vendredi 14 août 2009
TROIS LECONS DE TENEBRES...Extrait
Vêtu de blanc.
Vêtu de blanc je suis devant les yeux
de qui m’aime et de qui ne m’aime pas,
je pose enfin devant personne ou le néant
ou devant la pupille transparente
que je ne vois jamais et qui me voit.
Poserai-je ainsi sans fin devant la mort ?
Les fleurs de l’acacia jaunissent vite
aux montagnes lointaines
de l’enfance.
Suis-je ainsi vêtu
pour mourir ?
Une grande et longue boucle sur la photo
altérée par le temps
tombe
sur mon front, pâle
le front, artificielle
la boucle, enfin,
si peut être artificiel l’acte fait
avec amour.
Et je t’entends, mère,
racine de tant de choses,
venir de l’autre côté de la nuit.
Tu me rends la branche dorée.
Je pose mon pied nu sur le seuil.
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JOSE ANGEL VALENTE
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ANTECOMMENCEMENT
Ne pas s'arrêter.
Et lorsqu'il te semblera
que tu as pour toujours fait naufrage dans les aveugles méandres
de la lumière, boire encore à l'obscure dépossession
là où seul naît le radieux soleil de la nuit.
Car il est aussi écrit que celui qui monte
jusqu'à ce soleil ne peut s'arrêter
et va de commencement en commencement
par des commencements qui n'ont jamais de fin.
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JOSE ANGEL VALENTE
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samedi 1 novembre 2008
ODE A LA SOLITUDE
"Ah solitude,
ma vieille, ma seule compagne,
salut.
Ecoute-moi maintenant que
l’amour
comme par noire magie de la main gauche
est tombé de son ciel,
chaque fois plus radieux, pareil à une pluie
d’oiseaux brûlés,
battu jusqu’au brisement, et tous ses os
à la fin furent brisés,
pour une déesse adverse et jaune.
Et toi, ô mon âme,
prends en compte, médite le nombre de fois
que nous avons péché en vain contre personne
et une fois de plus nous fûmes ici jugés,
une fois de plus, ô dieu, sur le banc
de l’infidélité et de l’irrévérence
Ainsi donc, prends en compte,
prends-toi en compte, ô mon âme,
pour qu’un jour tu sois pardonnée,
pendant qu’en cet instant tu écoutes impassible
ou détachée enfin
de ta mortelle misère
la cascade infinie
de la sonate opus
cent vingt-six
de Mozart
qui efface dans une si étrange
suspension des temps
l’image successive de ta faute.
Ah solitude,
solitude mon amie, lave-moi,
comme celui qui naît, dans tes eaux lustrales,
que je puisse te rencontrer,
et, te donnant la main, descendre,
plonger dans cette nuit,
dans cette nuit, à présent,
dans cette nuit septuple du sanglot,
à travers les sept cercles eux-mêmes qui gardent
au cœur de l’air
ton enceinte scellée."
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JOSE ANGEL VALENTE
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mardi 14 octobre 2008
FRAGMENTS D'UN LIVRE FUTUR
"Un peu de temps a passé. Le temps passe et ne laisse rien. Il emporte, il entraîne beaucoup de choses avec lui. Le vide, il laisse le vide. Se laisser vider par le temps comme les petits crustacés et les mollusques se laissent vider par la mer. Le temps est comme la mer. Il nous use jusqu'à être transparents. Il nous donne la transparence pour que le monde puisse se voir à travers nous ou puisse s'entendre comme nous entendons la sempiternelle rumeur de la mer dans le creux d'un coquillage. La mer, le temps, alentours de ce que nous ne pouvons mesurer et qui nous contient.
(Depuis l'autre côté)".
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JOSE ANGEL VALENTE
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lundi 13 octobre 2008
CHANSONS D'AU-DELA...Extrait
"Amer il jaunit le temps
et il n'est plus de temps
pour encore démentir la mort.
Marin toi qui conduis
la barque du passage,
L'oiseau dans le gréement
chante toujours son chant.
Je l'écoute au-delà du temps."
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JOSE ANGEL VALENTE
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vendredi 7 mars 2008
L'ECLAT
Oublier.
Tout oublier
Ouvrir
au jour les fenêtres.
Vider
la chambre où humide,
non visible, il y avait eu
le corps.
Le vent
la traverse.
On ne voit que le vide.
Chercher dans tous
les coins.
Ne pouvoir se trouver.
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JOSE ANGEL VALENTE
mardi 15 janvier 2008
FRAGMENT D'UN LIVRE FUTUR...
Tu dors englouti dans ta nuit. Tu es en paix. Moi je griffe les murs glacés de ton absence, les murs non fissurés par le temps qui ne peut durer sous tes paupières. Toi la cendre. Moi le sang. Feuille légère, ta voix. Pétrifié ce chant. Toi tu n'es même plus toi. Moi, ton vide. Moi, mémoire de toi, léger, lointain, qui ne pourras plus jamais te souvenir de moi.
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JOSE ANGEL VALENTE
JOSE ANGEL VALENTE...
PEUT-ÊTRE dans l'assoiffé, l'obscur, le rapide
déchirement du jour
t'es-tu peu à peu changé en autre chose
limitrophe de toi,
pas toi.
Tu ne te
retrouves pas
si tu reviens à tâtons
au corps qui fut le tien,
au lieu ou avait brûlé
jusqu'au blanc du rêve
le métal de l'amour.
Dépose ton visage
qu'à présent tu ne connais plus.
Laisse fuir tes paroles,
libère-les de toi
et passe lentement
sans mémoire et aveugle,
sous l'arc doré
qu'étend là-haut le vaste automne
comme un hommage posthume aux ombres
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JOSE ANGEL VALENTE
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L'ECLAT...Extrait
"Le poème ne se mesure pas
à sa longueur, mais à
sa capacité à engendrer,
hors de toute mesure, la durée.
Dialogue avec le corps
dans le corps, dans la matière
corporelle (âme-corps) comme totalité.
Écrire depuis l'attente,
non à partir du dire,
mais de l'écoute de ce
que les mots vont dire."
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JOSE ANGEL VALENTE
L'éclat (1984)














