EMMILA GITANA

Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

jeudi 29 octobre 2009

FERNANDO PESSOA

L'art nous délivre de façon illusoire, de cette chose sordide qu'est le fait d'exister...
En art, il n'y a pas de désillusion, car l'illusion s'est vue admise dès le début.
Le plaisir que l'art nous offre ne nous appartient pas, à proprement parler :
nous n'avons donc à le payer ni par des souffrances, ni par des remords...
Par le mot art, il faut entendre tout ce qui est cause de plaisir sans pour autant nous appartenir : la trace d'un passage, le sourire offert à quelqu'un d'autre, le soleil couchant, le poème, l'univers objectif.

Posséder c'est perdre.

Sentir sans posséder, c'est conserver, parce que c'est extraire de chaque chose son essence.

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FERNANDO  PESSOA

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Oeuvre Zao Wou-Ki

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samedi 24 octobre 2009

AJOURNEMENT

Après-demain, oui, après-demain seulement…
Je passerai la journée de demain à penser à après-demain,
et ainsi ce sera possible ; mais pas aujourd’hui…
Non, aujourd’hui pas moyen ; impossible aujourd’hui.
La persistance confuse de ma subjectivité objective,
le sommeil de ma vie réelle, intercalé,
la lassitude anticipée et infinie,
un monde de lassitude pour prendre un tram…
cette espèce d’âme…
Après-demain seulement…
Aujourd’hui je veux me préparer,
je veux me préparer à penser demain au lendemain…
C’est lui qui est décisif.
J’ai déjà mon plan tracé ; mais non, aujourd’hui je ne trace
pas de plans…
Demain est le jour des plans.
Demain je m’assieds à mon bureau pour conquérir le
monde ;
mais, le monde, je ne vais le conquérir qu’après-demain…
J’ai envie de pleurer,
j’ai envie de pleurer tout d’un coup, intérieurement…
Ne cherchez pas à en savoir davantage, c’est secret, je me
tais.
Après-demain seulement…
Lorsque j’étais enfant le cirque du dimanche m’amusait
toute la semaine.
Aujourd’hui seul m’amuse le cirque dominical de toute la
semaine de mon enfance…
Après-demain je serai autre.
Ma vie sera triomphale,
toutes mes qualités de créature intelligente, cultivée,
pratique, seront convoquées par voie d’arrêté -
mais par un arrêté de demain…
Aujourd’hui je veux dormir, je le rédigerai demain.
Pour aujourd’hui, quel est le spectacle qui répéterait mon
enfance ?
Même si c’était pour me faire acheter les billets demain,
car c’est après-demain que le spectacle est bon…
et pas avant…
Après-demain j’aurai l’attitude que j’étudierai demain.
Après-demain je serai finalement ce qu’aujourd’hui je ne
saurais être d’aucune façon.
Après-demain seulement…
J’ai sommeil ainsi qu’a froid un chien errant.
J’ai sommeil infiniment.
Demain je te dirai les paroles, ou après-demain.
Oui, peut-être après-demain seulement…

L’avenir…
Oui, l’avenir…

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FERNANDO PESSOA

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mercredi 29 juillet 2009

FANAL...Extrait

(...)

Sois le fanal, sois la lumière au  creux du verre,          

                                           Mais garde ta chaleur.
                         Les vents ne pourront pas te harceler au point
                                            D'éteindre ta lumière,
                         Et ta chaleur ne viendra pas, se dispersant, à être
                                                Un froid de par l'inutile infini.

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FERNANDO  PESSOA

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bertrand_duhamel

Photographie Bertrand Duhamel

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mardi 2 juin 2009

LE GARDEUR DE TROUPEAUX...Extrait

Quand je mourrai fiston,

Que ce soit moi, l’enfant, le plus petit.

Et toi, prends-moi dans tes bras

Et emmène-moi au-dedans de chez toi.

Déshabille mon être humain et fatigué

Et couche-moi dans ton lit.

Et raconte-moi des histoires, au cas où je me réveillerais,

Pour que je puisse me rendormir.

Et donne-moi des rêves à toi que j’en joue

Jusqu’à ce qu’en naisse certain jour

Dont toi seul sais bien ce qu’il en est.

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FERNANDO  PESSOA

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DAUPHINS2

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dimanche 17 mai 2009

PESSOA

Sentir tout de toutes les manières,          

Vivre de tous les côtés,          

Être la même chose de toutes les façons possibles en          

Même temps,         

Réaliser en soi toute l’humanité de tous les moments        

En un seul moment diffus, profus, total et lointain.
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FERNANDO  PESSOA

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Au_pied_de_Senetosa

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lundi 4 mai 2009

CANCIONERO...Extrait

Entre le sommeil et le songe,
Entre moi et ce qui en moi
Est l'être que je me suppose,
Coule un fleuve sans fin.
Il est passé par d'autres rives,
Toujours autres et plus lointaines,
Au cours de ces nombreux voyages
Que connaissent les fleuves.
Il est arrivé là où j'habite à présent
Cette maison qu'à présent je suis.
Il passe,si je ne médite;
Si je m'éveille,il est passé.
L'être que je ressens et qui se meurt
Dans ce qui m'enchaîne à moi-même
Sommeille où le fleuve s'écoule
Ce fleuve qui n'a pas de fin.

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FERNANDO  PESSOA

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DOULEUR

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lundi 2 mars 2009

LE GARDEUR DE TROUPEAUX...Extrait

Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l'utile,
celle où l'on finit par nous mettre au cercueil.

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FERNANDO  PESSOA

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mercredi 19 novembre 2008

LE LIVRE DE L'INTRANQUILITE..Extrait

Le rêve est la pire des cocaïnes, parce que c'est la plus naturelle de toutes.

Elle se glisse dans nos habitudes avec plus de facilité qu'aucune autre, on l'essaye sans le vouloir, comme un poison pris sans méfiance.

Elle n'est pas douloureuse, elle ne cause ni fièvre ni abattement,mais l'âme qui fait usage du rêve devient incurable, car elle ne peut se passer de son poison, qui n'est rien d'autre qu'elle même....

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FERNANDO  PESSOA

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Cogniet_Reve

LEON COGNIET

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samedi 1 novembre 2008

LE GARDEUR DE TROUPEAUX...Extrait

"Plutôt le vol de l'oiseau qui passe sans laisser de trace
Que le passage de l'animal dont le sol garde le souvenir.
L'oiseau passe et disparaît, ainsi doit-il en être.
Là où il n'est plus, et donc ne sert à rien, l'animal
Montre qu'il a été, ce qui ne sert à rien.
Le souvenir est une trahison envers la Nature
Parce que la Nature d'hier n'est pas la Nature.
Ce qui fut n'est plus rien, et se souvenir est ne pas voir.
Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !"
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FERNANDO  PESSOA

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vol

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mercredi 29 octobre 2008

POEMES PAÏENS D'ALBERTO CAIERO ET DE RICARDO REIS....Extrait

"Nombreux sont ceux qui vivent en nous;
Si je pense, si je ressens, j'ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l'on pense, où l'on ressent.

J'ai davantage d'âmes qu'une seule.
Il est plus de moi que moi-même.
J'existe cependant
A tous indifférent.
Je les fais taire : Je parle.

Les influx entrecroisés
De ce que je ressens ou ne ressens pas
Polémiquent en celui que je suis.
Je les ignore. Ils ne dictent rien
A celui que je me connais : J'écris."

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FERNANDO  PESSOA

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Vitrail Norbert Pagé

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