mercredi 2 septembre 2009
FEDERICO GARCIA LORCA
Presse ta bouche pourpre sur la mienne,
Etoile, la gitane !
Et sous l’or solaire du grand midi
Je mordrai à la pomme.
Par les verts oliviers de la colline,
Il est une tour maure
Qui rappelle le teint de ta peau brune
Fleurant miel et aurore.
Ton corps brûlé au soleil me dispense
Le divin aliment
Qui fait fleurir le cours d’eau apaisé
Et s’étoiler les vents.
Pourquoi t’es-tu livrée, lumière brune ?
Pourquoi m’as-tu donné remplis
D’amour ton sexe de lys
Et la rumeur de tes seins ?
Serait-ce pour mon air si triste ?
(O ma lourde démarche !)
Ou si ma vie t’a fait pitié
Qui à chanter se fane ?
Pourquoi n’as-tu préféré à mes plaintes
Les cuisses en sueur
D’un saint Chrisptophe campagnard, lentes
Dans l’amour et superbes ?
Danaïde des voluptés, tu es
Un Sylvain féminin
Dont les baisers ont le parfum des blés
Grillés par le soleil.
Obscurcis-moi les yeux avec ton chant.
Laisse ta chevelure
S’épandre solennelle comme un voile
D’ombre sur la verdure.
Rougis pour moi de ta bouche sanglante
Tout un ciel d’amour
Où sur un fond de chair luit la violette
Etoile des douleurs.
Mon Pégase andalou est le captif
De tes yeux ouverts.
Il s’envolera dolent et pensif
Lorsqu’il les verra morts.
Quand tu ne m’aimerais pas, moi je t’aime
Pour ton regard sombre
Ainsi que pour sa rosée l’alouette
Aime le jour nouveau.
Presse ta bouche pourpre sur la mienne,
Etoile, la gitane !
Et laisse-moi sous le feu de midi
Mordre à la pomme.
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FEDERICO GARCIA LORCA
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jeudi 9 juillet 2009
GAZELA DEL AMOR IMPREVISTO
Personne ne comprenait le parfum
de l’obscur magnolia de ton ventre.
Personne ne savait que tu martyrisais
un colibri d’amour entre les dents.
Mes petits chevaux perses s’endormaient
sur la place sous la lune de ton front
tandis que moi j’enlaçais quatre nuits
ta taille, ennemie de la neige.
Entre plâtre et jasmins, ton regard
était un pâle bouquet de semences.
Moi, j’ai cherché, pour te donner sur ma poitrine
les lettres d’ivoire qui disent toujours.
Toujours,
toujours, jardin de mon agonie,
ton corps fugitif pour toujours,
le sang de tes veines dans ma bouche,
ta bouche déjà sans lumière pour ma mort.
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dimanche 28 juin 2009
EL CANTE JONDO
A propos du " cante jondo "
"C'est profond, véritablement profond,
plus encore que tous les puits et toutes les mers qui entourent le monde, beaucoup plus profond que le coeur actuel qui le crée et que la voix qui le chante, parce qu'il est presque infini. Il vient des races gitanes, traversant le cimetière des années et les frondes des vents fanés. Il vient des premières larmes et du premier baiser.»
"Es hondo, verdaderamente hondo, más que todos los pozos y todos los mares que rodean el mundo, mucho más hondo que el corazón actual que lo crea y la voz que lo canta, porque es casi infinito. Viene de razas gitanas, atravesando el cementerio de los años y las frondas de los vientos marchitos. Viene del primer llanto y del primer beso...»
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FEDERICO GARCIA LORCA
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mardi 2 juin 2009
LORCA...
J’ai sur le cœur
L’écume de multiples eaux
Des fleurs de multiples pays
Et des solitudes rêvées.
Assèche la mer, assèche les fontaines.
Vois et brise toutes les branches !
Et si mon cœur le veut
Un autre monde en naîtra.
Car celui qui sut tant aimer
Soulèverait des montagnes !!.
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FEDERICO GARCIA LORCA
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lundi 6 avril 2009
LE SILENCE
"Entends, mon fils, le silence.
C'est un silence ondulé,
un silence
où glissent échos et vallées
et qui fait s'incliner les fronts
vers le sol."
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FEDERICO GARCIA LORCA
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jeudi 12 mars 2009
ANDALUCES DE JAEN...EXTRAIT
Le septième jour
du troisième mois
de l’année 19..
je poussai mon premier cri
Allí… en tierra seca
entre el olivo y el almendro
Là-bas … quelque part
où les hommes étaient bergers
charbonniers ou journaliers
où les femmes étaient mères
et travaillaient la terre
où les enfants noirauds
aux vêtements rapiécés
couraient pieds nus
sur les cailloux brûlants
et les chemins d’épines
se nourrissant d’un oignon
d’un quignon de pain
et parfois de rien
Là-bas … quelque part
junto la ciudad de los gitanos
où les pauvres étaient princes
mais tous l’ignoraient...
FEDERICO GARCIA LORCA
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lundi 23 juin 2008
GACELA DE LA MORT OBSCURE
« Je veux dormir un instant,
un instant, une minute, un siècle ;
mais que tous sachent bien que je ne suis pas mort ;
qu’il y a sur les lèvres une étable d’or ;
que je suis le petit ami du vent d’Ouest ;
que je suis l’ombre immense de mes larmes. »
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FEDERICO GARCIA LORCA
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LE VENT ET LA BELLE
De sa lune en parchemin,
par un hybride sentier
de lauriers et de cristal,
Précieuse s'en vient jouer.
De sa lune en parchemin
Précieuse s'en vient jouer.
A sa vue le vent se lève,
car jamais il ne sommeille.
Dis, laisse-moi relever
ta robe pour voir ton corps.
Ouvre entre mes doigts anciens
la rose bleue de ton ventre.
Lâchant son tambour, Précieuse
prend la fuite à toutes jambes.
Le vent mâle la poursuit.
Avec une épée brûlante.
Précieuse, cours vite, vite.
Le vent va t'attraper !
Précieuse, cours vite, vite,
Regarde-le arriver,
Satyre d'étoile basses
aux mille langues lustrées !
Précieuse, morte de peur,
est allée se réfugier,
au-dessus de la pinède,
Et tandis qu'elle raconte
son aventure en pleurant,
le vent sur le toit d'ardoises
plante, furieux, les dents.
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FEDERICO GARCIA LORCA
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LA NONNE GITANE
Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Elle orne de giroflées
brodées sa toile jonquille.
Mais sur sa toile jonquille
la nonne aimerait broder
des fleurs de sa fantaisie.
Quels soleils ! Quels magnolias
de rubans, de pierreries !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l'Office !
Dans la cuisine prochaine
cinq oranges se confisent
les cinq blessures du Christ
ouvertes en Almérie.
Dans les yeux de la brodeuse
vont deux cavaliers agiles.
Oh quelles plaines debout
sous vingt soleils qui scintillent !
Quelles rivières dressées
entrevoit sa fantaisie.
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FEDERICO GARCIA LORCA
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mercredi 23 avril 2008
VERLAINE
La chanson
que jamais je ne dirai
s'est endormie à mes lèvres.
La chanson
que jamais je ne dirai.
Parmi les chèvrefeuilles
était un ver luisant
et la lune effleurait
l'eau d'un de ses rayons.
Et alors je rêvai
la chanson
que jamais je ne dirai.
Chanson pleine de lèvres
et de rives lointaines.
Chanson des heures longues
que je perdis dans l'ombre.
Chanson d'étoile vive
sur un jour infini.
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FEDERICO GARCIA LORCA
("Trois portraits avec ombre")
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