tawiza (9) ait publié cette information, la donnée a été retirée du site. C’est pour dire combien les statistiques constituent un enjeu politique de taille à ce sujet. Si l'on prend donc en compte les marocains « darijisés » comme étant des imazighen darijisés, l'on peut avancer sans l'ombre d'un doute que, exception faite d'une infime minorité dont le nombre est infime par rapport à la population générale, l’on arrive au moins à plus de quatre vingt dix pour cent d’amazighes (90%). La grande majorité d'entre eux parlent encore la langue de leurs ancêtres, le reste parle la darija, mais ils partagent toutes les caractéristiques non linguistiques de l'identité marocaine amazighe: une identité amazighe avec des expressions linguistiques diverses, résultats des dernières colonisations : amazighe bien sûr, mais aussi darija, arabe, française, espagnole, sans oublier l’ hébraique, seule langue exogène à ne pas avoir été introduite par la force en Tamazgha.
Au Maroc, comme en Algérie, les régions encore exclusivement amazighophones sont composées de chaînes montagneuses, ou de zones désertiques comme le Sahara. Pour des raisons historiques, et à l’instar de toutes les montagnes de Tamazgha, ( je pense par exemple à
la Kabylie
et aux Aurès), les montagnes marocaines dont la superficie totale avoisine 21% du territoire, sont très peuplées (7 à 8 millions d’habitants). La densité de la population y est de l’ordre de 45% par km en moyenne, elle atteint même plus de 100% pour l’ensemble du Rif.
La chaîne atlassique en particulier joue un rôle capital dans la constitution de l’écosystème physique marocain, notamment sur le plan climatique car cette chaîne constitue non seulement une barrière contre la désertification rampante, mais aussi un réservoir d’eau et d’air. Ces poumons et château d'eau du pays, recèlent également des richesses non négligeables : forêts, minerais, flore et faune très riches et diversifiées.
Cette situation est due au rôle de refuge que ces montagnes ont toujours joué face aux nombreux envahisseurs, un refuge qui offrait une variété de ressources qui permettaient une vie des plus saines, des plus riches et des plus sûres il y a juste une cinquantaine d’années. Moha Ouhammou Azayi, héros amazighe marocain de la résistance d’Izayane contre l’occupation française au Moyen Atlas, parlant de ces montagnes a dit : « les montagnes constituent ma peau, le dir (le poitrail, l’espace qui se trouve entre la montagne et la plaine) ma limite, et les habitants des plaines mes vassaux ». Interrogé à ce sujet, mon père répondit : « à cette époque, tous les dangers venaient de la plaine : les envahisseurs, mais aussi les sécheresses, les sauterelles et les épidémies ! ».
On comprendra donc que les montagnes et le Sahara, aient pu davantage conservé les caractéristiques originelles des imazighen : des coutumes, des traditions, un art de vivre, un mode de pensée qui sont restés les mêmes qu’il y a des siècles. Chez ces agro-pastoraux, semi nomades ou sédentaires, la pensée dogmatique est tout simplement inexistante. Même leur islam est demeuré « tolérant, simple, parfois même imperceptible au milieu des vieilles traditions religieuses antéislamiques »(10). Ainsi, des valeurs comme la solidarité, la tolérance, l’hospitalité, le respect de la nature, de la femme, des enfants et des vieillards, le courage, l’amour de la liberté constituent les finalités d’une éducation qui se fait oralement et par observation et pratique. De ces lieux, on hérite d’une âme sensible à l’injustice, car la société était il y a juste quelques décennies, très égalitaire. Quand on naît dans ces régions également, l’on ne peut pas échapper au démon de la poésie car de ces lieux, on hérite d’une âme qui ne peut aucunement rester insensible à la beauté. Cette âme a été pathétiquement exprimée par Fadma Ait Mansour Amrouche dans son livre « Histoire de ma vie » que je conseille à tout amazighe de lire. Ecoutons-la : « Jamais, malgré les quarante ans que j’ai passés en Tunisie, malgré mon instruction foncièrement française, jamais je n’ai pu me lier intimement, ni avec des français, ni avec des arabes. Je suis restée toujours, l’éternelle exilée, celle qui, jamais ne s’est réellement sentie chez elle nulle part. Aujourd’hui, plus que jamais, j’aspire à être enfin chez moi : dans mon village, au milieu de ceux de ma race, de ceux qui ont le même langage, la même mentalité, la même âme superstitieuse et candide, affamée de liberté, d’indépendance : l’âme de Yughurtha ».(11)
Depuis les temps immémoriaux, les populations amazighes ont hérité cet esprit de liberté autour duquel s’organise toute la société. Aujourd’hui, ces données ont évolué et évoluent toujours suivant le degré de désamazighisation de la société.
d-Imazighen du Maroc et les dernières colonisations:
-La colonisation arabe :
Présentée par les historiens et les idéologues arabes comme « un fath » (ouverture), cette colonisation est des plus insidieuse car elle a utilisé -et utilise toujours- l’islam comme couverture à son entreprise coloniale. L’islamisation forcée des imazighen (Ibn Khaldoun nous apprend qu’ils ont apostasié douze fois) a entraîné l’arabisation de confédérations entières de tribus et amené des générations successives d’amazighes à se sentir, à se dire arabes contre toutes les données objectives de l'histoire, de l'anthropologie, de la linguistique et même de la génétique. L’idéologie arabiste contemporaine continue un processus lent mais qui a déjà détruit une grande partie du potentiel anthropologique et linguistique amazighe sur l’ensemble de Tamazgha. Cependant, au Maroc (comme avant en Algérie), Imazighen ont réussi a sauvegarder leur identité vis à vis de l'arabisme jusqu'en 1912, année de la colonisation française. Ce sont les français en fait qui ont livré Imazighen pieds et mains liés au pouvoir central de la minorité aparthéidiste arabo-fasciste qui les opprime depuis ce qu'elle appelle « l'indépendance », et qui n’était jamais parvenu à les soumettre auparavant.
En effet, « l’indépendance » dont on parle au Maroc n'est autre qu'une supercherie où français et faux nationalistes se sont mis d'accord pour barrer la route à la résistance amazighe montante en tant que mouvement de libération des imazighen.
-La colonisation franco-espagnole :
Elle a constitué une grande catastrophe pour imazighen: pour la première fois de leur histoire, ils ont été atteints partout dans leurs repères séculaire : les montagnes, le Sahara et les Iles Canaries. Par amour de la liberté, imazighen ont payé un lourd tribu à la résistance armée contre l’envahisseur: plusieurs décennies de guerre de résistance acharnée et inégale, ont été des plus désastreuses: pour la première fois de leur histoire, Imazighen vont perdre le contrôle sur leur destin, avec un coût énorme. Au Maroc, des milliers –si ce n’est des millions- de morts, de destructions massives, (des centaines de villages détruits, des millions de têtes de troupeaux décimés, des milliers d’hectares brûlés, (même le napalm a été utilisé comme dans le Rif).
En plus de la destruction de leurs structures économiques et la spoliation de leurs richesses, les structures politiques des imazighen ont été aussi détruites. Vaincus par deux puissances mondiales à qui ils ont tout de même infligée de très grandes défaites (Elhri au Moyen Atlas avec Moha Ouhammou Azayi en 1914, Anoual avec Abdelkrim Alkhattabi en 1921),(12), imazighen ne cessent de subir les conséquences de leur résistance et surtout de payer le prix de leur défaite.
Ayant toujours peur de leur esprit de liberté et d’indépendance, le pouvoir central les a exclus des projets de développement afin de les pousser à émigrer en masse soit à l’intérieur soit à l’extérieur du pays, si bien que la diaspora montagnarde amazighe marocaine- comme l’algérienne- dans le monde se compte par millions, et certaines villes -surtout celles des montagnes -se sont naturellement amazighes pour certaines à 100%, comme Nador et Al Hoceima. En plus de cette marginalisation économique et sociale, l'Etat marocain moderne né des accords d'Aix-Les Bains, pratique à leur égard une politique de discrimination linguistique et culturelle visant ni plus ni moins leur disparition en tant qu’identité première du pays au profit d’une identité qu’on essaie depuis longtemps de mettre en place : l’identité arabe sous couvert de l’islam. C'est pour atteindre cet objectif que la constitution marocaine va être affirmée en seuls termes d'arabo-islamité, excluant de fait Imazighen de toutes les institutions de l'Etat.
2-L’amazighité dans l’Etat marocain moderne :
On l’a vu, le plus grave accident historique qu'a connu l'identité amazighe au Maroc dans les temps modernes remonte au début du 20e siècle. Pour la première fois depuis le VIIIe siècle, les intérêts de l'Orient arabe et les appétits de l'Occident s'allient pour briser la ténacité historique amazighe, jalouse de son indépendance à l'égard de tous les conquérants successifs.
Cette alliance s'est concrétisée par la signature en 1912, du traité du Protectorat qui légitimait la colonisation du Maroc. La contre partie étant l'écrasement de l'opposition populaire à la cupidité du makhzen (appellation du pouvoir central au Maroc) et de ses bases socioculturelles. C'est cette collusion d'intérêts qui explique aujourd'hui les origines de l'exclusion officielle de l'amazighité de toutes les institutions de l'Etat moderne marocain.
L'écrasement militaire des tribus amazighes de 1912 à 1934, est suivi par la création d'une élite citadine arabo-salafiste favorable au Protectorat, élite qui cautionnera les arrangements d'Aix les Bains en 1955, par lesquels
la France
remettait l'appareil étatique entre les mains de ses protégés (la coalition des minorités arabistes fassie et alawite). Les imazighen se retrouvent pour la première fois de leur histoire exclus des rouages décisionnels qui engagent l'avenir de leur identité.
Cet exil intérieur de l'amazighité sur son propre territoire n'est donc pas le fait du hasard, mais bien la conséquence d'une planification politique délibérée sur plusieurs étapes.(13)
a-Qu'a dit et que dit le Maroc officiel sur sa propre amazighité?
- de 1956 à 1996:
On l'a vu, l'Etat marocain moderne est né avec le Protectorat français et espagnol. Le Maroc dit « indépendant », en plus du centralisme et du jacobinisme hérité de
la France
, va affirmer sa première constitution et toutes les suivantes en seuls termes d’arabo-islamité, reniant ainsi la réalité historique, linguistique, anthropologique, sociale et politique des imazighen. Le préambule de la constitution de 1996, qui reprend les précédentes - toujours en vigueur, énonce : « Le royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ».
Dans les années cinquante et soixante dix, les ambitions politiques amazighes sont réprimées dans le sang au Moyen Atlas, dans le Sud Est, dans le Rif. Les Coups d'Etat du début des années soixante dix, décapitent l'élite amazighe de l'époque essentiellement constituée d'officiers de l'armée du Moyen Atlas et du Rif, laissant la voie libre aux années de plomb qui vont suivre, et dont les victimes sont- curieusement- à plus de quatre vingt dix pour cent (90%) amazighes !
Le Sous bascule lui aussi dans l'opposition politique et fournit à l'UNFP (Union Nationale des Forces Populaires) ses plus fidèles militants qui, à leur tour, fourniront des contingents de prisonniers et de tués.
Conformément à cette constitution, l’ensemble du système administratif, politique, éducatif, judiciaire et médiatique marocain est dominé, imprégné par la langue et l’idéologie arabo-islamique. Profitant des événements sanglants précités, le régime de Hassan II opte pour le recentrage de l'identité du Maroc vers l'arabo-islamisme, ce qui permettra aux tenants de cette idéologie, de purger l'administration et les hautes fonctions au sein de l'armée de l'élément amazighe. Imazighen mis au pas par une répression sanglante, constante et systématique, le pouvoir peut alors tranquillement appliquer sa politique à coup d’intimidations, de menaces, de répression, de bourrage de crânes à l’école et dans les médias.
Faisant fi des droits de l’homme, des recommandations de l’UNESCO qui préconisent l’insertion de la langue maternelle dans le système éducatif dès les premières années et l’utilisation de celle-ci dans la lutte contre l’analphabétisme des adultes, (lutte subventionnée par les Nations Unies), l’Etat marocain a opté pour une politique d’arabisation tous azimuts : l’enseignement et la justice sont arabisés et la lutte contre l’analphabétisme se fait également dans la seule langue arabe classique, seule langue officielle du pays ; l’histoire, la culture et les arts amazighes sont bannis des programmes et des activités culturelles officielles, exception faites des exhibitions folkloriques pour des desseins bien définis. Sur la reliure de certains livres officiels d’histoire, on peut lire : « histoire du Maroc », mais quand on feuillette le livre, on découvre qu’il s’agit en fait de l’histoire de l’Arabie et des empires musulmans du Proche Orient.
Les populations amazighes du Maroc, ont fait et font toujours l’objet de violations de leurs droits culturels et linguistiques pourtant garantis par l’article 5 de la convention internationale contre toutes les formes de discrimination raciale, et que le Maroc a ratifiée.
L’administration et la justice n’ont pas échappé à la stratégie d’arabisation : il est interdit aux citoyens amazighes de parler leur langue avec les responsables administratifs; interdit aux prévenus de se défendre dans leur langue maternelle, même quand ils ne connaissent qu’elle, et les interprètes n’existent plus (Le protectorat français avait institué des interprètes après les avoir formés. La justice du Maroc « indépendant » les a supprimé afin d’obliger imazighen à s’arabiser). En plus de ces mesures, l’Etat civil interdit aux imazighen de donner des noms ou des prénoms amazighes de leur choix à leurs enfants.
D’autre part, l’accès aux médias, écrits -exception faite de quelques journaux indépendants ces dernières années- et audiovisuels, totalement sous l’emprise de l’idéologie arabiste, est interdit à quiconque ne partage pas les thèses dominantes. La présence de l’amazighité dans les médias se limite aux chansons folkloriques des plus déplorables, et dont la plupart remontent aux années cinquante. Les jeunes chanteurs amazighes engagés, marocains de Kabylie par exemple ne sont pas diffusés. De plus, les moyens de diffusion qui remontent aux années cinquante ne permettent qu’une audience très limitée de ces programmes déjà méprisés par les auditeurs.
Depuis 1994, en réaction aux événements de Goulmima, la télévision marocaine consacre quelques minutes à l’information dans les trois « dialectes berbères ». C'est une réplique identique à ce qui se dit sur les antennes arabisées, et qui est strictement réservée à la sphère identitaire arabo-islamique : à longueur de journées, la propagande arabo-islamiste bat son plein: on n’y parle que de l’histoire arabe, des valeurs arabes, des poètes arabes, des savants arabes, des droits des arabes, du cheval arabe, des chiens et chats arabes, de la presse arabe, du Maghreb arabe, de la ligue arabe, et même tout ce qui n’est pas arabe le devient tant le zèle dans ce domaine est largement récompensé.
L’espace réservé à la culture, à l’histoire, à l’identité ou aux revendications amazighes est des plus réduit. Quand, des fois, on bute sur quelque chose d’amazighe qu’on ne peut en aucun cas fausser, comme les découvertes des fouilles archéologiques par exemple, les vestiges sont toujours attribués à des apports extérieurs, (romains, vandales, grecs,) mais jamais au peuple autochtone amazighe, afin de passer sous silence toute preuve de l'existence d'une civilisation amazighe digne de ce nom.
Les associations amazighes, émanation de la société civile amazighe, et seuls défenseurs de ses droits linguistiques et culturels, n’ont droit à aucune subvention de l’Etat, subvention qui est largement octroyée aux associations d’obédience arabo-islamiste. Des centaines de millions de dirhams sont chaque années dilapidés à payer des chanteurs arabes frères, des congrès arabes, des associations arabes, à aider des mouvements de libération frères dont les budgets dépassent largement ce qui est alloué au développement des régions amazighes, les plus pauvres du pays. Ces mêmes associations amazighes qui ne reçoivent aucune aide de l’Etat, voient leurs activités très limitées par des moyens arbitraires divers.
Cependant, étant donné le très faible taux de scolarisation, l’immense gâchis de l’échec scolaire dans ces régions amazighes délaissées, la faiblesse de la société civile et des médias, ces populations sont plus exposées que les autres aux violations de leurs droits les plus élémentaires, aux abus de pouvoir et à une corruption systématique pour de simples services publics rendus. Privés de réels représentants par la destruction de leur système politique de base (imgharn ), par la fraude électorale, et des partis politiques totalement inféodés au pouvoir, les populations amazighes n’ont jamais été aussi pauvres et malheureuses.
Pour l’idéologie arabo-salafiste au pouvoir, la culture amazighe n’est pas seulement une sous culture arriérée et juste bonne à amuser les touristes, elle constitue une menace pour l’unité nationale, entendez l’unité des arabes, une tare qu’il faut donc à tout prix extirper. C’est ainsi que les idéologues de l’arabo-islamisme ont décidé, juste aux lendemain de l’indépendance, de planifier la mort de ce qu’ils appellent les particularismes amazighes, (Al Jabri, l’un des théoricien du génocide amazighe, a été honoré par l’UNESCO au Maroc à la mi Novembre 2006, lui qui a écrit et qui a toujours défendu la même position jusqu’à aujourd’hui: « il faut tuer les dialectes berbères locaux ».)
En écho à ces propos, une propagande bien orchestrée à travers l’école, les médias, l’administration et même les mosquées tente de justifier, de légitimer un « ethnocide » qui a déjà fait des ravages parmi des générations entières, des générations qui ont été coupées de leurs parents, de leurs racines, de leur identité, et qui ont été amenées à se dire arabes contre toute raison, même quand leurs parents et grands parents ne parlent que tamazight devant eux. Cette politique visait ni plus ni moins à substituer l’identité arabe exogène à l’identité amazighe autochtone du pays.
Cette mort programmée en 1956 pour quarante ans, eut comme réaction la naissance du Mouvement Amazighe dans les années soixante dont voici les étapes essentielles, afin que nous puissions entrevoir le chemin parcouru et où en est le combat amazighe au Maroc aujourd’hui....
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