lundi 5 octobre 2009
BORGES
« Loué soit l'infini
Labyrinthe des effets et des causes,
Qui, avant de me présenter le miroir
Dans lequel je ne verrai personne ou je verrai un autre,
M'accorde la pure contemplation
D'un langage de l'aube. »
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JORGE LUIS BORGES
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mardi 14 octobre 2008
LES MIROIRS
"Je m'étonne qu'il existe des rêves, des miroirs
Et que l'habituel répertoire fatigué
De chaque jour inclue l'univers
Profond et illusoire tissé par les reflets
L'idée m'est venue que Dieu a une faiblesse
Pour cette insaisissable architecture
Que construit la lumière avec la pureté
Du cristal et l'obscurité avec le rêve.
Dieu créa les nuits qui engendrent
Les rêves, et les formes des miroirs
Pour que l'homme sente qu'il est reflet de lui-même.
Et vanité. Aussi en sommes-nous alarmés."
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JOSE LUIS BORGES
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samedi 5 juillet 2008
LE SUD
« Du fond d’un de tes patios avoir regardé
les antiques étoiles,
d’un banc de l’ombre avoir regardé
ces lumières éparses
que mon ignorance n’a pas appris à nommer
ni à ordonner en constellations,
avoir senti le cercle d’eau
dans la secrète citerne,
l’odeur du jasmin et du chèvrefeuille,
le silence de l’oiseau endormi,
la voûte du vestibule, l’humidité
- ces choses, peut-être, sont le poème.
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JOSE LUIS BORGES
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lundi 14 janvier 2008
INSTANTS
Si je pouvais de nouveau vivre ma vie
Dans la prochaine je ne commettrais plus d'erreurs
Je serais plus bête que ce que j'ai été
en fait je prendrais peu de choses au sérieux
Je serais moins hygiénique, je courrais plus de risques, je voyagerais plus
Je contemplerais plus de crépuscules, je grimperais plus de montagnes,
Je nagerais dans plus de rivières,
Je me rendrais dans plus d'endroits qui me sont inconnus
Je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves
J'aurais plus de problèmes réels et moins d'imaginaires.
J'ai été de ces personnes
qui vivent sagement et pleinement chaque minute de leur vie
Bien sûr que j'ai eu des moments de joie
Mais si je pouvais revenir en arrière,
J'essaierais de n'avoir seulement que de bons moments
ne pas laisser passer le présent.
J'étais de ceux qui ne se déplacent sans un thermomètre,
un bol d'eau chaude, un parapluie, et un parachute.
Si je pouvais revivre ma vie je recommencerais par me promener pieds nus
dès les premiers jours du printemps
et je continuerais jusqu'aux confins de l'automne...
Je musarderais plus dans les ruelles, je contemplerais
plus d'aurores et je jouerais avec plus d'enfants,
si j'avais encore une fois la vie devant moi.
Mais voyez-vous, j'ai 85 ans, et je sais que
je suis en train de mourir...
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JORGE LUIS BORGES
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SALVADOR DALI
vendredi 26 octobre 2007
LA MER
Nulle cosmogonie encor n’était tissée ;
Rêve et terreur manquaient, donc point de Dieu ; Les jours
N’avaient pas monnayé le temps - mais la toujours
Mer était là, la mer, la jamais commencée.
Qu’est la mer, qui ? Que veut ce principe mouvant,
Ce vieux rat forcené des piliers de la terre,
Cette eau toutes les eaux, cette eau dol et mystère,
Et hasard et splendeur et précipice et vent ?
Chaque fois que nous la voyons, c’est la première.
Nous la voyons dans cet antique étonnement
Que nous laisse l’élémentaire : le sarment
En feu, la lune, les beaux soirs et leur lumière.
Qui sommes – nous, la mer et moi ? J’attends encor
Pour le savoir. J’attends le jour d’après ma mort.
JORGE LUIS BORGES L’or des tigres
Poésie/Gallimard
jeudi 26 juillet 2007
HYMNE A LA MER
J'ai désiré un hymne à la Mer avec des rythmes amples comme les vagues qui crient ;
A la Mer quand le soleil tel un étendard écarlate dans ses eaux flamboie;
A la Mer quand elle embrasse les seins dorés des plages vierges qui assoiffées attendent ;
A la Mer quand ses hordes hurlent ,quand les vents lancent leurs blasphèmes ,
Quand brillent dans ses eaux d'acier la lune brunie et sanglante;
A la Mer quand sur elle verse sa tristesse sans fond
la coupe d'étoiles .
Aujourd'hui je suis descendu de la montagne à la vallée
et de la vallée jusqu'à la Mer.
Le chemin fut long comme un baiser.
Les amandiers lançaient des fuseaux bleutés d'ombre sur la
route et , à la fin de la vallée , le soleil
cria des Golcondes vermeils sur ta glauque forêt : Abîme !
Frère , Père, Bien-aimé ...!
J'entre dans le jardin énorme de tes eaux et je nage loin de la
terre.
Les vagues viennent ,avec leurs fragiles cimiers d'écume
En fugue vers la catastrophe . Vers la côte,
avec leurs crêtes rouges ,
avec leurs maisons géométriques,
avec leurs palmiers nains ,
qui sont devenus absurdes et livides comme des souvenirs
figés!
Je suis avec toi , Mer ! Et mon corps tendu comme un arc
lutte contre tes muscles impétueux.Toi seule existes .
Mon âme rejette tout son passé
Comme un ciel artique qui s'effeuille en flocons
errants !
Oh instant de plénitude magnifique ;
Avant de te connaître , Mer fraternelle ,
j'ai longuement vagué dans d'errantes rues bleues aux
oriflammes de lanternes
Et dans la mi-nuit sacrée j'ai tissé des guirlandes
De baisers sur des chairs et des lèvres qui s'offraient,
Solennelles de silence ,
Dans une floraison
Sanglante...
Mais aujourd'hui je fais don aux vents
de toutes ces choses révolues,
révolues...Toi seule existes .
Athlétique et nue .Seul ce souffle frais et ces vagues ,
et les coupes d' azur, et le miracle des coupes d'azur.
( J'ai rêvé d'un hymne à la Mer avec des rythmes amples
comme les vagues haletantes. )
Je désire encor te créer un poème
Avec la cadence adamique de ta houle ,
Avec ton souffle salin originel,
Avec le tonnerre des ancres sonnores des Thulés ivres
de lumière et de lèpre,
Avec des cris de marins ,des lumières et des échos
De crevasses abysales
Où tes vives mains monacales constamment caressent les
morts...
Un hymne
Constellé d 'images rouges luminescentes.
O Mer ! ô mythe ! ô soleil ! ô lit profond!
Et je ne sais pourquoi je t'aime .Je sais que nous sommes trés vieux ,
Que nous nous connaissons depuis des siècles tous les deux.
Je sais que dans tes eaux vénérables et riantes s'est embrasée
l'aurore de la vie.
(Dans la cendre d'un soir de fièvre j'ai dans ton sein vibré
pour la première fois .)
O Mer protéenne , je suis sorti de toi.
Tous les deux enchaînés et nomades;
Tous les deux avec une soif intense d 'étoiles ;
Tous les deux avec espoir et désillusions ;
Tous les deux air , lumière , force , ténèbres ;
Tous les deux avec notre vaste désir et tous les deux avec
notre grande misère .
JORGE LUIS BORGES
mardi 12 juin 2007
MUSIQUE DE LA PATRIE

Plainte mauresque
qui longe obscurément la double éternité
Du ciel gigantesque et des arènes fauves
Portée dans l'effroi par d'héroïques cimeterres
Vers les limpides pâturages d'Andalousie
Plainte qui se déchire comme un feu de joie à travers les broussailles du temps
Qui se glisse dans les siècles
Et brûle les guitares en des flambées de chansons des rues
Jusqu'à la geste miraculeuse des Indes
Lorsque les Castillans pilleurs de mondes
Ravissaient des patries de l'aube jusqu'au couchant.
Echevelée par la pampa
Devenue guitare créole
Entremêlant les peines
De Quichuas abâtardis
Disloquée par l'isolence du port
Redevenue pilori de vies encanaillées
Et lieu de dévotion des filles de joie
Elle s'est enfouie si profond en nos coeurs
Que si, par une belle nuit une fenêtre
La régale à la rue, dans une sonore générosité
Le promeneur sent qu'on lui prend le coeur entre les mains...
Jorge Luis BORGES ( 1899-1986)
Il faut savoir ,pour la compréhension du texte, que ce poème a été écrit par un auteur d'origine espagnole ,...mais d'Amérique Latine...
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